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Pour mal de fans de littérature contemporaine étrangère, Ian McEwan est  considéré comme l'un des écrivains anglais les plus doués de sa génération, si ce n'est le plus grand.

Il  faut dire que  l'auteur d'une dizaine de romans parmi lesquels Solaire, "Expiation" , "Sur la plage de Chesil" , L'enfant volé (prix Femina étranger 1993)  nous livre à chaque fois de très grands livres, avec une régularité de métronome,  et un tel sans faute force incontestablement l'admiration de tous les amateurs de grande littérature, à la fois accessible et exigeante.

 Romantisme, contexte  politique et social très développé, étude sur l’art du roman ou de la nouvelle, manipulation, tromperie, justice, équité : Mc Evan a beau aborder des thèmes et des styles différents, il arrive toujours à le faire avec un style immense, et en étant  toujours formidablement humain..

Et ce ne sont pas ses deux derniers romans en date Opération Sweet Tooth, qui vient de sortir en poche chez Folio, et L'intérêt de l'enfant, en grand format chez Gallimard depuis le 1er octobre,  que nous avons eu la chance de lire en cette rentrée qui changera la donne, bien au contraire :

1.L'intérêt de l'enfant : 

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"Un enfant ne devrait pas se laisser mourir au nom d'une religion […] la vie d'Adam est plus précieuse que sa dignité".

 Fiona, magistrate anglaise, réputée infaillible, est soudainement  confrontée à une crise conjugale,  et dans le même temps, elle doit également gérer un problème de transfusion sauguine, dont un jeune garçon atteint de leucémie  et ses parents refusent par principe religieux, la famille étant témoin de Jehovah.

Voilà un court récit, bref et profondement intelligent que nous livre Mc Evan dans sa dernière livraison, un texte d'une puissance rare,  dans lequel problèmes juridiques et moraux s'entremêlent : à 17 ans, a-t'on la liberté de choisir son traitement médical sans subir sous l'influence des parents ? Doit-on  guérir de force un presqu'adulte qui refuse de se faire aidé ?

Dans ce roman concis, d'une retenue  qui n'empeche pas l'émotion et la poésie subvenir, McEwan développe ces thématiques dans toute sa complexité avec une grande délicatesse et une gravité impressionnante et prouve une nouvelle fois sa capacité à varier les styles et les thémes d'un roman à l'autre.

 Avec une histoire qui pourrait sembler personnelle, Mc Evan réussit à à tisser un récit totalement universel qui nous pousse à réfléchir  la conséquence de nos décisions et les certitudes qui peuvent s'ébranler, même à 60 ans.

Avec une élégance et une force incroyable, Mc Evan fait rencontrer la poésie et la justice et deux personnes qui semblaient être à des années lumières l'une de l'autre et dont la rencontre va faire des étincelles, notamment pour le lecteur.

2. Opération Sweet Tooth 

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 «  Je m’appelle Serena Frome (prononcer « Frume », comme dans « plume ») et, il y a plus de quarante ans, on m’a confié une mission pour les services secrets britanniques. Je n’en suis pas sortie indemne. Dix-huit mois plus tard j’étais congédiée, après m’être déshonorée et avoir détruit mon amant, bien qu’il eût certainement contribué à sa propre perte. »

Un roman d’espionnage écrit à la première personne, un livre de souvenirs sec et froid comme peuvent être les confessions d’un agent du MI5. Serena Frome revient des années plus tard sur l’Opération Sweet Tooth. Ce premier travail dont elle est si fière, qui doit lui ouvrir les portes d’une vie adulte prometteuse. Nous sommes dans les années 70 en pleine guerre froide, les espions de sa Majesté doivent traquer les communistes, les mineurs syndicalistes, les militants de l’IRA tout en se surveillants les uns les autres, un sacré boulot.

Roman d’apprentissage d’une jeune fille rangée, Serena va découvrir qu’un traitre c’est toujours un ami, que les histoires d’amour finissent mal en général et qu’il est dangereux de tomber amoureuse d’un écrivain.

La nouvelle dans le roman, le roman dans le roman, une mise en abime orchestrée diaboliquement et magistralement par Ian McEwan. Serena, une belle jeune femme solitaire qui dévore des romans, devient espionne et doit mentir pourrecruter un romancier qui écrit des romans où il est question de solitude et de mensonge, tout cela dans un climat de géopolitique complètement anxiogène. On pourrait être chez Ian Fleming, mais James Bond n’existe pas.

Nous sommes chez les espions ternes et anonymes de John le Carre qui auraient lu « Orgueil et préjugés » et «  Raison et sentiment ». McEwan est le romancier du malaise, du mensonge et de la manipulation, mais un romancier n’est-il pas toujours un peu menteur et manipulateur ? Un roman d’espionnage ? Non, un formidable roman tout simplement.

Michel D