Notre journal de bord du Festival OFF Avignon 2026 : Jour 2
Poor White Trash : l'affaire Tonya Harding : Lutte des classes, lutte intersectionnelle sous les patins de l’Amérique – Théâtre des Barriques
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Le visage fermé, Tonya se présente spontanément au poste de police, prête à tout pour pouvoir repatiner. Retour en arrière. La passion de la glace remonte à ses trois ans. Sa mère, LaVona Harding, pousse la coach de la patinoire de leur coin à la prendre en entraînement. Elle pourrait avoir tout pour devenir dans quelques années, la coqueluche de l’Amérique. Mais elle n’en a pas l’image : elle grimpe de podium en podium à un âge remarquable mais elle vient d’une banlieue pauvre de Portland. Rien qu’à Portland, les commentaires classistes méprisants fusent. Elle n’a pas le sourire colgate voulu en compétition. Elle ne fait pas preuve d’une grande camaraderie. Surtout, quelle horreur, Tonya ne vit pas dans la petite famille parfaite : le père est parti, la mère est violente et n’en parlons pas du mari… C’est l’histoire d’une jeune femme qui tente d’exister dans la discipline et qui est détestée par l’Amérique qui adore la haïr. Malgré l’exploit du triple axel qui lui permis une qualification au Jeux Olympiques, cette chère Amérique et son audimat cherche de la tension et la trouva parfaitement dans cette rivalité féminine tristement banale entre Nancy Kerrigan et Tonya Harding, qui atteigna son paroxysme avec l’affaire de 1994 aux Jeux Olympiques de Lillehammer.
Le collectif Les Valeureuxses monte plus qu’une « simple » biographie (déjà un peu vue dans Moi Tonya avec Margot Robbie) ; il dresse une relecture féministe où la rivalité féminine, outil efficace du patriarcat (comme l’avait montré Racha Belmehdi dans son essai), infiltre chaque parcelle de la production médiatique et culturelle. De ce constat, l’hypersexualisation des corps et le classisme dégoulinent pour fabriquer un « monstre » à détester (comme quoi le patriarcat a une obsession des monstres). Laure Boisaubert une mise en scène décalée à la manière des sites com multi-référencés, qui vendent une image perfectionniste de l’Amérique puritaine. A la fin, le vernis s’effrite et l’Empire américain commence à s’effriter avces rêves vendus
On sent une véritable osmose et un plaisir de l’ensemble de la troupe, ce qui met la barre du jeu assez haute. C’est pop, mordant et l’écriture séduit dès la première minute !
A 11H45 au Théâtre des Barriques
1h15
Relâche les 8, 15, 22 juillet
Sucrer les fraises : Voyage tendre entre Charlie et sa grand-mère dans les confins de la mémoire – La Factory / Chapelle des Antonins
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Charlie est un enfant tête en l’air. Il oublie ses devoirs, les vers de poésie de Jacques Prévert (qu’il a renommé Jacques Champjaune). Ses parents sont exaspérés. Mais le sujet de tracas principal à la maison reste la grand-mère, la mère du père de Charlie. Elle aussi a perdu la tête. Les souvenirs et les personnes s’emmêlent. Son fils devient son défunt mari, l’amour de sa vie. Le rythme de vie est bouleversé. Les parents envisagent de la placer dans une mystérieuse maison si elle rate son contrôle chez le docteur de la tête. Charlie se met en tête une mission : lui provoquer le déclic de ses souvenirs, comme l’a fait une de ses amies avec son grand-père. Pour retrouver les confins de sa mémoire, Charlie entreprend une grande expédition avec ses amis qui redonnera le sourire à sa grand-mère… et pas que…
Poser un regard d’enfant sur les plus âges et la maladie d’Alzheimer c’est le nouveau projet de la Compagnie Hors du Temps. Une première à l’écriture jeune public pour Sébastien Bizeau qui est pour moi réussi, avec à ses côtés Justine Vultaggio à la mise en scène. Le ton est doux, redonnant une grande empathie au sujet des aidant.es qui accompagnent les plus vulnérables. La relation petit fils-grand-mère fil rouge de cette belle histoire émeut beaucoup dans un univers très coloré, aux tons pop, qui nous immerge dans les étoiles grâce à une création lumières hyper investie de Raphaël Bertomeu. J’ai versé ma petite larme tellement c’est doux (je déconne j’ai pleuré un gros lac).
A 14H20 à La Factory / Chapelle des Antonins
1h05
relâche les 9, 16, 23 juillet
Quand on dort on n’a pas faim : Dur à queer pour ouvrir la voie – La Manufacture
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Du haut de la tour du château rose, Anthony Martine se réapproprie les règles du conte, ce genre blanc et bourgeois (avec princes et princesses dans les donjons). Sauf qu’Anthony est noir et queer, ayant vécu loin de l’entre-soi parisien. Entre-soi bourgeois qu’il découvre à son arrivée en prépa à Henri IV. Grandir en tant que personne noire en France hexagonale c’est subir une culture blanche occultant une réalité culturelle et historique, véhiculant une représentation ostracisée de la culture noire. Aux frontières du drag, de la performance, de la danse et du cabaret, Anthony Martine se réapproprie les règles du conte pour servir une écriture captivante et cathartique. La catharsis s’irrigue au travers du cabaret avec l’excellentissime alter-ego qu’est Paris Ardant, paralysée sur les applis de rencontre que rédempteur par le lien de la tresse de Raiponce qu’entrelace sa sœur Merendys Martine (qui a réalisé les costumes du spectacle), symbole du lien familial unique qui les traverse dans leur construction de la visibilité d’une culture noire. Une émission de radio réparera-t-elle le manque de plusieurs siècles. Le public y a son mot et la joie parcourt la salle après d’aussi beaux mots ! Coup de cœur assuré !
A 17H45 à la Manufacture / l’Extra
1H20
Relâche les 9 et 16 juillet
Noces de cristal : Satire grinçante et hilarante dans le monde des ultrariches – Théâtre du Train Bleu
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Est-ce que vous êtes plus chaud.es que le climat pour retrouver votre âme sœur dans la cour du Palais des Papes ? Non pas au spectacle de Julien Gosselin mais bien à l’occasion de la fête des noces de cristal d’Audrey Vernon et son époux de milliardaire, 33ème fortune mondiale. Depuis leur mariage, les inégalités se sont creusées encore plus vite : le rapport d'Oxfam de janvier 2026 avertissait que les 53 milliardaires français sont désormais plus riches que plus de 32 millions de personnes réunies, soit près de la moitié de la population. Sous la forme d’une conférence humoristico-économique à la manière de docteur love, inspirée du développement personnel, épouser un milliardaire relèverait d’une question de survie car ils seront les seuls à survivre dans leurs bunkers de luxe. S’ils sont acclamés par des chefs d’Etat, ils le ne sont pas pour leur ingéniosité : « Trump est milliardaire, tout le monde peut le devenir » résume Vernon. Elle le vit chaque jour ; son mari a pour livre de chevet La Belle poésie de Donald. Avec l’aide du média associatif d’investigation Disclose,Audrey Vernon décortique d’une plume acide et minutieuses le creusement des inégalités des dernières années, les crimes écocides et humains des milliardaires. Vous apprendrez grâce à son nouveau jeu des sept familles, selon l’origine de leur fortune. Le tout avec un humour toujours plus noir, qui s’exprime avec virtuosité lors de ses traditionnels karaokés de qualité.
Comme toujours, Audrey Vernon nous épate par son incisivité dans cette Remède face à l’écoanxiété pour traverser cette troisième vague de chaleur (même si rappelons les belles paroles de Yannou Barthès, on a toustes chaud que Bernard Arnault)
A 20H30 au Théâtre du Train Bleu
1H10
Relâche les 10 et 17 juillet (jusqu’au 23 juillet)
Les Glaces : La claque de Rébecca Déraspe pour faire conscience de l’effacement du consentement dans les générations antérieures – 11 • Avignon
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Les Glaces, c’est cette amnésie traumatique qui cristallise la douleur, anesthésie. Puis lorsque le dégel survient, les secousses telluriques sont retentissantes. La douleur innommable et la désidération sont activées. Ici, on entend les voix de ce qui se passe dans le corps. L’ébranlement commence avec une annonce : Noémie apprend que son fils est accusé de viol. Son passé ressurgit. Elle décide de replonger dedans et d’aller confronter deux amis d’enfance qui l’ont agressé 25 ans auparavant. Derrière ses deux amis, ce sont deux hommes devenus psychologues. L’un, devenu père récemment, cherchent constamment à se déconstruire quitte à faire la leçon à des personnes concernées. L’autre n’est autre que le reflet d’une profession prisée par la misogynie structurelle (bref le patriarcat quoi) mêlée à cette supériorité dédaigneuse justifiée par le pouvoir d’une blouse blanche. Lui pathologise Noémie quand Vincent se pose en victime. Derrière les belles leçons, la domination écrase et ces hommes reviennent toujours à la même case de bingo : celle de protéger leur statut social et leur boys club.
Rebecca Déraspe aborde très clairement le rôle des proches, du père qui savait et n’a rien fait à la compagnie d’un des agresseurs qui veut aider une autre femme victime. Le ton est froid comme les glaces mais il nous happe patiemment sur la première partie jusqu’à nous prendre par les tripes dans le deuxième. Quand Blue Room de Prune Bonan parlait de la déflagration, des violences qui révèlent dans un groupe d’ami.es, ici on analyse plus un contexte familial et la prise de responsabilité des générations antérieures dans l’effacement du consentement et l’affirmation du patriarcat.
A 22H30 au 11 • Avignon
1H45
Relâche les 10 et 17 juillet (jusqu’au 23 juillet)
Crédits photos : 1- Marie Lerat et Emma Gadbois / 2- Cédric Vasnier / 3- Florian Salabert / 4- Laura Gili / 5- Patrick Galbats
Jade SAUVANET
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