Baz'art  : Des films, des livres...
15 février 2013

Les nouveaux chiens de garde : médias, le vrai contre pouvoir?

dvd nouveauxS'il y a bien une thématique qui m'a toujours passionné, c'est bien celle du rapport entre les médias et le pouvoir politique  : figurez vous, pour ceux que ca intéresse, que j'avais même fait mon mémoire de DEA sur l'indépendance du Conseil Supérieur de l'Audiovisuel.

En faisant pas mal de recherches ( et notamment au CSA qui m'avaient gentiment prété leurs archives), j'avais tenté de répondre à la question de savoir si à l'époque, début des années 2000, le CSA est il libre que ca du pouvoir politique ( euh je peux toujours envoyer une copie à ceux que ca interesse, mais pour les autres, sachez que ma réponse était...non) .

Et avant ce mémoire, mes cours de droit de l'audiovisuel m'avaient fait lire, de long en large, certains écrits sur le sujet, notamment évidement la bible dans le domaine, le passionnant mais complexe ouvrage de Pierre Bourdieu, Sur la télévision.

Dans ce livre, le plus connu de nos sociologues réagissait vivement au monopole d'un média dans la fabrication et la diffusion de l'information, en  démonte les mécanismes de la censure invisible qui s'exerce sur le petit écran et livre quelques-uns des secrets de fabrication des ces artefacts que sont les images et les discours de télévision.

Bref, devant mon vif intéret sur le sujet du pouvoir des médias, il était normal que je veuille voir un des plus récents films sortis en salles sur ce pouvoir, à savoir le documentaire  Les Nouveaux Chiens de garde.

J'ai pu voir ce film, qui est sorti en DVD le 10 décembre 2012, distribué par Epicentre films, grace à Cinétrafic et son opération Un dvd contre une chronique.

Plus de 220 000 entrées – l’une des meilleures fréquentations de ces cinq dernières années pour un documentaire (hors documentaires animaliers) –, 300 débats publics en présence des auteurs et réalisateurs du film  : le remarquable succès du film méritait d’être conforté par la sortie du DVD, et accessoirement d'être vu par le passionné des médias que je suis.

Les réalisateurs Gilles Balbastre et Yannick Kergoat, tous deux journalistes de formation, ne sont pas venus au hasard sur ce sujet, car ce sont de grands spécialistes de l'analyse du champ journalistique. Le premier, directeur de la publication Le Plan B et collaborateur au Monde diplomatique, avait notamment participé à l'ouvrage La misère du monde de Pierre Bourdieu, et réalisé de nombreux documentaires pour France 5. Le second, monteur à ses heures, publie notamment des articles sur le site internet spécialisé dans l'analyse et la critique des médias, Acrimed.

Ce qu'il faut savoir c'est que ces nouveaux chiens de garde sont l’adaptation du livre éponyme écrit par le directeur du Monde Diplomatique Serge Halimi (ici scénariste du film) en 1997 mais qui en fait ( et d'où l'interet de parler du bouquin de Bourdieu avant, tout se tient sur mon blog comme toujours, :o) se voulait une critique de la collusion des sphères médiatiques, politiques et économiques,  à l’instar du fameux  livre de Bourdieu.

 En effet, comme dans  l'essai sur la télévision, les auteurs du films vont chercher à savoir,  en creusant plusieurs pistes différentes, si les médias, qui se proclament contre pouvoir ont autant d'indépendance que cela par rapport aux groupes  politiques, mais également économiques et financiers. 

  Car la grande majorité des journaux, des radios et des chaînes de télévision appartiennent à des groupes industriels ou financiers intimement liés au pouvoir. Au sein d’un périmètre idéologique minuscule se multiplient les informations prémâchées, les intervenants permanents, les notoriétés indues, les affrontements factices et les renvois d’ascenseur.

Ces nouveaux chiens de garde ont, du coup, comme premier mérite, (et pas des moindres), celui de mettre en lumière certains graves dysfonctionnements de la presse française, comme les conflits d’intérêts qu’elle entretient avec le monde industriel ou sa totale absence de culture du journalisme d’investigation.

Evidemment, ce film n'est pas le tout premier film à contester la toute puissance des médias : en effet, depuis une quinzaine d’années, des livres (comme ceux  déjà cités de Pierre Bourdieu et Serge Halimi), des films (comme ceux de Pierre Carles), des journaux (comme PLPL, puis Le Plan B) et l’association Acrimed (son site et désormais, Médiacrique(s), son magazine) contribuent à une critique radicale et intransigeante des médias qui s’était quelque peu assoupie pendant les décennies précédentes.

Pour développer son argumentaire, le documentaire  met notamment en avant, au début de son argumentaire,  le journalisme de révérence en stigmatisant les accointances entre certains journalistes d'émissions télévisées et les hommes politiques qu'ils prétendent critiquer. Et le film va plus loin en donnant des exemples sur les connivences existant entre journalistes, hommes politiques et parfois même industriels, qui se manifestent notamment par les renvois d'ascenseur (invitations sur des plateaux télévisés, etc.) entre les différents acteurs du champ médiatique, politique et économique.

Bref, ce film soulève des lièvres et des sujets oh combien importants,  et si, sur le fond, leur combat est tout à fait salutaire, je serais un peu plus mesuré quant à la forme du film.

Tout d'abord, cinématographiquement, le film n’est hélas qu’une suite d’images d’archives, d’interviews et de petites animations sans vrai regard de metteur en scène, contrairement à ce que pourrait faire Pierre Carles sur des sujets équivalents.

De plus, et même si la volonté des cinéastes est clairement de faire un film à charge, à la manière d'un Michael Moore, le film possède ainsi les mêmes défauts que ceux du trublion américain,  dont celui de clairement manquer de nuances et de ne jamais essayer de voir  de l'autre coté de sa démonstration : le film  brocarde certes ( légitimement)  Le Monde, TF1 ou l'empire Lagardère pour leur complaisance mais il oublie systématiquement de mentionner des contre-exemples comme Mediapart. 

De plus,  outre les médias, les industriels et les politiques de complot, à mes yeux, une autre entité est responsable de l’état déplorable du paysage médiatique français, le grand public,  qui, à force de bouder des programmes passionnants et ne vouloir que du facile et du racoleur,  entraine également les médias  sur la pente descendante, et cela le film oublie (volontairement?) de le mentionner.

 Bref, une absence totale  de débat contradictoire qui constitue donc la principale limite du film, car tous les spectacteurs ne penseront pas forcément à trouver les contreargumentaires aux propos avancés par les cinéastes . 

En l'état des choses, le film reste passionnant par le sujet qu'il aborde, et devrait être forcément vu, par tous ceux, qui ,comme quoi restent passionnés par le sujet.

 Découvrez d’autres films sur Cinetrafic dans des catégories aussi diverses et variées que celle consacrée au documentaire ou bien film 2013.
 
Commentaires
P
Je me demande si ce film sera diffusé sur TF1 en première partie de soirée ?!! ;) C'est dommage que le film ne soit pas plus nuancé parce que c'est un sujet passionnant.<br /> <br /> Merci pour ton avis filou !
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L
Merci pour cet article ! C'est en effet un point à la fois fort et faible du film : il est très tranché, ce qui fait du bien dans un marasme de mollesse et de facilité journalistique, mais en même temps on attend plus de nuance.<br /> <br /> Sans pour autant avoir consacré un mémoire sur le sujet (moi c'est plutôt l'édition de livres), je suis très intéressée par la position des journalistes et des médias en France. Je suis preneuse de bibliographies sur la question, d'ailleurs ! Et j'ai également consacré quelques articles (Bourdieu, Halimi, Schneidermann) sur mon blog ;)
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