Baz'art  : Des films, des livres...
19 avril 2022

Interview de Michel Bussi, le romancier roi du twist

 

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Dans le cadre de la nouvelle collection des éditions Le Robert intitulée « Secrets d'écriture »,  chaque auteur- Jean Philippe Toussaint, Susie Morgenstern, bientôt Franck Thilliez-,  sollicité par Le Robert a pour objectif de  décortiquer sa marque de fabrique.

« L’ambition est de dévoiler la fabrique de la création littéraire dans toute sa richesse » selon Bérengère Baucher, directrice éditoriale au Robert. 

 Récemment c'est  Michel Bussi  qui a été sollicité pour exposer les règles d'or qui s'appliquent à la fabrication d'un roman à suspense...

 À partir de sa propre expérience, engrangée au fil de quinze romans, et de sa lecture attentive des ouvrages de ses confrères, celui qui a été surnommé « le roi du twist », pour sa capacité à imaginer des révélations remettant en cause toute l'histoire et  partager ses astuces 

 Treize romans à son actif et dix millions de livres vendus en France et à l’étranger pour l’auteur de polars, Michel Bussi est sans doute  l’un des plus cotés de ces dernières années en France.

 La recette du succès de Michel Bussi, la voici : des intrigues bien ficelées, des personnages complexes et, chaque fois, une résolution toujours surprenante pour le lecteur qui s'est laissé piégé et qui adore cela .

On a eu la chance d'échanger un peu avec elle au dernier festival quais du polar et on vous livre quelques réponses à nos questions sans plus attendre. 

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Bonjour Michel.. Première question, assez logique.. D’où vient la genèse de ce livre "l’art du suspens ?"  C’est une initiative  des éditions Robert ou c’est vous qui êtes à l’origine du projet?

Les deux j’aurais tendance à dire …

Au départ, il y a la volonté des éditions Le Robert de lancer cette collection avec des auteurs différents..

En amont, j’avais  pour moi-même déjà écrit la troisième partie du livre  concernant  "l’art du twist.

À force de répondre à des questions qu’on pouvait me poser sur l’art du rebondissement on finit par réfléchir à comment on manipule le lecteur.

On m’a  depuis longtemps un peu associé à ce genre là qu’est le twist et qui obéit à un mécanisme assez précis, donc j’avais eu envie de chercher à théoriser un peu la démarche.

Cet écrit était vraiment quelque chose de privé au départ, pas du tout pour quelque chose  qui devait être public mais à partir du moment où il y a eu la demande je me suis dit qu’une partie du livre était déjà rédigée et que je ne pouvais dire non au projet des éditions Robert.

Et du coup qu'est que vous racontez dans ce livre qui pourrait intéresser le lecteur?

Ah pas mal de choses j'espère (rires)  !

Pour résumer je vais vous dire que  j'ai eu envie de révéler les secrets du roman à twist avec 19 points précis sur le twist et avant cela je livre les 40 commandements à suivre pour écrire un roman à suspens qui tienne la route 

Je raconte comment je construis d'abord une histoire puis des personnages au service de l'intrigue, découpe l'action en chapitres cohérents, comment il est important aussi d'alterner humour et noirceur, ou comment encore j'invente des engrenages  parfois un peu sophistiqués susceptibles d'expliquer l'enchaînement d'événements mystérieux....

J'explique aussi comment il faut moderniser certaines figures imposées du genre comme le huis clos ou le face à face entre un policier et un suspect. 

Vous vous reconnaissez dans l'appellation " roi du twist " que certains vous ont donné? 

Être le roi du twist,  ce n’est pas forcément quelque chose que j’avais prévu à la base mais à partir du moment où 2-3 journaux ont opté pour ce statut-là, je me suis dit que c’était plutôt pertinent d’y réfléchir dessus...

Et alors quand vous y réfléchiissez, ca serait quoi votre propre définition du twist?

J'aurais tendance à dire que c'est un  retournement de situation, une révélation soudaine qui remet en cause l’ensemble, ou au moins une partie, de ce qu’on a lu. 

Par exemple et désolé pour le spoil pour ceux qui l'auront pas encore lu, dans « Dorothée », une nouvelle tirée du livre "13 à table" chez Pocket,  la passagère, que le lecteur imagine bien réelle tout au long du texte, n’est qu’un GPS bavard et sophistiqué. 

Le twist  doit  être si bien ficelé que le lecteur n'aura qu'une envie lors de sa révélation : tout relire pour comprendre comment il a pu passer à côté des indices semés au fil des pages, et souvent d'ailleurs dès le chapitre inaugural.

Ce twist final est-il le tout premier élément que vous avez en tête quand vous commencez l'écriture d'un roman ?

Oui, il y a un vrai lien entre un début surprenant, un élément intriguant, et sa conclusion.

Des situations de départ originales, ce n’est pas compliqué à trouver, ce qui l’est, c’est de les expliquer.

Quand j’ai l’impression de tenir une bonne idée, c’est que j’ai les deux, le début et la fin. Il faut absolument  que le casse-tête se résolve et de façon à ce que tout se tienne..

Pour  un roman comme "au soleil redouté"  par exemple, je ne spoilerai pas le twist final mais il fallait vraiment être très rigoureux pour que tout se tienne lorsqu'on relit le livre après la révélation finale, c'est un vrai travail d'équilibriste parfois 

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Qu'est que vous avez surtout cherché à montrer en dévoilant vos secrets de fabriques? 

J’ai voulu montrer que le twist, l’art du rebondissement, n’est pas seulement un jeu de sous-littérature, mais un exercice littéraire qui a ses codes ...

Pour moi, c’est une vraie forme littéraire parce qu’on joue avec les mots, avec la langue, avec le non-dit, ce que permet la littérature et pas le cinéma.

C’est un des plus vieux genres littéraires du monde. Dans L’Iliade, Homère crée déjà du suspense, des faux-semblants, des astuces.

C’est un genre qui n’est pas souvent considéré comme littéraire, alors qu’il s’agit vraiment de cela.

La littérature, c’est l’art de suggérer et  c’est précisemment de cela dont il s’agit : entre ce que le lecteur croit lire ou imagine et les mots qui sont écrits, on peut jouer, créer des illusions, des faux-semblants.

C’est un art intéressant et qui crée une interaction, une mise en abyme avec ses lecteurs. 

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 Chacune de vos intrigues est ancrée dans un lieu bien particulier. Pourquoi ?

J’aime quand un livre m’emporte quelque part. Et quand j’écris, cette notion est importante : je veux emmener le lecteur, qu’il visualise les lieux dans lesquels l’intrigue va se dérouler.

Il doit avoir l’impression de s’y trouver.

Pour ça, j’essaie de jouer sur les descriptions, de trouver un équilibre entre descriptions, actions et émotions.

Une dernière question qui interesse toujours le lecteur.. Vous avez des rituels d'écriture? ca ressemble à quoi les journées de Michel Bussi quand vous écrivez ?

C’est assez simple en fait, moi,  j’écris tout le temps, dès que j’en ai le temps.

Le métier d’écrivain présente d’autres facettes, comme la promotion par exemple.

Mais il y a toujours cette urgence de continuer à écrire. Dès qu’un roman est fini, j’attaque le suivant.

Écrire un livre, c’est comme faire un marathon : c’est un entraînement continu.

Contrairement à ce qu'on peut pensé écrire n’est pas quelque chose de très glamour. C’est un travail essentiellement solitaire. 80 % du temps, je suis seul devant mon ordinateur à écrire.

Il y a plus de moments de travail et de sueur que de moments de paillettes.

Écrire un roman policier demande beaucoup de travail de documentation.

Vous savez, j’ai l’impression que l’essentiel de mon temps n’est pas d’être une star, plutôt un travailleur de l’ombre.

 

Merci aux éditions Presses de la Cité pour cet entretien réalisé le 2 avril à Lyon 

LA FABRIQUE DU SUSPENSE

de Michel Bussi. Editions Le Robert/Presses de la Cité, collection « Secrets d'écriture », 176 pages, 14,90 euros.

 

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Depuis vingt-six ans, le Festival Cinémas du Sud, organisé par Regard Sud, offre un panorama du cinéma contemporain du Maghreb et du Moyen-Orient, à travers des œuvres rares

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 Cette 26e édition qui se tiendra du 15 au 18 avril 2026, permettra de découvrir aussi des œuvres du patrimoine arabe, comme le film Gare Centrale de Youssef Chahine, et Said Effendi du cinéaste irakien Kameran Hosni (né en Irak et décédé en 2004 à Los Angeles) et le film du cinéaste marocain Ahmed El Maanouni, Alyam, Alyam.

Cet évènement sera aussi l’occasion de découvrir des œuvres inédites, des premiers long-métrages et d’assister à une avant-première. Elle accueillera des invités témoignant de l’importance du Festival Cinémas du Sud à l’Institut Lumière.

https://www.institut-lumiere.org/25e-festival-cinemas-du-sud

 

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Les Mauvais Gones 2026 : Lyon au cœur du cinéma criminel du 20 au 24 avril

Du 20 au 24 avril 2026, Lyon accueillera la 8e édition du festival Les Mauvais Gones, un rendez-vous désormais installé dans le paysage culturel lyonnais, dédié au cinéma policier et de gangsters.

Pendant cinq jours, le cinéma UGC Ciné Cité Confluence se transforme en véritable immersion dans l’univers du crime à l’écran, avec une programmation de films cultes, des soirées thématiques et des échanges avec des invités du monde du cinéma.

 https://www.lesmauvaisgones.fr/

 

 

Festival Caravane des Cinémas d’Afrique

La 18e édition du Festival Caravane des Cinémas d’Afrique aura lieu du 21 au 26 avril 2026 au Ciné Mourguet et dans 30 salles partenaires à travers la région Auvergne-Rhône-Alpes.

Créé en 1991, le Festival Caravane des Cinémas d’Afrique avait initialement lieu chaque année avant d’adopter un rythme biennal dès 1992. En 2026, il retrouvera son format annuel, marquant ainsi une nouvelle étape dans son histoire. Ce retour à une périodicité annuelle permettra au festival d’accompagner plus étroitement la vitalité et la diversité du cinéma africain contemporain, en écho à la richesse de sa production et à l’enthousiasme croissant de son public.

Le Festival en quelques chiffres : une trentaine de films présentés, 30 salles partenaires en Région Auvergne-Rhône-Alpes, une vingtaine de nationalités et invités, environ 80 séances, 6 films en compétition pour le Prix du Public, 10 courts métrages pour le Prix du Jury Jeune. 

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