[CRITIQUE] L'AFFAIRE MARIE-CLAIRE : un film de procès nécessaire mais un peu trop scolaire
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En s’attaquant au procès de Bobigny, où étaient jugées, en novembre 1972, une adolescente de 16 ans qui avait avorté à la suite d’un viol, sa mère qui l’avait aidée et la « faiseuse d’ange », les réalisateurs Lauriane Escaffre et Yvo Muller raniment une des grandes batailles féministes des années 1970.
L'affaire Marie-Claire propose de reconstituer ce moment charnière de l'histoire judiciaire en France, du moment où Gisèle Halimi accepte de défendre la famille Chevalier jusqu'au verdict.
Tout à son combat pour « le droit des femmes à disposer d'elles-mêmes », Me Halimi décide, dans un quitte ou double risqué pour les femmes qu'elle défend, d'instruire le procès d'une loi profondément injuste. Une défense de rupture qui, en l'espèce, ne consiste pas à nier la légitimité des juges, mais celle des textes qu'ils sont censés faire appliquer.
Les films de procès sont souvent ratés, à quelques chefs-d'oeuvre et exceptions près (Anatomie d'une chute ou Le Procès Goldman pour prendre des exemples récents...)L'Affaire Marie-Claire, consacrée au procès de Bobigny, avec Charlotte Gainsbourg dans le rôle de Me Gisèle Halimi , s'en sort avec les honneurs.
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L'Affaire Marie-Claire s'ouvre quelques minutes avant l'ouverture de l'audience. Gisèle Halimi prépare une dernière fois ses clientes à leur confrontation avec leurs juges (trois hommes, comme de bien entendu), tandis que des clameurs s'élèvent à l'extérieur du palais de justice : « Laissez-nous entrer, procès public ! » « Vous n'êtes pas coupables, ne l'oubliez pas. Je vous le redis : personne ne s'excuse, sinon tout s'effondre ! » exhorte l'avocate.
La force du film tient dans le dilemme auquel Me Halimi et ses clientes furent confrontées : plaider coupable et faire amende honorable, dans l'espoir d'adoucir la sentence ; ou assumer, au risque d'une lourde peine de prison, inenvisageable pour la mère de Marie-Claire qui élevait seule ses trois enfants, et risquait cinq ans d'enfermement.
Les scènes de prétoire, tournées dans la salle d'audience où s'est déroulé le « vrai » procès, sont assez crédibles malgré quelques facilités scénaristiques.
Le duo de réalisateurs Lauriane Escaffre et Yvo Muller, réalisateurs du très réussi Marie rêve avec Karin Viard, fait parfaitement le travail attendu, dans les rangs calibrés du "film de procès inspiré d'une histoire vraie", sans jamais toutefois réussi à transcender son sujet.
Charlotte Gainsbourg restitue avec justesse, à sa façon, en y mettant un peu de douceur, le tempérament frondeur de Gisèle Halimi.
Mais c'est Cécile de France, qui est véritablement le point Godwin émotionnel du film. Que ça soit son témoignage ou sa réaction lors du verdict, la comédienne belge est bouleversante.
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Le film a le mérite de plonger le spectateur dans l'atmosphère et les arguments de l'époque (pour ceux qui doutent encore de la notion de patriarcat, il y a du lourd dans le camp d'en face) en donnant une large place à la stratégie élaborée par Gisèle Halimi pour parvenir à ses fins : battre le rappel des médias, trouver des cautions intellectuelles, y compris du côté des opposants à l'avortement comme le professeur Paul Milliez, médecin et catholique, qui déclarera que vu la situation de l'adolescente, elle n'avait pas d'autre choix.
Et la plaidoirie finale de l'avocate est évidemment un texte toujours aussi percutant : «Pardonnez-moi, Messieurs, mais j'ai décidé de tout dire ce soir. Regardez-vous et regardez-nous. Quatre femmes comparaissent devant quatre hommes… Et pour parler de quoi ? De sondes, d'utérus, de ventres, de grossesses, et d'avortements !»
La relaxe sera finalement prononcée pour la jeune fille, sa mère condamnée avec sursis à une amende mais dispensée de peine au finish.
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Le long-métrage se révèle efficace dans sa démonstration, rend un hommage appuyé à ces pionnières du féminisme et du droit à l'IVG. Malheureusement, il reste bien trop scolaire et sage pour être mémorable. Le scénario est limpide dans ses intentions, mais manque parfois de subtilité : on se retrouve parfois avec des dialogues très (trop) didactiques et explicatifs.
L'affaire Marie-Claire est finalement un film de procès efficace, mais qui manque d'originalité et de force pour être impactant. Il intéressera néanmoins tous les amateurs du genre, et ceux qui souhaitent replonger dans l'histoire du droit des femmes en France.
Bref, la matière est riche, pour un traitement hélas parfois un peu scolaire. On peut penser qu’elle sera surtout utile dans les collèges et les lycées, pour faire œuvre de pédagogie.
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« L'Affaire Marie-Claire », de Lauriane Escaffre et Yvo Muller, en salle le 4 novembre 2026.
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