Baz'art  : Des films, des livres...
15 septembre 2014

Sils maria m'a (un peu) réconcilié avec le cinéma d'Assayas!

 silsAprès mai, le précédent long métrage d'Olivier Assayas, n'avait fait que conforter mon avis général sur ce cinéaste dont j'ai du mal à apprécier la grande majorité de son oeuvre,  de "Clean" à "L'heure d'été", tant ses oeuvres sont en général certainement filmées avec intelligence et un vrai regard de cinéaste, mais tellement cérébrales et froides qu'elles sont dépourvues de la moindre émotion.

J'allais donc voir  (il y a maintenant plusieurs semaines de cela, toujours un peu de retard avec mes chroniques ciné) avec pas mal de réticence ce "Sils Maria", déjà le quinzième long métrage d' Assayas, présenté en sélection officielle de Cannes dernier, et je dois dire d'emblée que sans être sorti totalement emballé et bouleversé de la projection, ce Sils Maria est sûrement l’un des plus intéressants et les plus maitrisés de ce cinéaste (qui sort actuellement chez Stock un livre d'entretiens qui est parait il passionnant).

Il faut évidemment rentrer dans l'univers de ce film, lent et pour le moins assez érudit,  et d'aucuns risquent de trouver les 2h08 un poil longues, mais pour qui se laisserait prendre, on ne peut qu'être réceptif à l'intelligence du propos. Tous les passionnés du monde des acteurs ( de cinéma, mais surtout de théâtre) ne pourront qu'être captivé par les thèmes abordés dans cette oeuvre, les interférences plus ou moins consicente entre le jeu et la réalité, le questionnement des acteurs sur leurs personnages, le jeu de miroirs entre la façon de jouer aujourd'hui et il y a trente ans, et ceux d'aujourd'hui, la starification actuelle à l'heure d'internet et des réseau sociaux. 

Je n'ai pu m'empecher de penser pendant tout le film au dernier long de David Cronenberg, "Maps to the Stars", présenté également à Cannes cette année, un film dans lequel Julianne Moore revenait aussi sur un rôle marquant chez elle, quitte à ce retour forcé vers son passé entrainer des bouleversement, ainsi qu'une peinture féroce du monde  des comédiens et du spectacle (voir ma chronique ici).

A travers le portrait d'une actrice confrontée à retrouver le rôle de sa jeunesse, Sils Maria nous livre  également une cruelle et pertinente réflexion sur le temps qui passe , l’empreinte des souvenirs de jeunesse, et la résilience de certains souvenirs.

Mais encore plus que ce discours ( parfois très brillant d'autres fois un peu plus convenu sur  le temps qui passe et /ou sur les affres de la célébrité, la plus grande partie du film traite de la relation  pleine de justesse et d'ambiguïté,  entre l'actrice, interprétée par Juliette Binoche, et son assistante, avec qui elle vit quasiment constamment et qui semble un peu corvéable à merci de la star et de ses caprices.

Un double-jeu de séduction-perversion entre Maria  et Valentine (Kristen Stewart absolument renversante dans un rôle qui semble discret sur le papier et qu'elle met énormémént en valeur), et les personnages de la pièce qu’elles répètent.Cette relation engendre un parallèle forcément troublant, entre le texte de la pièce et les relations entre les deux femmes. En faisant répéter à ses actrices une pièce de théâtre au thème faisant écho à leur situation réelle, Assayas nous propose un jeu assez machiavélique et assez jouissif, qui fait que l'on ne décroche jamais , en dépit d'un certain agacement qu'on peut ressentir face à ces personnalités remplies d'égos et de superficilaité parfois.
Le spectateur de Sils Maria se demande souvent, notamment lors des scènes de répétition dans les superbes paysages de montagne suisse, où s’arrête la réalité et où commence le jeu  : on ne sait parfois plus trop où on se situe,  et on sent le plaisir certain qu'a Assayas à nous troubler avec cette incertitude latente.
Une bonne partie du film se déroule une vallée suisse magnifiquement filmée (avec la course au mmythe de Majola Snake, le serpent brumeux qui donne son nom à la pièce) et il est vraiment dommage que la troisième partie commence sur un changement radical dans le scénario (que je ne spoilerai pas), qui rend le film encore plus cérébral et plus abstrait.

A la fin du film, on se dit qu'on assisté à un bel exercice de style intelligent et souvent intriguant, mais hélas pas à un film qui nous aura totalement transporté et ému.
Dommage qu' avec  toute cette maitrise et cette intelligence, le film nous échappe finalement, et qu'on ait du mal à appréhender totalement le sens profond du propos du cinéaste.
"Sils Maria" est certainement au final un poil trop doux, et ne traite sans doute pas assez frontalement les riches thèmes abordés pour convaincre totalement, mais quoiqu'il en soit, reste un film que je ne regrette pas d'avoir vu et qui laissera assurément quelques belles images en tête pendant pas mal de temps après la vision.

 

Commentaires
A
Je l'ai aimé car il est passionnant comme tu le dis, les thèmes sont intriguant et la relation entre ses deux femmes pleine de suspens, et de grâce. Mais en effet, il est froid et cérébral, mais ç a semble être la marque de fabrique de ce réalisateur ( je ne crois pas avoir déjà vu un film de lui ).<br /> <br /> Bonne soirée !
Répondre
M
Je me suis ennuyée devant ce film. Je n'ai pas grand chose à lui reprocher mais un peu trop intello et pas assez jusqu’au-boutiste à mon goût je crois. Pas mauvais mais un peu fade je trouve.
Répondre
Qui sommes-nous ?

 

Webzine crée en 2010, composé d'une dizaine de rédacteurs qui partagent  la même envie : transmettre notre passion de la culture sous toutes ses formes : critiques cinéma, de littérature adulte et jeunesse, critiques de pièces de théâtre, concert , expositions, musique, interviews et portraits d'artistes, comptes rendus de spectacles,  tests de jeu de société., couverture de festivals de cinéma ou de musique...

Visiteurs
Depuis la création 8 246 950

 

Depuis vingt-six ans, le Festival Cinémas du Sud, organisé par Regard Sud, offre un panorama du cinéma contemporain du Maghreb et du Moyen-Orient, à travers des œuvres rares

(Fictions, documentaires) avec la présence exceptionnelle de leurs cinéastes.

 Cette 26e édition qui se tiendra du 15 au 18 avril 2026, permettra de découvrir aussi des œuvres du patrimoine arabe, comme le film Gare Centrale de Youssef Chahine, et Said Effendi du cinéaste irakien Kameran Hosni (né en Irak et décédé en 2004 à Los Angeles) et le film du cinéaste marocain Ahmed El Maanouni, Alyam, Alyam.

Cet évènement sera aussi l’occasion de découvrir des œuvres inédites, des premiers long-métrages et d’assister à une avant-première. Elle accueillera des invités témoignant de l’importance du Festival Cinémas du Sud à l’Institut Lumière.

https://www.institut-lumiere.org/25e-festival-cinemas-du-sud

 

mauvais gones
 

Les Mauvais Gones 2026 : Lyon au cœur du cinéma criminel du 20 au 24 avril

Du 20 au 24 avril 2026, Lyon accueillera la 8e édition du festival Les Mauvais Gones, un rendez-vous désormais installé dans le paysage culturel lyonnais, dédié au cinéma policier et de gangsters.

Pendant cinq jours, le cinéma UGC Ciné Cité Confluence se transforme en véritable immersion dans l’univers du crime à l’écran, avec une programmation de films cultes, des soirées thématiques et des échanges avec des invités du monde du cinéma.

 https://www.lesmauvaisgones.fr/

 

 

Festival Caravane des Cinémas d’Afrique

La 18e édition du Festival Caravane des Cinémas d’Afrique aura lieu du 21 au 26 avril 2026 au Ciné Mourguet et dans 30 salles partenaires à travers la région Auvergne-Rhône-Alpes.

Créé en 1991, le Festival Caravane des Cinémas d’Afrique avait initialement lieu chaque année avant d’adopter un rythme biennal dès 1992. En 2026, il retrouvera son format annuel, marquant ainsi une nouvelle étape dans son histoire. Ce retour à une périodicité annuelle permettra au festival d’accompagner plus étroitement la vitalité et la diversité du cinéma africain contemporain, en écho à la richesse de sa production et à l’enthousiasme croissant de son public.

Le Festival en quelques chiffres : une trentaine de films présentés, 30 salles partenaires en Région Auvergne-Rhône-Alpes, une vingtaine de nationalités et invités, environ 80 séances, 6 films en compétition pour le Prix du Public, 10 courts métrages pour le Prix du Jury Jeune. 

Nous contacter

Une adresse mail : philippehugot9@gmail.com 

Newsletter
169 abonnés