in treatment  J'aimerais parler série sur ce blog, beaucoup plus que je ne le fais actuellement, un peu comme certains blogueurs spécialisés qui arrivent à chroniquer toutes les nouveautés dans ce domaine.

Mais pour l'instant, je n'arrive pas du tout à regarder et à chroniquer des séries autant que j'aimerais, essentiellement par faute de temps.

Cependant, qui dit rentrée dit bonnes résolutions et, parmi celles ci, figure celle d'essayer d'améliorer nettement le nombre d'heures consacrées au visionnage de séries, car, vu le nombre de talents qui sont derrières ces fictions télévisées (de plus en plus d'immenses cinéastes, de Spielberg à Fincher, sont derrière les manettes), il est plus que temps de ne plus les ignorer.

Et ainsi, lorsque j'ai vu que Canal plus créait une nouvelle chaine à la rentrée entièrement consacrée aux séries, intitulée tout bonnement "Canal plus séries", j'ai décidé de revenir sur ma décision que je pensais pourtant irreversible de résilier mon abonnement (j'avais d'ailleurs eu l'intention de vous  parler plus longuement de cette décision, mais finalement j'ai laché l'affaire).

Bref, avant d'essayer de faire des comptes rendus des nouveautés, je souhaitais, quelques jours avant la rentrée, revenir sur une de mes rares séries fétiches (que je situe pratiquement au même niveau que Six Feet Under, c'est dire).

C'est une série américaine dont j'avais vu les deux premières saisons il y a plusieurs années, mais je viens tout juste d'en finir avec le troisième volet. Cette ultime saison, j'ai prise à ma médiathèque et  je l'ai fini avec une profonde tristesse, comme à chaque fois que l'on quitte pour toujours des personnages de série tellements familiers que le rupture devient forcément et férocement douloureuse.

 

Cette série, c'est l'extraordinaire En analyse (In Treatment en vo),  créée par HBO en 2009, qu'Orange Série Max a notamment diffusée en France, et qui est inspirée d’une série israélienne très populaire (« Betipul »).

C'est un concept de série que j'ai toujours trouvé tout à fait étonnant et périlleux sur le papier, dès la toute première fois où j'en ai entendu parler. En effet, elle nous propose de rentrer dans le cabinet d'un psychothérapeute, un professionnel  compétent, attentionné et apaisant, mais dont la vie privée est un véritable désastre, pleine de doutes et de colère contenue, consulte à son tour un thérapeute...

Chaque épisode est une séance de psychanalyse, et même si je n'en ai jamais suivi, j'en ai souvent eu l'intention et j'imagine, d'après ce que j'ai pu lire et ici et là, que tout cela est assez criant de vérité médicale et scientifique.  

La série est en effet organisée selon un cycle récurrent représentant les différents rendez-vous de sa semaine, ( 4 dans les deux premières saisons, seulement 3 dans la dernière, un peu tronquée vu le succès déclinant de la série)  le dernier étant sa propre analyse, chez sa thérapeute, une façon d’entrer véritablement dans la tête du psy.

Alors, évidemment, pour ceux qui n'ont jamais entendu parler de cette série, il faut savoir que si vous aimez l'action, les explosions, les meurtres, les musiques tonitruantes, bref cette série n'est pas du tout pour vous.

 Ici, seules importent la finesse de l'écriture, la justesse des  dialogues et l'excellence du  jeu des acteur. Car "En analyse" est un huis clos, qui en général voit seulement deux personnages dialoguer ensemble, et l'exploit de cette série est certainement d'avoir réussi à ce qu'on ne s'ennuie pas une seule seconde en près de 45 épisodes de 26 minutes ( je vous laisse calculer la durée exacte) !!

 Chacun de nous pourrait se retrouver dans ces 12 patients qui peupleront au cours des 3 saisons le cabinet de Paul. Tous ou presque dévoilent des pathologies qui pourraient parfaitement ressembler aux nôtres. Nous ne sommes pas simplement spectateurs de ces consultations, car (et c'est le prodige de cette série), nous sommes également interpellés par le biais de leurs affections  et de leurs névroses éventuelles, qui pourraient tout à fait se greffer aux nôtres.

Toutes les interrogations et les doutes qu'ils se posent à haute voix, toutes les colères et les inquiétudes qui explosent dans ce cabinet, on pourrait parfaitement les ressentir et les exprimer, et ce, même si au départ rien de nous rapproche d'une édudiante en phase terminale de cancer, d'un pilote de ligne qui a des morts sur la conscience, d'une actrice de théatre has been dont la soeur va mourir, bref tous des personnages marquants des 3 saisons que j'ai passées en Analyse. 

En même temps, et c'est cela qui est très fort, à cette dizaine de patients, il ne leur arrive rien de bien exceptionnel  : ils n'ont pas été victimes de pédophilie, de viols en réunions, n'ont pas vu leurs parents assassinés: tout ce qu'ils traversent peut être vécu, ou presque, par le commun des mortels :  des parents divorcés, un déracinement dans un pays qui n'est pas le nôtre ( le magnifique personnage de Sunil dans la saison 3), un proche gravement malade, un couple qui bat de l'aile pour cause de stérilité, bref que des microévevenements et des réactions que l'on pourrait avoir face à eux...

Mais malgré ou grâce à cette approche commune de ces patients, le phénomène s'est produit pour les 3 saisons :  progressivement, je suis devenu  fasciné par leurs cheminement et leurs personnalités, même celles au départ très éloignées des miennes, au fur et à mesure que l'on en apprend  à connaitre les histoires personnelles de chacun d'entre eux.


Mais si la série est à ce point formidable, c'est aussi de par l'effet de  mise en abyme existant à la fin de chaque semaine, puisque  Paul Weston parle à un professionnel  qui l'écoute en supervision : Gina,  un de ses mentors dans les deux premières saisons, puis une autre psychothérapeute, Amy dans la dernière saison. Et ces rencontres, qui permettent de savoir ce que Paul a dans la tête et aussi comment il analyse les entretiens que l'on a vu préalablement avec ses patients, apportent un contrepoids assez parfait et purement jubilatoire aux séances antérieures.

Et il est bien entendu impossible de ne pas parler de cette incroyable série sans dire un mot de la prestation de l'immense Gabriel Byrne, totalement habité par ce rôle de  Paul Weston, à tel point que, lorsque je l'ai vu récemment dans un autre rôle ( Le Temps de l'aventure ou Le capital, deux récents films français), j'ai eu beaucoup de mal à me détacher de ce Paul Weston, j'avais vraiment l'impression que c'était lui qui venait dans ces deux histoires totalement différentes.

Mais outre Byrne, tous les acteurs de cette série sont prodigieux, qu'ils soient de prometteurs talents ( Mia Wasikowska, vue dernièrement dans plein de bons films de Restless à Jane Eyre ou Stocker) ou des acteurs à la gloire passée, comme Debra Winger, l'égérie du cinéma US des années 80.

Bref, voici une série totalement addictive (ce qui est quand même le propre des bonnes séries) et qui réussit à  l'être avec une qualité d'épure rarement vue...personnellement je trouve que cela est 100 fois plus fort que lorsque c'est fait avec quantités d'effets spéciaux et de rebondissements tirés par les cheveux, mais j'imagine que tout le monde ne partage pas mon avis... et vous alors, vous la connaissez cette série, et si oui, vous en pensez quoi?