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10 février 2020

Tu mourras à 20 ans de Amjad Abu Alala : le réveil du Soudan

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En 2019, le Soudan a connu deux formidables électrochocs, sur les plans politique, surtout, et cinématographique, dans une moindre mesure. Un alignement des planètes qui ne doit rien au hasard tant, comme le souligne Vincent Malausa dans son article sur le cinéma soudanais dans les Cahiers du Cinéma de décembre dernier, la manière de voir participe d'une conscience politique.

Cette conscience s'est réveillée au moment de chasser Omar El-Bechir, qui avait jeté sur le Soudan une chape d'un alliage implacable, composé de religion et de violence, en avril 2019. Sans subir un choc aussi radical, le cinéma soudanais a lui aussi frémis, saisi par deux secousses qui en appellent d'autres.

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La première d'entre elles, Talking About Trees, sorti le 18 décembre 2019, suit le quotidien de quatre cinéastes soudanais vétérans qui rêvent et œuvrent à une renaissance du septième art qui a presque disparu de leur pays, tout en luttant contre la censure.

La deuxième, Tu mourras à vingt ans, sort en salles le 12 février 2020. Les tournages exceptionnels de ces deux films, habités par le même espoir, ont symboliquement devancé de quelques mois la révolution qui a soulevé le Soudan.

Tu mourras à 20 ans acte jusque dans son titre de la fatalité à laquelle est condamné Muzamil, son héros. Le jeune garçon est en effet censé mourir le jour de son vingtième anniversaire, selon la vision qu'a reçue un imam que sa mère avait consulté à sa naissance.

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Frappé du sceau de la mort, chaque pas de Muzamil est fait en pure perte aux yeux de sa mère et de tout le village. Enfant rejeté par ses camarades, il vit donc reclus, sous la protection de sa mère qui tient à jour un funeste décompte sur les murs de sa maison, traçant chaque jour un bâton supplémentaire d'une main lasse.

On retrouve Muzamil à l'âge de 19 ans. Sa vie se partage désormais entre la mosquée, où il est devenu un brillant récitateur, et une petite supérette dans laquelle il travaille.

Chaque habitant connaît l'implacable prophétie de Muzamil, bientôt réalisée, à commencer par sa mère qui a revêtu ses habits de deuil le jour même où l'imam l'a prévenue, pleurant déjà son fils encore vivant, et son père, qui revient au village après des années d'exil comme travailleur migrant.

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Dédié aux manifestants qui ont bravé les pires atrocités du régime d'Omar El-Bechir pour le chasser, Tu mourras à 20 ans est une parabole habitée de la condition à laquelle ont été réduits les Soudanais pendant 30 ans. Assommé de religion, dont on entrevoit pourtant la beauté originelle avant qu'elle ne devienne politique, Muzamil accepte, comme sa famille et tout le village, la mort de façon stoïque.

Sa rencontre avec Sulaiman, un cinéaste baroudeur rendu aigri par le conservatisme du village, qui boit, fume et vit en concubinage, lui laisse voir une autre perspective. Le vieil artiste, qui aurait tout à fait sa place dans la bande de Talking About Trees, répète inlassablement à Muzamil la même idée : il est déjà mort à se laisser étouffer par les dogmes et les péchés qu'il n'a jamais goûtés pour les considérer comme tels.

Dès lors s'opère un mouvement de libération chez Muzamil, qui fait puissamment écho à celui de tout un pays. Sur une toile de fortune, Sulaiman projette à Muzamil à la fois de vieux films qui montrent une Karthoum dansante et animée et ses propres espoirs, qu'il a suivis dans sa jeunesse.

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Huitième long-métrage de fiction de l'histoire du Soudan, preuve de l'état embryonnaire de la production nationale, Tu mourras à 20 ans enthousiasme non seulement par l'espoir qu'il porte, et qui s'est concrétisé dans la rue, que par la puissance de son image. Le sens du cadre et la photo irradiée de lumière magnifient cette entreprise de libération menée par le charismatique Muzamil.

Pour réaliser son film, le réalisateur, Amjad Abu Alala, a du s'entourer de techniciens étrangers mais il a souhaité que leurs assistants soient tous soudanais, profitant du caractère exceptionnel d'un tournage au Soudan pour lancer un nouvel élan. Tu mourras à 20 ans est donc une promesse pour l'avenir et l'on espère qu'elle essaimera au sein d'une nouvelle génération de cinéastes.

Selon le réalisateur, le Soudan, situé au carrefour de l'Afrique et du monde arabe, a une voix originale à porter. On a hâte de l'entendre.

 


 Tu mourras à 20 ans de   Amjad Abu Alala, en salles le 12 février 2020, Pyramide Distribution

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