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Tout le monde ou presque est désormais au courant  mais c'est parfois bon de rappeller les évidences: Philippe Jaenada a enchanté la rentrée littéraire en 2015 avec « La petite femelle ». Le romancier, alors peu connu du grand public avant ce coup de maitre est  pourtant depuis de longues années l’auteur d’une série de romans particulièrement  enlevés et enthousiastes. 

Par ailleurs  lors de ses interventions médiatiques, notamment chez Ruquier, où il vient fréquemment défendre ses livres, il nous montre tout  l’humour  et la distance de son personnalité qu’il laissait entrevoir. 

Dans ses livres, il adore se raconter à l’aide de doubles littéraires dans des déambulations sociologiques, philosophiques et très souvent éthyliques, comme la femme et l'ours un des romans qu'on a lu de lui le démontre parfaitement. Mais Jaenada a d'autres cordes à son arc comme les trois ouvrages qu’on a pu récemment lire de lui le démontrent parfaitement. 

1. La femme et l’ours     ( Points)

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      «  J’aurais évidemment pu, depuis dix ans, moins boire, moins fumer, courir le long du canal Saint-Martin et préférer les courgettes à la tartiflette, mais d’une part ce n’est pas mon genre, de l’autre, cela n’aurait fait que retarder un peu l’échéance, de quelques années, la déchéance. (Sans grand avantage : un type de cinquante balais qui s’installe en terrasse au mois de mai, avec son ballon de blanc, et regarde passer les filles en se frottant les mains, ça manque de grâce.) »

Il y a eu l’Ulysse d’Homère, l’Ulysse de Joyce, « La femme et l’ours » pourrait être l’Ulysse de Jaenada. Après une dispute, le romancier estimé mais sans lecteur, Serge Sabaniego, que ses potes pochtrons surnomme Bix, quitte son palais d’Ithaque, un deux pièces près de la place Clichy. Il laisse seuls son épouse et son fils de dix ans, bien décidé à ne pas rentrer de la nuit. Pauvre Bix, de rêve en illusions, de cauchemars, en désillusions, ton voyage à saute-bistros va durer plus longtemps que tu ne le crois.

Tu vas rencontrer quelques Sirènes, quelques Cyclopes, pas mal d’éclopés et même un effroyable monstre à deux têtes. Tu n’es plus très jeune Bix, ne reste pas trop longtemps en rade, Pénélope et Télémaque t’attendent. (Rade = bistro en argot, dépêchez-vous de lire ce jeu de mot, c’est Philippe qui me l’a prêté, il en a besoin pour une prochaine chronique)

Jaenada a enchanté la rentrée littéraire en 2015 avec « La petite femelle ». Le romancier, peu connu du grand public, avant ce coup de maitre est l’auteur d’une série de romans plutôt bien enlevés.  Il se raconte à l’aide de doubles littéraires dans des déambulations sociologiques, philosophiques et très souvent éthyliques. « La femme et l’ours » n’échappe pas à cette règle, de rencontres en rencontres, des hommes et des femmes vont se donner des instants de vie. Jamais cynique ou malveillant, Jaenada porte sur tout ce petit monde un regard tendre et humaniste.

Philippe Jaenada c’est l’ours du titre, sans vouloir le vexer il a plus l’air d’un nounours que d’un grizzly. Ça tombe bien pour ces dames, un nounours c’est beaucoup plus tendre. 

MD

2. La petite femelle

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"Elle n’a jamais baissé la tête, ne s’est jamais tordue les doigts en sanglotant de honte comme doit le faire une femme, elle n’a pas poussé de cris hystériques ni jamais ne les pas suppliés de lui pardonner et cette résistance frontale, cette insolence les a rendu fous. De rage. Ils l’ont vaincue évidemment, ils l’ont détruite."

C’est sous la plume d’un autre roman  Jean-Luc Seigle  avec son roman je vous écris dans le noir récemment récompensé par les lectrices du journal elle,

http://www.baz-art.org/archives/2015/02/09/31419045.html que j’ai fait connaissance avec cette Pauline Dubuisson qui a vraiment connu une destinée incroyable, échappant par deux fois à la peine de mort pour deux chefs d’accusations différentes, à quelques années d’intervalle.

Philippe Jaenada avec son roman la petite femelle qui a comme je vous le disais en préambule fait l’unanimité chez tous les lecteurs et les critiques reprend le même  point de départ du livre  en tenant à partir comme Jean Luc Seigle de ce le portrait sans nuance, accablant de la jeune femme dessiné au moment du fait divers la concernant (le meurtre de son ancien petit ami en 1950).

Sauf que contrairement à Seigle qui imaginait pas mal d’éléments fictionnels autour de cette incroyable destinée, Jaenada ne s’attache qu’à l’authenticité des faits qu’il  reprend un à un, relisant tous les témoignages, tous les rapports, toutes les archives, tous les documents la concernant.

La petite femelle se lit  ainsi comme une formidable  enquête policière  tant  l’auteur réussit avec brio à distille dans son récit un suspense des scènes précédant le meurtre aux derniers moments de la vie de Pauline Dubuisson en passant par le procès, qui m’a tenu en haleine.

Et surtout ce qui le distingue du roman, pourtant excellent de Seigle c’est la capacité de l’auteur à cultive l’art de la digression en commentant entre parenthèses ce qu’il écrit soit pour approfondir un point soit pour faire un lien avec sa vie et nous en raconter un épisode. Rendant la lecture particulièrement jouissive et jubilatoire. Un succès particulièrement mérité.

Chroniqeuse masquée

 3. Spiridon superstar, les premiers Jeux Olympiques,Collection Incipit

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" A l'opposé de la philosphie  qu'on lui prête, Pierre de Coubertin a toujours dit ou écrit que seuls les meilleurs devaient concourir au jeux et que très clairement, la qualité devait l'emporter sur la qualité. Mais nous, non: ce n'est que du sport, , on y va tous, on s'en fout si on perd"

Le dernière parution à ce jour  de notre nounours littéraire préféré est plus modeste et dans sa forme et dans son ambition. En effet, il s'agit d'une commande  de la nouvelle collection Incipit que je vous avais présenté avec le livre de François Bégaudeau sur l’Académie française), 

Incipit,  nouvelle collection  proposée depuis le  23 mars, portée par les Éditions Prisma et Steinkis Groupe voient de grands romanciers français y raconter une première fois, qu’elle soit historique ou universelle, dans des récits mêlant fiction et réalité 

Dans  sa contribution à lui,   Jaenada a eu envie de revenir  sur histoire du premier vainqueur du marathon Spiridon Louis, véritable héros national en Grèce.

Porté par les belles illustrations de Christian de Metter, Jaenada qui livre quantités d’anecdotes croustillantes  et son ton faussement léger et véritablement aérien dont il est coutumier  trousse un récit drôle parfaitement documenté sur l’origine des jeux Olympiques, balance quelques contre vérités notamment sur Pierre de Coubertin et son fameux l'important c'est de participer, et nous amène de jolie facon sur les traces de ce Spiridon Louis que l’histoire a oublié et que Jaenada réhabilite avec panache et tout le talent dont il sait faire preuve..