Baz'art  : Des films, des livres...
29 juin 2017

Faux British et vrais fous-rires en ce moment au Théâtre St Georges

Vous avez un petit moral en ce moment ? Besoin d'un bon coup de boost ? Foncez voir Les Faux-British au Théâtre St Georges, une enquête policière hilarante mise en scène par Gwen Aduh et adaptée d'une pièce écrite par trois vrais British, Henry Lewis, Jonathan Sayer et Henry Shields, située quelque part entre le Cluedo et le Dîner de cons. Attention, Mesdames et Messieurs, la pièce dans la pièce va commencer, accrochez-vous, "Les faux British" vont casser la baraque !

                                    affiche FB

 

La couleur est annoncée alors même que la pièce ne commence. Nous prenons place sur nos sièges et, alors que nous sommes plongés dans la lecture du programme, un pan de la cheminée s'effondre sur scène. Ma voisine et moi nous regardons, l'air vaguement inquiet. Et puis, on se dit "c'est peut-être fait exprès" ? Notre doute se dissipe au moment où une jeune femme en treillis (Annie Leberre) déboule, une lampe de poche sur la tête et une perceuse à la main, avec l'air de quelqu'un qui fait ce genre d'interventions dix fois par représentation... C'est parti pour le festival de catastrophes.

La pièce que va nous jouer l'Association des amis du roman noir anglais est une adaptation pour le moins originale d'une oeuvre méconnue de - selon eux - Arthur Conan Doyle : "Meurtre au manoir Haversham". La troupe a décidé de lui rendre hommage en montant  - ou plutôt, en démontant - cette pièce, injustement tombée dans l'oubli. Malgré toute sa bonne volonté, c'est plutôt à un carnage qu'à un hommage que l'on va assister...

                                    Copyright : Fabienne Rappeneau

À défaut d'avoir en main les notes de l'inspecteur Carter (Michel Berthier), nous avons retrouvé celles du Baz'art, que nous pouvons vous retranscrire ci-après.

(Sale) État des lieux : Charles Haversham (Didier Tanguy) vient d'être retrouvé poignardé dans sa chambre, le soir de ses fiançailles avec Ms Colleymore. Seuls présents dans le manoir, les potentiels suspects suivants :

Suspect number 1 : Perkins (Stéphane Leberre) le majordome - ou le "madorjome", comme il dit. Oublie son texte une fois sur deux - consulte ses carottes, judicieusement dissimulées à l'intérieur de sa veste, et lit même à voix haute les didascalies - a du mal à prononcer les mots de plus de deux syllabes sans s'emmêler les pinceaux.

Suspect number 2 : Florence Colleymore (Mathilde Chouin), la fiancée de Charles Haversham. Tragédienne grecque déchue qui se donne des grands airs - fait pour cela des gestes grandiloquents, arpente la scène de gauche à droite avec la grâce d'une gazelle.

Suspect number 3 : Elmer Haversham (Maxime Bourdin), le frère de la victime. Fâcheuse tendance à faire des petits signes à sa femme dans le public - incroyable agilité à rattraper en vol les tableaux qui tombent.

Suspect number 4 : Thomas Colleymore (Jean-Jacques Chovet), le futur beau-frère de la victime. Semble prendre l'expression "prendre la porte" très au sérieux, à chaque fois qu'il l'ouvre, elle lui tombe littéralement dessus - Doué pour les effets dilatoires pompeux (sûrement un truc de famille).

Tous ont en commun les caractéristiques suivantes : une incapacité chronique à improviser lorsque les choses ne tournent pas tout à fait comme prévu, à rebondir en cas de manquement (et il y en a beaucoup !), à agir en toute subtilité et en toute discrétion - même la victime se transforme parfois en souffleur, quand un des acteurs a un trou béant de mémoire ; quant à la régie plateau, elle n'hésite pas à apparaître au beau milieu de la scène pour fixer un portrait, ici ou là -, et à jouer sans provoquer un éboulement.

                                    Copyright : Fabienne Rappeneau

Des bourdes de textes aux couacs en régie, en passant par l'égarement des accessoires et l'effondrement des décors, tous les foirages sur scène sont réunis. Mais reprenons les notes de notre inspecteur-blogueur.

Personne ne semble avoir fait sa mise. Des accessoires manquent à l'appel. De sorte que lorsque l'inspecteur Carter va vers la table pour prendre son calepin, il n'y trouve qu'un vase. Lorsqu'il demande à Perkins son crayon, ce sont des clés que le brave "madorjome" lui ramène. L'inspecteur se verra ensuite obligé de prendre ses notes sur... un vase. Avec... des clés.

On ne fait guère attention aux costumes - pourquoi faire ? Lorsque le jardinier monte sur scène, tenant en laisse un chien invisible (lui aussi, n'était plus tout à fait à la place prévue), on reconnaît le pantalon et les chaussures d'Elmer Haversham : il n'a en effet pas pris la peine de changer de costume, alors qu'il se mettait dans la peau d'un autre personnage...

Le régisseur (Marc Chauvignon) multiplie aussi les coups d'éclat... mais pas au bon moment. Les effets de lumières tombent à l'eau - mention spéciale pour les flashs rouges actionnés aux moments où les personnages se figent, lors de terribles révélations, avant de se mettre à bugguer sévèrement -, les sons se lancent à des moments incongrus, et sont parfois tellement forts qu'ils couvrent les voix des personnages.

Les éléments de décors ne sont pas en reste, non plus. Du portrait de l'ancêtre de Charles Haversham, au lustre victorien en passant par l'horloge, tout y (tré)passe. Ils partent en lambeaux au fur et à mesure, s'écroulent les uns à la suite des autres, comme des dominos.

Primée par le Molière de la Comédie en 2016, cette pièce est, je crois, une des plus drôles que j'ai jamais vues. Les acteurs sont tous aussi drôles les uns que les autres, on sent qu'ils s'amusent autant que nous, en jouant. Pour moi qui fais du théâtre, voir réunis tous les exemples-de-ce-qu'il-ne-faut-surtout-pas-faire est un pur bonheur. Et le must est que, même si rien n'est crédible, nous ne pouvons nous empêcher d'être happé par l'intrigue, de vouloir à tout prix connaître l'identité du coupable. Là aussi, vous n'allez pas en revenir...

Un immense chapeau aux artistes pour ce spectacle complet(ement barré) !

 Les comédiens jouent en alternance, ceux qui sont représentés sur les photos ne sont pas ceux cités dans l'article (mais sont sûrement aussi drôles !).

Jusqu'au 6 janvier 2018, au Théâtre St-Georges51 Rue Saint-Georges, 75009 Paris 

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