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10 juillet 2026

{FESTIVAL OFF D'AVIGNON 2026} – On a vu Le Voyage d'Alice en Suisse : jusqu'où peut-on choisir sa propre fin ?


{FESTIVAL OFF D'AVIGNON 2026} – On a vu Le Voyage d'Alice en Suisse : jusqu'où peut-on choisir sa propre fin ?

 

Peut-on encore parler de liberté lorsque vivre est devenu une souffrance ?

Et, à l'inverse, qui peut décider qu'une vie mérite encore d'être vécue ?

Ces questions traversent régulièrement le débat public. Elles prennent aujourd'hui une résonance particulière alors que la France réfléchit à l'évolution de sa législation sur la fin de vie.

Sans jamais chercher à apporter de réponse définitive, Le Voyage d'Alice en Suisse nous invite à regarder cette réalité dans toute sa complexité.

 

Ce que raconte le spectacle

Alice souffre d'une maladie psychiatrique.

Une souffrance invisible.

De celles que l'entourage peine parfois à comprendre et auxquelles on répond trop souvent par des conseils maladroits : « Sors un peu », « Change-toi les idées », « Tu te focalises trop sur ton mal-être ».

Pour Alice, vivre est devenu un effort permanent.

Elle passe le plus clair de son temps alitée et dépend entièrement de sa mère pour accomplir les gestes les plus simples du quotidien.

Convaincue qu'elle ne veut plus de cette existence, elle découvre qu'en Suisse un médecin accompagne des patients souhaitant mettre fin à leurs jours.

Le docteur Gustav Strom accueille ces femmes et ces hommes avec une profonde bienveillance. Il les aide à préparer leur départ, les accompagne dans les démarches administratives, répond à leurs doutes, accepte aussi que certains renoncent au dernier moment.

Mais son engagement a un prix.

Parce que les personnes qu'il accompagne ne sont pas toutes atteintes de maladies entrant dans le cadre légal de l'aide à mourir, il risque la prison, l'exclusion de l'ordre des médecins et le rejet d'une partie de la société.

Lorsqu'il rencontre Alice, une relation singulière se noue entre eux.

Une relation qui questionne la frontière entre l'accompagnement professionnel et l'attachement humain.

 

Ce qui nous a plu

Ce qui marque avant tout, c'est la grande pudeur avec laquelle la pièce aborde un sujet aussi sensible.

Jamais Le Voyage d'Alice en Suisse ne cherche à provoquer ou à convaincre.

Il montre.

Il écoute.

Et il laisse au spectateur la liberté de construire sa propre réflexion.

C'est sans doute sa plus grande qualité.

À travers Gustav Strom, Lukas Bärfuss ne dessine ni un héros, ni un militant.

Il met en scène un homme profondément convaincu que la dignité humaine doit parfois primer sur le simple fait de maintenir une vie biologique. Une conviction qu'il défend au prix de sa réputation, de son mariage et de sa carrière.

Cette fidélité à ses valeurs constitue sans doute ce qui m'aura le plus marqué.

Parce qu'au-delà de la question de la fin de vie, la pièce interroge notre capacité à rester fidèle à ce que nous croyons juste lorsque tout le monde nous demande de renoncer.

 

La mise en scène accompagne cette sobriété avec beaucoup d'intelligence. Un matelas devient le symbole de l'enfermement de la dépression. Une simple table évoque à elle seule le lieu où se joue le choix ultime. Quelques éléments suffisent à faire naître un univers où rien ne détourne l'attention de l'essentiel.

Les interventions musicales, interprétées en direct, apportent quant à elles une respiration bienvenue. Elles prolongent les émotions sans jamais les souligner excessivement et s'intègrent naturellement au récit.

Les comédiens trouvent enfin un équilibre délicat : celui de raconter des existences traversées par la souffrance sans jamais tomber dans le pathos.

À l'heure où les débats autour de la fin de vie divisent profondément la société, Le

Voyage d'Alice en Suisse rappelle que derrière chaque prise de position se cache d'abord une histoire humaine.

Le spectacle n'impose aucune vérité.

Il invite simplement chacun à se demander où il placerait lui-même la frontière entre le droit de vivre… et celui de mourir.

Et c'est peut-être cette absence de réponse définitive qui en constitue la plus belle réussite.

Maxime Dorian
Correspondant culturel

Le voyage d’Alice en Suisse

De : Lukas Bärfuss

Mise en scène : Stéphanie Dussine

Avec : Nicolas Buchoux, Anne-Laure Denoyel, Stéphanie Dussine, Olivier Hamel, Sébastien Ventura, Valérie Vogt

LUCIOLES (THÉÂTRE DES)

Du 4 au 25 juillet - 12h05 

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