Envoyee_speciale (1)

 

« Nulle raison, direz-vous, de croiser des éléphants dans la Creuse et sur ce point nous sommes d’accord, nous ne le mentionnons que pour la raison suivante. Selon les travaux du docteur L. Elizabeth L Rasmusse, les femelles de l’Elephas maximus usent comme toute espèce animale d’une certaine combinaison de molécules dès le moment où l’exercice du rut devient envisageable, voire souhaitable.[…]  Nous pensions qu’il n’était pas mauvais que ce phénomène zoologique, trop peu connu à notre avis, soit porté à la connaissance du public. Certes, le public a le droit d’objecter qu’une telle information ne semble être qu’une pure digression, sorte d’amusement didactique permettant d’achever un chapitre en douceur sans aucun lien avec notre récit. A cette réserve, bien entendu recevable, nous répondrons comme tout à l’heure : pour le moment. »

Jean Echenoz fait partie de ces grands auteurs français qui ont fait leurs preuves et qui récoltent  un grand nombre  de lauriers et d’inconditionnels.

La sortie de son dernier roman « Envoyée spéciale », une nouvelle fois encensé par la critique,  étant au programme de la sélection du Prix Relay ( qui a récemment livré son verdict, on revient dessus très prochainement) était donc l'occasion pour moi d'entrer dans cet univers que je n'avais appréhendé qu'une seule fois  avec "Courir " la biographie romancée du coureur tchèque Emil Zátopek, qui ne m'avait pas totalement renversé.

 Sauf qu'avec Cet "envoyée spéciale", on est dans un genre totalement différent puisque Echenoz se livre à une parodie du roman d'espionnage un peu à la manière des films d’ «OSS 117» : un généra à la retraite , ex responsable des opérations spéciales, s’amuse en effet à continuer à monter des coups pour ne pas s’embêter décide d’envoyer une espionne séduire l’un des plus proches conseillers du dictateur nord-coréen Kim Jong-un afin de déstabiliser le régime.

Et pour cela, il conviendra de s’assurer les services de la belle Constance, l’épouse en cours de divorce d’une ex-célébrité du show-biz, qui se voit  soudainement enlevée et passer trois mois avec ses ravisseurs.

Histoire totalement  improbable, personnages complètement barrés et hauts en couleurs: Echenoz prend visiblement un malin plaisir à situer son roman  dans la tradition de l'absurde  et du burlesque personnages de pieds nickelés, des situations ubuesques, des synchronicités qui n'en sont pas vraiment, des digressions

Une intrigue farfelue,  qui tient la route du moins dans sa première partie, assez jubilatoire tant Echenoz  s'amuse avec le lecteur avec des disgressions et des apartés ( voir citation en exergue) offertes  au lecteur,  qui sent ainsi une complicité avec l'auteur toujours agréable 

Bref cette intrigue, entre la parodie de roman d'aventure et pastiche de roman d'espionnage, apparait assez  imaginative et drôle, malheureusement, l'intrigue s'essoufle à mi roman, et l'aspect burlesque et exagéré lasse assez vite et surtout comme souvent dans ce genre de roman, empeche l'empathie. Dénué d'enjeux dramatique et de crédibilité et usant trop la corde du déjanté, Envoyée Spéciale tourne assez vite à vide, malgré tout le style et la plume de l'auteur..

Bref une demi réussite et une impression que les fans de l'auteur ont défendu avec un peu trop d'enthousiasme un livre qui n'en méritait sans doute pas tant.

 

envoyeeaudiolib

Et récemment  on signale aussi la parution due la version Audiolib d'Envoyée spéciale (1 Cd Audio ; 6h39 ; Lu Par l'épatant et talenteux Dominique Pinon) pour bien  avoir la langue si singulière de Monsieur Echenoz à l'oreille, parfaitement retranscrite ici par Pinon qui semble s'amuser autant que l'auteur à  plonger dans les délires de Constance et ses ouailles...