Baz'art  : Des films, des livres...
5 août 2013

Pour une femme : du cinéma sensible et romanesque comme j'aime!!

pour Après Landes, dont j'ai rédigé la chronique il y a quelques jours et sans oublier les Fanny/ Marius de Daniel Auteuil sur lesquels j'ai volontairement fait l'impasse, "Pour une femme" de Dianne Kuris est le troisième film français de cet été à nous offrir un drame romanesque mélangeant petite et grande histoire, un peu à la manière d'un certain cinéma français des années 70-80, que je regardais beaucoup quand j'étais plus jeune.

 De nos jours, il est, à mon grand désarroi, de moins en moins courant de voir ce genre de films, estampillés un peu péjorativement par la presse intellectuelle comme ayant le label "qualité France", mais qui, en fait, témoigne de vraies et de belles qualités ne serait ce que dans la construction narrative et dans l'élégance formelle qu'on ne peut ignorer.

Ce film est d'autant plus une excellente surprise que je n'attendais plus grand chose de la cinéaste Dianne Kuris qui, dans ses derniers films ( "Je reste" , Sagan, ou "L'anniversaire") pataugeait largement dans la semoule. Elle a eu l'excellente idée de repuiser, comme pour "Diabolo Menthe" ou "La Baule Les pins" dans ses souvenirs intimes pour nous parler d'une histoire qui a marqué sa famille, à savoir un triangle amoureux qui unit puis déchira ses parents et son oncle paternel.

 Le film débute par la découverte d'une photo jaunie que deux sœurs exhument d’une boîte à souvenirs à la mort de leur mère qui éveillera la boite à pandore des secrets familiaux. Avec cette première scène, on pense forcément à "Sous la route de Madison", le chef d'oeuvre de Clint D'eastwood qui commençait ainsi, et j'avoue avoir un peu craint que la comparaison brise totalement le film de Kuris.

Mais, très vite, on ne pense plus à cette réference écrasante et on se laisse prendre par cette histoire follement romanesque à cheval sur deux époques, puisque le film alterne avec habileté les va et vient entre les années 80 et l’ époque juste après de l’occupation nazie où va se nouer ce noeud familial et cet amour éperdu de la mère de la cinéaste (jouée ici par Sylvie Testud) pour son beau-frère Jean, un mystérieux russe venu en France pour une raison assez obscure qu'on ne découvrira qu'au fil de cette belle histoire.

Alors, certes il faut se faire un peu à l'idée que Nicolas Duvauchelle et Benoit Magimel jouent des russes qui parlent français sans le moindre accent, et se faire aussi ( plus dur) à l'idée que Magimel joue dans la partie plus contemporaine le même personnage, 40 ans plus vieux avec des maquillages un peu ridicules qui le font étrangement ressembler à Marlon Brando,  mais ces réserves mises à part,  ce "Pour une femme" possède d'indéniables qualités qui en font un film très sensible et très touchant.

En premier lieu, le film s'avère être vraiment excellent dans sa reconstitution des années d’après-guerre, des années profondement  marquées par la place de plus en plus prépondérante  du Parti Communiste au cœur de la vie politique ( croustillante prestation de Denis Podalydès en militant PC cocu par une Clothilde Hesme dans trois quatre scène qui offre au film ses  bienvenues respirations comiques).

Le film nous montre très bien, comme rarement dans une fiction française,  que les années d'apres guerre étaient  une ère nouvelle, où la politique parvenait à déchainer les passions et pouvait diviser, bien plus que maintenant,  des familles entières.

Mais ce film est également un drame romantique et sentimental sous forme de trio amoureux, et si cette trame est un peu plus classique au départ, elle est parfaitement écrite et rendue, et certaines scènes ( dans le parc de la Tête D'or, ou la scène du bus vers la fin du film) nous dévoilent un vrai souffle romanesque qui fait du bien.

Il faut dire que Dianne Kuris dirige parfaitement ses acteurs, qui n'ont pas toujours été aussi bons ..Si Magimel est certes plus inégal que ses comparses, il est quand même bien convaincant, et Nicolas Duvauchelle ( qu'on comprend pour une fois parfaitement) et surtout Mélanie Thierry, dans son premier vrai rôle digne de ce nom, nous dévoilent avec justesse et profondeur les tourments de leurs personnages.

Et puis, évidemment pour le lyonnais que je suis devenu, reconnaitre des quartiers et des rues entières (le film a été tourné entièrement sur Lyon pendant l'été 2012) est un plaisir supplémentaire qui ne gache rien...

 Bref, ce Pour une femme est une excellente surprise, une oeuvre très juste, toute en finesse et en émotion, et il est vraiment dommage que le public n'ait pas réservé à ce long métrage le succès qu'il méritait... il faut dire que le film est sorti au tout début de l'été, noyé sous les blockbusters ( ca faisait longtemps que je n'avais pas fait mon petit laius contre les blockbusters, pas vrai?) et cette date ne m'a pas semblé être très judicieuse...

On peut espérer que le film retrouve une autre jeunesse lorsqu'il sera diffusé en prime à la TV, un peu comme les films des années 70 et 80 dont je parlais au début de mon billet, histoire de boucler la boucle ...

 Bande-annonce "POUR UNE FEMME " sortie le 3 juillet 2013

et Un grand merci à Léa de l'agence Cartel pour l'invitation!!
Commentaires
C
Ce film est un petit bijou autant au niveau du scénario, de la mise en scène, que du casting. C'est un vrai coup de cœur et je regrette comme toi qu'il soit passé inaperçu (le timing effectivement n était pas top!)
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P
J'ai hyper envie de voir ce film, autant pour l'histoire que pour ses deux beaux acteurs principaux :) et le film a en plus été tourné à Lyon, ce qui ne gâche rien :) merci pour ton avis et des bisous!
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B
oui ...dans le cinéma français on ose pas trop l'émotion on a trop peur du pathos et des violons mais souvent trop de pudeur tue la pudeur...heureusement pas ici :o)
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L
Une jolie palette d'émotions avec ce film, c'est devenu trop rare :-)
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A
Complétement d'accord avec toi, ce film est une excellente surprise ! Et je trouve aussi que Mélanie Thierry a trouvé un rôle qui dévoile de vraies qualités d'actrice, je ne l'avais jamais vraiment aimée avant. Ici elle est solaire !^Et Duvauchel est beau. Même Magimel s'en sort pas mal.<br /> <br /> Pê un des derniers chouettes films que j'ai vu !!
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En 2026, le Festival de Villerupt a souhaité, dans le cadre de sa rétrospective thématique, mettre en avant la figure paternelle. D’autorité structurante dans l’Italie d’après-guerre, cette dernière dérive progressivement vers une figure fragile, déplacée, voire problématique, révélatrice des mutations sociales, économiques et culturelles du pays. Une évolution qui sera illustrée travers une sélection d’une dizaine de films.

 

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