clint-eastwood-3-1-300x225En plein festival de Lumière, qui bat son plein depuis lundi (promis, je reviens dessus très bientôt),  j'avais envie de faire un petit zoom sur les livres consacrés au cinéma, car j'en reçois pas mal dans ma boite aux lettres, et évidemment, ca me met particulièrement en joie, donc la moindre des choses est quand même de les parcourir avec la plus grande attention, puis d'en restituer un petit quelque chose ensuite.

En voila trois que nous avons pu dévorer dernièrement, mon comparse Michel et bibi. Et ces trois livres ont en commun le fait d'être centrés autour de trois cinéastes étrangers mondialement connus.

La forme diffère totalement d'un ouvrage à l'autre: biographie classique, scénario d'un film qui n'a jamais vu le jour, ou manuel de conseils pour devenir cinéaste, ces ouvrages sont également divergents de par la nature et la valeur même de ces personnalités du 7ème art.

En effet, si deux d'entre eux sont reconnus unanimement comme des très grands metteurs en scène, à l'oeuvre incontestée et incontestable, le troisième de ces cinéastes fait également l'unanimité, mais contre lui...celui d'être le plus mauvais cinéaste du monde!!!

Mais ces trois ouvrages ont un point commun, celui de nous avoir passionné, comme le démontre les brèves critiques ci dessous.

 ed wood1. Comment réussir(ou) presque à Hollywood », Ed Wood

Avant le film de Tim Burton avec Johnny Depp en 1994, Ed Wood était connu des pures cinéphiles pour avoir produit et mis en scène, en 1958,  le plus mauvais film de tous les temps. En gros, au sommet, il y a  « Citizen Kane » et  tout en bas, tout au fond, de l’autre coté il y a  « Plan 9 from outer space ». Une sacré responsabilité qu’Ed Wood endossait avec mépris car, sans se croire génial, il se sentait un bon artisan, scénariste, producteur, réalisateur.

Arrivé sans le sou, à Hollywood, en 1947, Ed Wood a réalisé  5 films, signé  une dizaine de scénarios, écrit des romans de gare et travaillé pour la télévision. Il nous fait part de son expérience et de sa connaissance de la Mecque du cinéma en écrivant « Comment réussir(ou) presque à Hollywood »en 1965, cet essai  ne sera édité, au Etats-Unis, qu’en 1998, grâce au succès du film de Tim Burton.

Le cinéaste s’adresse ici aux apprentis acteurs et cinéastes. Il donne des conseils précis et documentés : dans quelle pension descendre, comment trouver un agent, comment survivre aux désillusions… Tout y passe : les photos promotionnelles, l’attaché de presse…

 Cet ouvrage est  un véritable guide de survie en milieu hostile, les titres des chapitres sont parlant : « comment vivre à Hollywood sans argent »,  « alors on veut devenir une star ? », « Hollywood le sexe et vous »,  « haine »,  « comment faire un film sans argent et le rater ? »etc…..

Qu’un réalisateur aussi mauvais puisse donner des conseils semble surréaliste, mais ce qui frappe dans ce petit livre c’est la bienveillance de l’entreprise, aucun cynisme, aucune ironie, Ed Wood croit au cinéma et c’est avec la foi du charbonnier qu’il  mène  sa vie d’artiste. De manière paternelle, il s’adresse au lecteur fauché, l’accompagne dans toutes se démarches et tente de lui éviter bien des déconvenues.

Très premier degré, ce guide du routard de Los Angeles, avant l’heure, est  le petit bouquin à offrir à votre  neveu qui rêve de danser avec les Stars dans un loft sur l’ile de la tentation,  c’est aussi un témoignage original et un bel instantané de l’Amérique des années  soixante.  

 

Le voyage de G 2. Le Voyage de G Mastorna, Fédérico Felini ( ed Sonatine)

Selon le célèbre mage Turinois Gustavo Rol, ami de l'immense Fédérico Fellini, le tournage du film  « Le voyage de G.Mastorna » aurait  entrainé la mort du cinéaste. Finalement cette prédiction pourrait très bien se trouver dans un film de Fellini tant son œuvre n’est que questionnement sur le sens de la vie et donc sur celui de la mort. Un conflit avec le producteur Dino de Laurentiis et surtout une mystérieuse maladie qui frappa le réalisateur la veille de tournage en Avril 1967 précipitèrent  l’abandon du projet.

Comme tous  les jeunes lycéens italiens Fellini a étudié « la divine comédie », après la palme d’or pour « La dolce vita » et l’oscar du meilleur film étranger pour « Huit et demi » il décide de s’attaquer à ce monument national  qu’est le livre de Dante. Ce sera « le voyage de G.Mastorna » ,une divine comédie, Fellinienne, bien sure, humaniste, moraliste et libre : une divine comédie  où Dieu est absent mais où la question d’un Dieu est omniprésente.

Les géniales Editions Sonatine, véritables mémoires du cinéma, ont eu la bonne idée de publier le scénario du film que Federico Fellini n’a jamais réalisé.

Au fil de ces pages, écrites avec l’aide du romancier Dino Buzzati, les images défilent. Marcello Mastroianni, l’acteur, le double, l’alter ego de Fellini se débat dans un  purgatoire de Cinecitta.Des scènes plus spectaculaires les unes que les autres se succèdent et le lecteur cinéphile se dit que le scénario de ce film ,qui n’a jamais été fait, est devenu la matrice de tous les films suivants de Fellini .Satyricon, Roma, Amarcord, Casanova, Répétition d’orchestre, La cité des femmes ,Et vogue le navire, Ginger et Fred,  toutes ces œuvres sont dans ce texte foisonnant ,dense et riche.

Magie du cinéma et de la littérature, vingt ans après la mort du cinéaste, je viens de lire un film de Fellini ; je viens de voir un livre de Fellini. ( merci Michel pour tes deux belles chroniques!!!)

clint3.  Clint Eastwood, un rebelle américain , Marc Eliot ( ed Balland)

 Si Ed Wood et Fellini n'ont pas (encore?) eu l'honneur d'avoir été célébré lors du Festival Lumière, Clint Eastwood, lui n'est autre que le tout premier prix Lumière, lors de la première édition en 2009, et réalisateurs de plusieurs chefs d'oeuvre ( les miens sont "Mystic River", "Un monde parfait" et "Sur la route de Madison", mais d'aucuns pourraient vous en citer d'autres ). Bref, quoi de plus logique que je je lise donc pendant le Festival la plus récente biographie qui soit parue sur lui (publiée en début 2013?)

Cette biographie, intitulée, Clint Eastwood, un rebelle américain est l'oeuvre d'un américain, Marc Eliot, également  auteur de best-sellers et historien du cinéma (il a notamment écrit des biographies notamment sur Steve Mac Queen et Walt Disney).

Dans ce gros livre de près de 500 pages (il faut dire que l'homme a une vie et une carrière bien remplie), Eliot nous aconte la vie passionnante et le parcours hors du commun de cet acteur réalisateur qui joue un rôle important à Hollywood depuis plus de 50 ans maintenant.

  Clint Eastwood n'a pas voulu participer à l'ouvrage, du coup, cette biographie échappe à l'hagiographie souvent présente dans les bio US, et Marc Eliot nous dit ainsi tout de l'homme, de ses imenses qualités, mais aussi de ses erreurs et de ses défauts.  Décryptant les relations complexes entre la vie personnelle d’Eastwood, ses convictions et son métier, l’auteur retrace l’itinéraire de ce gamin introverti et peu ambitieux, playboy vaguement marginal au début des années 50,  puis ce rebelleaméricain au cours des années 1960-1970 et enfin, rangé au rang de star du panthéon cinématographique aujourd’hui.

Cette biographie est divisée en trois parties : "De vagabond à l’acteur", "D’acteur à auteur" et "De l’auteur aux Oscars", et si la première, qui s'interesse à des films que j'ai peu vus ( beaucoup de western, loin d'être mon genre de prédilection), les deux autres m'ont vraiment passionné.

Il faut dire que le livre n'élude notamment pas l'aspect homme d'affaires d'Eastwood, l'argent nerf de la guerre pour que Clint puisse réaliser les projets qui lui tiennent tant à coeur.

Marc Eliot montre également le  versant politique (républicain  assumé, mais défenseur des modestes gens) et bien entendu, et c'est la grosse partie de l'ouvrage, le réalisateur audacieux et talentueux,  prêt à défendre becs et ongles ses projets auxquels il tient plus que tout.

Si Eliot écorne un peu le mythe, la légende Eastwood, un des plus grands cinéastes américains qui soient, reste totalement intacte à la fin de ces passionnantes pages à conseiller autant aux aficionados qu' à ceux qui le sont moins pour comprendre cette fameuse légende.