Baz'art  : Des films, des livres...
29 juin 2026

Rencontre avec Gaya Jiji pour son film L’ÉTRANGÈRE

Avec L’Étrangère, présenté aux Rencontres du Sud d’Avignon en mars dernier, la réalisatrice syrienne Gaya Jiji nous raconte une belle et émouvante histoire d’amour en suivant le parcours d’une mère exilée qui tente de réinventer sa vie. Le film est à voir au cinéma mercredi 24 juin.
« L’étrangère » est une œuvre où chaque scène a été pensée, où chaque décor a son importance narrative, où les mots ont leur poids tout comme les silences. Gaya Jiji, après « Mon tissu préféré » était attendue au tournant. Un tournant qu’elle a négocié avec brio.
Elle nous en dit plus en balayant les différentes approches de son film.

 

Un long métrage très personnel

"Il y a une grande partie de moi dans ce film. Je partage beaucoup de choses avec Selma, dans son parcours sentimental et psychologique, ces rencontres dans un nouveau pays avec des gens qui peuvent changer votre destin — et révéler des choses sur vous que vous ne connaissiez pas.

L'Étrangère n'est pas une autobiographie, mais j'ai moi aussi laissé mon pays derrière moi et je suis venue en France. L'exil peut aussi nous sauver. J'ai rencontré des personnes qui ont changé mon existence. Elles sont devenues mon territoire. Mon point de vue sur la notion de patrie a changé, je ne la vois plus seulement comme une terre. J'ai vécu cette fragilité du quotidien entre l'envie de reconstruire une nouvelle vie et la peur d'être rattrapée par le passé. Je partage avec mon personnage ce tiraillement, ce combat intérieur.

En même temps, j’ai fait un grand travail de documentation sur tout ce qui concerne le voyage que beaucoup de Syriens ont fait à l’époque pour avoir le statut d’exilé — moi, je n’ai pas fait ce voyage-là. Après, tout ce qui est drame, ce n’est pas autobiographique.."

 

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L'importance d'avoir une représentation féminine du personnage du migrant

"Dans les films, c’est souvent un homme qui fait ce voyage — ça commence un peu à changer parce qu’il y a des réalisatrices justement qui mettent des femmes dans cette situation. En faisant mon travail de documentation j’ai rencontré des femmes qui ont fait ce voyage toutes seules — parfois très jeunes : 20 ans. J’ai vraiment voulu que ça soit une femme qui ait le courage de partir seule ; qui ose tomber amoureuse. Au début du film, quand on voit le personnage se noyer dans la mer, en train de se battre avec une autre femme, c'est comme si elle se battait avec elle-même. Elle voulait tuer une partie d'elle-même".

 

 La culpabilité de ceux qui partent

"On m'a souvent demandé pourquoi Selma n'avait pas emmené son fils. De mon point de vue, c'est pour lui éviter ce voyage qui peut laisser des traces psychologiques très graves. Je l'ai constaté autour de moi. Cette femme est prête à tout pour avoir une vie meilleure, pour elle et pour son fils. Selma est tiraillée entre sa culpabilité et ses désirs, son besoin d'amour. Elle doit travailler, obtenir des papiers, faire venir son enfant, mais, en même temps, elle a envie de vivre, pas uniquement de survivre."

 

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Zar Amir, rare comédienne capable éprouver le sentiment d’entre-deux de Selma 

"Pendant toutes les années d’écriture du film, j’ai pensé à l’actrice qui pouvait jouer ce rôle : c’était quelque chose qui me travaillait parce que je ne trouvais pas vraiment ce que je cherchais chez des actrices syriennes ou du monde arabe.

Et quand j’ai vu Zar dans Les Nuits de Mashhad d’Ali Abbassi, j’ai eu tout de suite un déclic : c’était Selma, ça ne pouvait pas être  qu'elle

J’ai appris ensuite son histoire, très cruelle, avant de quitter son pays : elle aussi était passée par là. Ce n’était pas voulu, mais ça nous a beaucoup aidés pour nous retrouver toutes les deux, pour travailler ce rôle.

 Le fait qu'on ait laissé toutes les deux notre pays derrière nous et qu'on ne puisse pas rentrer, ça nous a rassemblées et aidées à travailler ensemble",

 

photo : Guillaume Salama rencontres du sud
Un mélodrame à la mise en scène sobre

"J'ai écrit un mélo, donc j'ai voulu que la mise en scène soit sobre, minimaliste, pour faire ressortir les sentiments des acteurs. Je me suis appuyée sur des moments de silence, sur les regards. La lumière change avec l'évolution du personnage. Au début, Selma est invisible et tout, autour d'elle, est un peu glauque, flou. Plus elle devient visible et trouve ses repères dans cette ville, plus la lumière l'accompagne.

Quand son mari la rejoint, quelque chose se referme sur elle dans la chambre en sous-sol où elle vit. Cet espace représente à la fois un déclassement social et un paradis car, pour la première fois de sa vie, elle a sa chambre à elle."

 

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Le titre et son clin d’œil  à Albert Camus


"L’Étranger est un roman que j’ai lu plusieurs fois, que j’aime beaucoup. Quand j’ai choisi le titre, je trouvais que c’était amusant de refaire le titre de Camus, mais au féminin. Après, dans le roman, il y a des choses très différentes de mon film. Je voulais surtout raconter ce que ça veut dire d’être étranger et d’aborder ce mot-là à travers un mélo, un drame sentimental…"

 

photos  rencontres du sud 

L’Étrangère de Gaya Jiji (Fr., 1h42) avec Zar Amir, Alexis Manenti, Amr Waked, Megan Northam, Grégoire Monsaingeon, Marine Berceaux, Saad Lostan, Samu Al Hindi… Sortie le 24 juin 2026.

 

 

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En concert le 29 juin à Lyon (Amphithéâtre) et le 2 juillet à Boulogne-Billancourt (La Seine Musicale)

Festival du Film Italien de Villerupt

49e édition - Du 23 octobre au 8 novembre 2026

www.festival-villerupt.com

 

 

 

Hommage à Monica Vitti et rétrospective autour de la figure du père, la 49e édition du Festival de Villerupt dévoile ses premiers éléments de programmation et son affiche officielle.

 

En 2026, le Festival de Villerupt a souhaité, dans le cadre de sa rétrospective thématique, mettre en avant la figure paternelle. D’autorité structurante dans l’Italie d’après-guerre, cette dernière dérive progressivement vers une figure fragile, déplacée, voire problématique, révélatrice des mutations sociales, économiques et culturelles du pays. Une évolution qui sera illustrée travers une sélection d’une dizaine de films.

 

Le festival rendra aussi hommage à l’une des plus grandes icones du cinéma mondial : Monica Vitti, disparue en 2022. Reine de la comédie à l’italienne et égérie de Michelangelo Antonioni, elle est notamment célèbre pour ses rôles dans L’avventura ou Le désert rouge.

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DRÔLEMENT BIEN, LE FESTIVAL D’HUMOUR NÉ À BESANÇON, ANNONCE SON EXPANSION NATIONALE ET S’INSTALLE À LYON

Après trois éditions couronnées de succès qui ont fait rayonner la capitale comtoise, le festival d’humour Drôlement Bien lance sa première édition lyonnaise du 14 au 17 janvier 2027, confirmant son statut de référence nationale.

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