Baz'art  : Des films, des livres...
24 septembre 2021

Skylight aux Célestins : Claudia Stavisky met en scène le théâtre intime et engagé de David Hare

40X60-skylight

 "J’en ai marre de ces sophismes. J’en ai marre de ces connards de droite. Ce n’est pas eux qui lèveraient le petit doigt. Ils bossent tranquillement dans leur bureau ou dans leur banque. Mais maintenant on les voit pontifier au parlement, dans les journaux, à contester nos motivations, à mettre en cause notre jugement. Et pourquoi ? Parce qu’ils ont besoin de se faire mousser en rabaissant tous ceux dont le travail est tellement plus dur que le leur. Il suffit de dire « travailleur social » ... « agent de probation » ... « conseiller » ... pour que tout le monde ricane, dans ce pays. Tu sais ce qu’ils font, les travailleurs sociaux ? Tous les jours ? Ils essayent de décrasser les canalisations de la société. D’enlever les détritus. Ils font ce que personne d’autre ne fait, ce que personne d’autre ne veut faire.

Et pour ça, est-ce qu’on les remercie ? Mon Dieu non, on prend notre propre conscience pourrie, on l’essuie sur la figure du travailleur social, et on dit « Si – » MERDE ! – « Si c’était moi qui faisais le boulot, évidemment, si c’était moi qui le faisais je ne le ferais pas comme ça..."

 Celle qui s’exprime ainsi avec véhémence et  une certaine résignation, c’est Kyra, une  jeune prof idéaliste qui a décidé de mettre tout son talent et ses compétences au service de jeunes défavorisés d’une  banlieue de Londres.  

Skylight - 03-09-21 - Simon Gosselin-42

  Kyra vit seule et sobrement dans un appartement glacial d’un quartier très peu couru de la banlieue de Londres,   Wimbledon.
Il y a 4 ans, elle résidait bien moins chichement avec Tom et Alice, un couple qui avait accueilli son errance à Londres à l’aube de ses 18 ans.

Le retour soudain dans sa vie de Tom,  restaurateur particulièrement prisé des Londoniens va raviver rancœurs et blessures du passé  tandis qu’ils vont devoir  également confronter leurs deux conceptions radicalement différentes  de la vie.

skylightphoto

Aux Célestins-théâtre des Lyon, Claudia Stavisky, directrice des lieux, monte en ouverture de saison, Skylight de David Hare.

Ce projet vient de loin puisque c’est à la demande des dirigeants du Shanghai Dramatic Arts Center que Claudia Stavisky avait monté une première fois, en juin 2019, cette pièce de David Hare.

Après le succès de sa mise en scène de La Vie de Galilée de Bertolt Brecht, créée en 2019, saluée ici et   toujours en tournée en France et en Europe, elle adapte pour la première fois en français cette pièce du grand dramaturge anglais.

Skylight - 03-09-21 - Simon Gosselin-1

Cette pièce écrite dans les années 1990, jouée souvent à Londres mais peu en France,  décrit  avec sensibilité et finesse sous fond d’histoire d’amour malheureuse les conséquences du néolibéralisme « à la Thatcher », et ce qu'elle a impliqué en termes d’injustices et d’inégalités sociales .

Force est de constater que le charge de Hare sur les ravages du néolibéralisme thatchérien n’a en rien perdu son acuité et préfigure totalement les dérives du monde capitalisme que l’on aura connu ces dernières décennies.

À la fois intime et engagé, militant et sensible, Skylight montre une querelle aussi sentimentale qu’idéologique, puissante comme une lame de fond et nous offre une  vision profondément juste de la fracture sociale.

À travers une vibrante relation amoureuse entre deux individus profondément attachants, David Hare nous raconte que l’amour ne suffit pas pour unir deux êtres.

Skylight - 03-09-21 - Simon Gosselin-55

Le combat des deux idéaux est  aussi passionnant que convaincant, porté par deux interprètes formidables.

Marie Vialle, comédienne trop méconnue et pourtant grande habituée des planches, est frémissante d’intensité  et montre aussi bien la détermination que les failles de Kyra femme en lutte pour son émancipation.

Quant à Patrick Catalifo, que Claudia Stavisky avait déjà dirigé dans l’éblouissant Rabbit Hole, il se montre ainsi d'une nouvelle fois, d’un charisme incontestable et offre une palette de jeu très riche en homme d’affaire (Tapie mais en moins vulgaire comme il le décrit lui-même qui a tout réussi, sauf sa vie personnelle et est venu là dans cet appartement mal famé et mal chauffé chercher le pardon qu’il ne peut s’accorder lui-même.

Skylight - 03-09-21 - Simon Gosselin-18

Avec sa mise en scène sobre mais au cordeau. Claudia Stavisky offre une belle adaptation de ce beau texte de  David Hare qui joue pour encore deux semaines aux Célestins sur Lyon et qu'on vous recommande sans hésiter. 

  “L’écriture de David Hare appartient à l’un de mes domaines de recherche privilégiés, l’un des champs dramaturgiques qui m’intéressent le plus au théâtre. J’entends par là les écritures au sein desquelles se manifeste la relation profonde, tendue, qui unit l’intime et le politique : lorsque le politique se reflète dans l’intime et lorsque l’intime façonne le politique. De ce point de vue, Skylight est dans la droite ligne des préoccupations qui m’habitent lorsque je monte un texte, qu’il s’agisse d’un texte contemporain ou d’un texte du répertoire."

 Claudia Stavisky

Skylight de David Hare. Mise en scène de Claudia Stavisky. Jusqu’au 3 octobre 2021 aux Célestins théâtre de Lyon. 

Réservations en suivant ce lien. 

Commentaires
Qui sommes-nous ?

 

Webzine crée en 2010, composé d'une dizaine de rédacteurs qui partagent  la même envie : transmettre notre passion de la culture sous toutes ses formes : critiques cinéma, de littérature adulte et jeunesse, critiques de pièces de théâtre, concert , expositions, musique, interviews et portraits d'artistes, comptes rendus de spectacles,  tests de jeu de société., couverture de festivals de cinéma ou de musique...

Visiteurs
Depuis la création 8 245 640

 

Depuis vingt-six ans, le Festival Cinémas du Sud, organisé par Regard Sud, offre un panorama du cinéma contemporain du Maghreb et du Moyen-Orient, à travers des œuvres rares

(Fictions, documentaires) avec la présence exceptionnelle de leurs cinéastes.

 Cette 26e édition qui se tiendra du 15 au 18 avril 2026, permettra de découvrir aussi des œuvres du patrimoine arabe, comme le film Gare Centrale de Youssef Chahine, et Said Effendi du cinéaste irakien Kameran Hosni (né en Irak et décédé en 2004 à Los Angeles) et le film du cinéaste marocain Ahmed El Maanouni, Alyam, Alyam.

Cet évènement sera aussi l’occasion de découvrir des œuvres inédites, des premiers long-métrages et d’assister à une avant-première. Elle accueillera des invités témoignant de l’importance du Festival Cinémas du Sud à l’Institut Lumière.

https://www.institut-lumiere.org/25e-festival-cinemas-du-sud

 

mauvais gones
 

Les Mauvais Gones 2026 : Lyon au cœur du cinéma criminel du 20 au 24 avril

Du 20 au 24 avril 2026, Lyon accueillera la 8e édition du festival Les Mauvais Gones, un rendez-vous désormais installé dans le paysage culturel lyonnais, dédié au cinéma policier et de gangsters.

Pendant cinq jours, le cinéma UGC Ciné Cité Confluence se transforme en véritable immersion dans l’univers du crime à l’écran, avec une programmation de films cultes, des soirées thématiques et des échanges avec des invités du monde du cinéma.

 https://www.lesmauvaisgones.fr/

 

 

Festival Caravane des Cinémas d’Afrique

La 18e édition du Festival Caravane des Cinémas d’Afrique aura lieu du 21 au 26 avril 2026 au Ciné Mourguet et dans 30 salles partenaires à travers la région Auvergne-Rhône-Alpes.

Créé en 1991, le Festival Caravane des Cinémas d’Afrique avait initialement lieu chaque année avant d’adopter un rythme biennal dès 1992. En 2026, il retrouvera son format annuel, marquant ainsi une nouvelle étape dans son histoire. Ce retour à une périodicité annuelle permettra au festival d’accompagner plus étroitement la vitalité et la diversité du cinéma africain contemporain, en écho à la richesse de sa production et à l’enthousiasme croissant de son public.

Le Festival en quelques chiffres : une trentaine de films présentés, 30 salles partenaires en Région Auvergne-Rhône-Alpes, une vingtaine de nationalités et invités, environ 80 séances, 6 films en compétition pour le Prix du Public, 10 courts métrages pour le Prix du Jury Jeune. 

Nous contacter

Une adresse mail : philippehugot9@gmail.com 

Newsletter
169 abonnés