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1 octobre 2026

Les albums de la rentrée (8) : " Mobil Home" : la sensibilité déchirante de FLORENT MARCHET

Les albums de la rentrée (8) : "  Mobil Home" : la sensibilité déchirante de FLORENT MARCHET

Depuis désormais plus de vingt ans, Florent Marchet, désormais quinquagénaire- comme l'auteur de ses lignes, depuis trois jours seulement- construit une œuvre singulière dans la chanson française, entre récit social, écriture littéraire et recherche sonore. Florent Marchet publie en cette rentrée avec Mobil Home son septième album studio.

À tout juste cinquante ans, le chanteur — également compositeur pour le cinéma et romancier aux éditions Stock — poursuit un parcours singulier dans le paysage musical français, à la croisée de la chanson, du récit social et d’une recherche sonore en constante évolution. En chanson, les plumes littéraires se font rares, surtout quand elles savent aussi bien faire sonner notre langue. Florent Marchet est de ceux-là.

Tous ses albums, depuis « Gargilesse » en 2004, ont cette fibre. Dans le précédent, « Garden Party » (2022), en partant de situations vécues de près ou de loin, il racontait avec précision des histoires de famille, de couples… C’est du côté de Tunis, où il vit depuis trois ans, que l’auteur-compositeur a écrit ce septième album qu’il voulait plus léger

 

En 2024, à la fin de la belle tournée qui a accompagné son dernier album Garden Party (près de 80 dates), ce natif du Berry s’est envolé vers la Tunisie, partageant désormais sa vie entre les deux rives de la Méditerranée.

C’est à La Marsa, dans la banlieue de Tunis, que Florent Marchet a écrit l’intégralité de ces nouvelles chansons, nées d’une bascule à la fois géographique, intime et artistique.

Le disque porte, malgré lui, la trace de la lumière du Maghreb, de la densité du bleu, d’un rythme intérieur lié à une vie nouvelle.  : « Je ne voulais pas sortir les violons / Je voulais fêter les grands soirs / Mais le ciel a changé de ton / Sous une pluie de confettis noirs. » chante t il en début de disque.  Mais on le sait, Florent Marchet n'a jamais eu besoin de « sortir les violons » pour nous émouvoir tout chez lui étant affaire de pudeur, de dosage entre émotion et distance évitant toujours sensationalisme et lourdeur.

 

Alors, de chapitre en chapitre, Florent Marchet égraine ce qui l’anime, ce qui s’imprime dans la mémoire : le bonheur fragile, l’amour-refuge, l’adolescent qu’on regarde grandir…

Mais aussi les mots-crachats, le masculinisme, la perte d’un proche, la précarité, la guerre qui sonne, le couple qui ne parvient plus à se supporter…Fin parolier, Marchet jette surtout avec cet album un regard inquiet sur le monde qui nous entoure, sans pour autant noircir le tableau.

Et dans ces « courants chauds », dans ces « courants froids », les mots virevoltent, étonnent, inquiètent, égratignent, humilient, réconfortent, s’installent et se fredonnent. Florent Marchet, qui fait l'expérience de la vie à l'étranger, dresse le constat d'une société effarante, où la guerre continue de dicter sa loi.

 

 

Florent Marchet a également choisi de transformer ses habitudes de studio. Sans renier son goût prononcé pour les cuivres et les envolées mélancoliques, il fait évoluer son approche du son. Sa rencontre avec le producteur belge Xavier de Maere a été déterminante.

Ensemble, ils ont repensé la méthode : partir certes d’un piano-voix ou d’une guitare-voix, mais déconstruire immédiatement les matières acoustiques afin de privilégier les textures et les expériences sonores plutôt qu’un naturalisme frontal.

Des sons filtrés, retravaillés, parfois déstructurés, ont ainsi ouvert un espace plus organique, plus stratifié, où la production devient un véritable partenaire d’écriture.

 

 

 

Après cette phase de préproduction à Tunis, l’album s’est poursuivi en France, dans les prestigieux Studios Saint-Germain à Paris, avec les musiciens Louis Delorme à la batterie (Air, Sébastien Tellier, Juliette Armanet), Élise Blanchard à la basse (Katerine, Malik Djoudi) ou encore Marc-Antoine Pério à la guitare nylon (Terrenoire, Adrien Soleiman), ainsi qu’un ensemble de cuivres.

Le guitariste François Poggio (Étienne Daho, Pomme), compagnon de route de longue date, est également venu enrichir la matière sonore. Ces sessions vivantes ont prolongé la direction mise en place à Tunis.

Si Mobil Home traverse des thèmes contemporains — exclusion sociale, déclassement, masculinités, adolescence inquiète, menace d’effondrement, la cinquantaine — l’album évite le monochrome du gris.

Une lueur circule, portée par l’élan rythmique et par la conviction qu’il reste possible de rire et d’aimer dans un monde bancal. « Homme mobile » autant que maison mouvante.

Essentiellement composé à Tunis - où le Berrichon vit en partie - il épouse le regard d'un quinqua ayant « plus de jours derrière que devant ».

Exclusion sociale, déclassement, masculinisme, ado qui se cherche : l'artiste raconte les préoccupations de l'époque avec une sensibilité déchirante.

 

 

Depuis vingt-cinq ans, Florent Marchet construit une œuvre attentive à celles et ceux que l’on entend peu. Plus conteur que chanteur, il revendique le désir de donner voix aux figurants du récit collectif.

Avec Mobil Home, conçu entre Tunis, Paris et Bruxelles, Florent Marchet affirme une liberté artistique sans cesse décentrée et nous livre une  très beau disque nomade, lumineux et inquiet à la fois, traversé par l’altérité et la recherche d’une place jamais tout à fait fixe.

 

Focus sur un titre : Tant que tu respires- 

 

Avec “Tant que tu respires”, Florent Marchet propose une chanson d’amour tendue et très actuelle, qui envisage le lien amoureux comme un refuge dans un monde fragilisé.

Ce titre ouvre un nouveau chapitre, marqué par sa collaboration avec le producteur Xavier de Maere (Pierre de Maere, Colt), avec une approche plus organique et sensorielle.

Le clip, réalisé avec l’artiste tunisien Bachir Tayachi, prolonge cette intention dans un univers à la fois onirique et inquiétant, entre réel et surnaturel.

 

Mobil Home de Florent Marchet est disponible depuis le 25 septembre dernier chez Wagram.

 

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