harlan-coben2aSi je vous avais dit quelques mots du Festival Quai de Polar qui avait lieu dans ma ville au tout début du mois d'avril avant qu'il ne commence, je ne vous en ai pas reparlé depuis.

Et pourtant, j'y ai trainé mes bottes plusieurs fois,  j'ai ramené deux sacs entiers de livres policiers gagnés avec les TCL la société de transport de Lyon

Et surtout, j'ai eu l'occasion d'y faire une rencontre exceptionnelle et privilégiée avec "le maitre de nos nuits blanches" (comme lui même aime à se nommer), qui a vendu a vendu plus de 50 millions de livres dans le monde, j'ai nommé Harlan Coben en personne.

Vous allez me dire que dans un festival littéraire digne de ce nom , il est normal que je rencontre des romanciers sans que j'ai besoin de le crier sur tous les toits, sauf que là, c'était un peu plus qu'une simple dédicace : j'ai eu la chance, grace à Babelio, qui avait eu la bonne idée d'organisér une fois n'est pas coutume ce type de rencontre hors de la capitale, d'aller interroger le lundi de Paques cet immense (déjà par la taille) romancier directement dans l'hotel où il résidait ( bon pas dans sa chambre quand même), en compagnie de 5 autres chanceux et des deux administrateurs du site.

 Lorsqu'on m'a proposé cette rencontre, évidemment je n'ai pas refusé un seul instant, vu la renommée de l'auteur, une des rares icones du polar vivantes,  et également vu que je venais tout juste de recevoir, envoyé par Belfond, sa maison d'édition française son dernier roman sorti en France, Ne t'éloigne pas, et que je trouvais que c'était un beau hasard que de lire sa nouvelle oeuvre et pouvoir l'interroger dessus dans la foulée.

Il faut dire que la première fois que j'ai lu un Harlan Coben, ca devait être avec un de ses premiers romans sortis en France, le fameux  Ne le dis à personne, qui est également le seul de ses romans à avoir fait l'objet pour le moment d'une adaptation ciné, celle à très grand succès réalisé par  notre Guillaume Canet national.

 Et j'avais été bluffé par la qualité de ce roman que je n'avais pas laché de la nuit et qui arrivait à mélanger polar captivant au suspens très efficace et partie plus romanesque et même amoureuse assez forte.

Ensuite j'avais enchainé avec d'autres romans de l'auteur ( Sans un mot, disparu à jamais), mais au troisième ou quatrième roman,  j'avais vite ressenti une vraie lassitude à cette lecture, tant j'avais l'impression que Coben reprenait sans cesse les mêmes techniques de base et les  mêmes ingrédients  ( un passé sulfureux qui revient à la figure des personnages principaux; le chemin de rédemption de ce personnage, les fausses pistes sur l'identité du coupable et la présence de méchant sanguinaire sans scrupules qui ne pense qu'à torturer): tout cela sentait  un peu trop le pilotage automatique pour moi qui préfère quand même etre surpris par mes auteurs fétiches.harlan-coben-ne-t-eloigne-pas

Mais comme cela faisait bien 5 ans que je n'avais pas ouvert un livre de Coben, et que je trouvais plus courtois d'arriver avec des billes en poche , je me suis plongé dans son dernier roman, Ne t'éloigne pas(que je n'ai pas réussi à finir avant ma rencontre), et j'avoue que j'ai retrouvé avec un plaisir certain celui de me laisser embarquer par un polar rondement mené qui reste follement efficace et captivant.

Alors certes, comparé à d'autres auteurs de polars (au hasard Lehane ou Ellory), Coben n'est pas le plus grand styliste  qui soit et les ingrédients dont je parlais ci dessus sont toujours présent, mais l'’écriture  est toujours enlevée et Coben sait tenir un rythme et un récit qui ne laisse que peu de répit aux lecteurs. 

Harlan Coben possède cette belle capacité à nous  faire tourner les pages  avec grande fébrilité, car il sait distiller les révélations à un rythme bien calculé jusqu’au dénouement final.

Un dénouement final forcément inattendu car, comme il l'a dit lors de cette rencontre, l'auteur n'aime rien d'autre que de mettre le lecteur dans le flou le plus total quant à l'identité de l'auteur du crime, j'avoue être complétement passé à coté sur ce coup là ,alors même que d'habitude, je suis plutot doué à ce jeu.

Bref, le roman fut un bon moment, mais ma rencontre avec son auteur fut encore plus délectable, tant l'homme est éminement sympathique et sait y faire dans la promo, que ce soit avec des lecteurs lambda ou la presse (j'ai assisté aussi à la conférence de presse qui suivait dans le cadre du festival).

Et pourtant, Harlan Coben pourrait intimider, car avec son mètre 94 et son crâne rasé,  il en impose totalemnt  (Loin des stéréotypes de l'écrivain à lunettes tourmenté), et moi qui était assis juste à coté de lui, j'avoue avoir été un peu sur la réservé. 

J'avais préparé tout plein de questions sur son oeuvre et sa personnalité et je n'en ai posé que deux, mais il faut dire que faute d'interprete (Pierre de Babelio se prétait un peu contre son gré à ce jeu, performance à saluer pour un non professionnel), on devait poser ses questions dans la langue de Shakespeare, et je suis un peu comme tout le monde: si je comprends presque tout de la conversation en anglais, j'ai beaucoup plus de mal à m'exprimer et bute sur le moindre mot de vocabulaire que je ne trouve pas,  pour ensuite perdre totalement le fil de ma conversation.

 Coben a quand même été très sympa puisqu'il m'a félicité pour la pertinence d'une de mes très rares question, me faisant rougir plus que de raison. En plus, celle là je ne l'avais pas préparé, elle concernait sa  propension à critiquer le  rêve américain dans son dernier roman; Mégan, son héroine étant plus interessée par le fait de revivre son passé sulfureux que de sa vie actuelle confortable et pépèreLe thème du livre : les plaisirs interdits, car en fait Megan regrette un peu son passé et veut retrouver un peu de piquant dans sa vie.

A part me flatter, Harlan Coben nous a également donné des pistes sur sa méthode de travail :"Quand j’écris un livre, Je connais le début et la fin et le reste se fait tout seul. Je sais très peu de choses sur ce qui se passe au milieu. Je ne fais pas de plan, ça vient tout seul. Je sais, moi, ou s’arrête le voyage. Là je savais très bien ce qui arriverait aux personnages mais pas comment j’allais révéler ce qui allait se passer" .Par ailleurs, il nous avoué, dans la même lignée, chercher à tout prix les détails qui rendront accrocs le lecteur. Pour çela, il traque chaque passage que l’on aurait envie de sauter à la lecture.


Coben a également, à mon grand bonheur,  pas mal parlé de 7ème art, et notamment sur la force de persuasion de Guillaume Canet qui a coupé l'herbe sous les pieds de Michael Apted, au départ pressenti pour tourner ne le dis à personne. Le romancier fut très content du résultat, même si il aurait aimé que Canet soit moins fidèle à sa matière originelle, puisque pour lui les meilleures adaptations sont celles qui trahissent le mieux et que dans son film, certains personnages présents dans le livre sont trop superflus, ce qui était aussi mon avis. 

Le romancier nous a également parlé d'un nouveau projet d'une adaptation d'un de ses romans, son tout dernier non encore sorti en France, Six Years dont  la Paramount devrait  prochainement signer pour en faire un film avec, pour premier rôle, Hugh Jackman.

Bref, une discussion passionnante de plus d'une heure avec un romancier américain dans le meilleur sens du terme, c'est à dire d'abord ouvert et chaleureux qui a pris une photo avec chacun d'entre nous nous a longuement serré la main et dit un petit mot gentil à chacun des participants.

Chapeau, Monsieur Coben, pour votre professionnalisme (que certains auteurs français, plus renfrongés et introvertis en promo, seraient bien avisés de suivre) et rien que pour cela, je lirais sans problème votre prochain livre, même s'il n'est pas adapté au ciné!!!