Extrait :
" Je ne m'inquiétais pas du regard des autres hommes du service. Parmi les Antillais, quelques-uns réprouvaient le fait que je fréquente une Blanche, ils me soupçonnaient de le faire pour de mauvaises raisons; parce que j'avais honte de ma couleur ou parce que je voulais m'élever au-dessus d'eux. D'autres m'enviaient, la plupart étaient simplement nos amis. Sabine et moi étions bien ensemble. Les choses se firent avec un naturel agréablement évident. Nous venions de lieux que tout opposait, mais finalement aussi ruraux l'un que l’autre. Elle avait fui le café-restaurant de ses parents à la frontière belge, j'avais fui le carré d'ignames familial en bord de mer. Elle avait envie de profiter d'une vie libre à Paris et fut plus intéressée que je ne l'aurais voulu par les fréquentes et épuisantes soirées chez ma sœur que je lui racontais. "
Chronique :
Henri, fraîchement arrivé de Guadeloupe pour rejoindre sa sœur à Paris, rencontre Sabine qui a quitté le cocon familial trop protecteur du café d'un petit village du Nord de la France pour une vie plus palpitante dans la capitale.
Loin de leur parents, étudiants infirmiers à l'hôpital Saint-Anne, Henri et Sabine vont vivre intensément les années soixante.
La France en noir et blanc, comme si on feuilletait un album de photo de Willy Ronis ou de Robert Doisneau, pour se mettre dans les pas d'un jeune couple en blanche et noir.
Une écriture tendre, pour un réalisme doux, qui nous parle d'arrachement à la terre natal, de racisme systémique, de petites et grandes combines entre Belleville et Montparnasse, et d'amour aussi.
"Finalement tout s'est bien passé" se lit d'une traite et c'est avec beaucoup d'émotion que le lecteur quitte Henri et Sabine, de bien belles personnes qui ont fait de leur vie une sacrée belle réussite.