Bilan théâtreux critique de Septembre
Virage : Captivante course à nos obsessions et nos contradictions - Théâtre Paris Villette (Paris)
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Tout s’ouvre sur un déjeuner de famille comme tous les dimanches. L’heure est à l’anniversaire du frère de Journaliste. Elle lui offre deux places pour la pièce Virage (tiens, la même que nous sommes venues voir ce même soir). Une forme de multivers s’entreouvre ? Peut-être… Un carnet rempli de notes trône des deux. C’est le prochain projet de la jeune femme dont elle ne souhaite pas parler davantage. Pourtant sa famille l’y oblige. A cet instant, elle ne le sait pas mais cela deviendra l’un des plus importants.
Dans notre réalité, Ayrton Senna, légende de la Formule 1 est décédé en 1994 au pic de sa carrière, lors d’un accident tragique lors du Grand Prix de Saint-Marin. Ici, Ayrton devient Avi Queen, membre de la même écurie Williams-Renault. Son seul compagnon ? Son ordinateur qui lui sert à éplucher les dizaines d’heures de rushs, d’archives de TF1 et retrouver tous les magazines d’époque. Mais le terrain est déjà tâtée depuis longtemps : la journaliste entretient une fascination pour ce sport, transmise par son père. Dans le monde protégé de son fantasme, ce monde se referme sur elle. Plus elle est obsédée par ce drame, moins elle sort de sa chambre, de son rêve. Celui de trouver la révélation, de chambouler le monde de la F1 et peut-être trouver une raison pour continuer son métier, qui la précarise au moment. Dans ses recherches, elle tente de chercher le pourquoi d’une pensée niée : celle de la passion de ce sport reposait non pas sur les démonstrations de la technologie de pointe en matière de vitesse mais sur le risque potentiel de voir une femme exploser dans sa voiture ?
Au travers de l’enquête, le circuit commence à prendre forme au milieu de ses propres incursions dans les archives : elle-même s’imagine aux côtés des journalistes commentateurs de TF1 et des conseils techniques de l’écurie Williams-Renault. Juliette Fribourg et Shane Haddad rendent compte via leurs personnages de notre rapport à nos obsessions qui entrent en collision jusqu’à l’apogée des contradictions. Entre pédagogie décalée aux tons pop à la « C’est pas sorcier » enquête aux portes du documentaire, c’est la formule parfaite pour nous fasciner !
Écrit par Juliette Fribourg et Shane Haddad
Mis en scène par Juliette Fribourg
Assistanat à la mise en scène Garance Arif
Interprété par Arthur Chrisp, Louise Herrero, Antoine de Foucauld et Mathilde Wind
1h30
Le spectacle s’est joué les 10 et 11 septembre 2026 au Théâtre Paris-Villette (Paris 19ème) dans le cadre du Festival SPOT #13
Félix Junier exorcise ses peurs dans « C’est pas grave » - Point Virgule (Paris)
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Vous êtes anxieux ? Ce n’est pas grave. Ce n’est pas seulement sa formule désormais culte dans ses vidéos Instagram mais une sorte de philosophie. Félix Junier porte en lui une anxiété chronique, qu’on peut savoir parfois handicapante au quotidien et pourtant, quel meilleur moyen de l’exorciser par la scène !
Cheveux longs et style détendu : il reconnaît être le cliché d’un ancien étudiant en école d’art qui a oublié son sac de sable pour son prochain rendu. Junier utilise une plume hyper décalée pour faire converser les divers recoins de l’anxiété : une empathie ultra-développée pour un pigeon dans une poubelle, une sexualité qui peut ressembler à une pêche aux canards (clin d’œil à tous les (z)hommes qui resteront béas) et une vraie introspection de ses séances psy…
Après son premier spectacle « Ça marche » où il aborde son parcours vers la scène, « C’est pas grave » marque une nouvelle étape d’introspection et soulage tout anxieux face à l’absurdité de toutes ses réflexions (et les non-anxieux.ses qui veulent apprendre). Il manie les silences avec brio, pour pousser l’incongruité au bout de ses forces et les fou-rires aux pleurs. Il ne faut ne surtout pas le rater ! (rappelez-vous pour 2027 : les vaches sont probablement d’extrême-droite)
Écrit et mis en scène par Félix Junier
1h
Tous les samedis à 17H15
Jusqu’au 2 janvier 2027
Le Point Virgule (Paris 4ème)
Où vont les larmes quand elles sèchent : Touchante rencontre avec un médecin fougueux - Théâtre Lepic (Paris)
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Sac sur le dos et casque de vélo même pas enlevé, Jean franchit la porte de son cabinet. La salle d’attente est pleine à craquer. Avec un large sourire, il lance un « Qui est arrivé en premier dans cette salle d’attente ? » et nous, spectacteur.rices devenu.es patient.es, nous sommes prêts à patienter. Avant toute consultation, le médecin généraliste nous raconte ce passage des urgences frénésiques au cabinet de famille. Si la vocation ne l’a jamais quitté, les larmes ne coulent plus depuis un soir aux urgences. Un soir où 6 minutes ont été de trop et ont coûté la vie à un enfant.
S’ouvre le ballet des consultations avec des patient.es haut.es en couleurs pour qui cet instant de soin demeure un havre d’écoute et de soin auxquels certaines ne peuvent y goûter en dehors. Ils sont toustes plus soucieu.ses d’être écoutés que soignés au sens premier. Nous pensons particulièrement à cette ancienne militante du MLF déjà attaqué par la maladie et qui continue de lutte sans cesse, quitte à s’oublier elle-même par moments. De ces interactions, Jean (Régis Vallée) en tire une colère face aux injustices qu’il voit quotidiennement, étrille le pouvoir de la blouse blanche, d’une profession qui écoute peu les femmes et minimise leurs douleurs. On aurait même aimé que ces réflexions, présentes dans le livre, soient accentuées dans la pièce.
La mise en scène inventive de Léna Bréban tire des maladresses d’émotions de ce médecin un univers très touchant et sublime le jeu d’un Régis Vallée pétillant, fougueux et qui transforme toute acte médical en une forme d’exploration.
Inspirée du roman de Baptiste Beaulieu (ed L’Iconoclaste)
Adaptée et mis en scène par Léna Bréban
Assistante à la mise en scène : Ambre Reynaud
Avec Régis Vallée
1h10
Les samedis à 15, les dimanches à 17H et les lundis à 21h
Jusqu’au 31 octobre 2026
Théâtre Lepic (Paris 18ème)
Qui pour protéger les monstres des cauchemars ? : Plongée hypersesible et profonde dans le trouble de Melo Lauret - Théâtre 13 / Glacière (Paris)
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D’un pas assumé, Mélo commence l’exploration d’une performance unique chaque soir, en déboulant les espaces. Il nous distribue gobelet, capuchon et une feuille. Celle-ci présente les fondations de la thérapie comportementale dialectique présentée ici sous le V de Give, développé par la psychologue Marsha Linehan. Le V de Validate entend approfondir des moyens pour assurer une communication saine et aider chaque personne concernée à « avoir une vie qui vaut la peine d’être vécue ».
Cette approche, il l’a attendu depuis ses 8 ans, depuis que Melo fut embarqué dans un parcours psychiatrique. Les crises d’angoisses provoquèrent coupure de lien social et isolement. De cette solitude adolescente, l’obsession prend le dessus. Elle grandit au travers d’une errance médicale que le performeur projette sur un écran derrière lui. Les notes de la psychiatre et les diagnostics défilent, laissant entrevoir les violences psychiatriques et la confusion dans laquelle il grandissait. Une confusion qu’on sent autant dans les réflexions d’une prise en charge psychologique et psychiatrique sans pour autant la diaboliser et plutôt l’accueillir avec la souffrance d’aujourd’hui.
Parce que oui, la souffrance est toujours là. Ce n’est pas un énième spectacle qui narre une sortie de gouffre. Juste Melo en est presque sorti parce que le diagnostic est adapté : trouble de la personnalité bordeline. La ligne est fine et tangente selon les périodes. D’autant que les anxiolytiques abîment la mémoire. La parole est confuse, profilérante mais elle est soutenue par les chuchotements d’une Elise Monteil en régie. Une crise arrive, la douleur est telle que la dissociation se déclenche. Il faut se réancrer dans le présent. Mélo se précipite dans tout un tas d’exercices pour revenir sur scène. Nous vivons sa crise en direct. Pour toustes ceux.celles qui sont concernés par un trouble psychique, observer cette crise peut revenir à regarder son propre miroir, rempli de larmes et d’une impuissance qui ne veut surtout pas être transféré à l’entourage.
Commencer et recommencer le parcours vers une régulation émotionnelle au travers d’entretiens avec sa psychologue Manon Beaudoin et la parole performée au théâtre, Mélo exprime comment le rapport à l’amour et les peurs qu’il déclenche cohabitent. La terreur de l’abandon provoque des grosses crises jusqu’à perdre l’usage de la parole. Son amoureuse apparaît comme une bouée de sauvetage, à l’enregistrement de leurs discussions, lorsque les larmes paraissent envahissantes. De cet amour et du soin, les larmes se récoltent pour arroser les plantes et donner une performance très forte, hypersensible et parfois étourdissante !
Écrite par Mélo Lauret
Mise en scène par Mélo Lauret et Élisa Monteil
Avec Mélo Lauret et Élisa Monteil
Création sonore Élisa Monteil
1h10
La pièce s’est jouée du 23 septembre au 3 octobre 2026 au Théâtre 13 – Glacière (paris 13ème)
Crédits photos : 1- Noé Mercklé - MC93 / 2- Instagram Félix Junier / 3- Jonty Champelovier / 4- Violette Faure
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