La semaine passée, se tenait la cérémonie des Bafta, la soirée de récompenses du cinéma britannique qui a vu le triomphe de  3 Bilboards, Les panneaux de la vengeance avec cinq prix.

Sacré aux Golden Globes (meilleur film dans un drame, meilleur actrice dans un drame, meilleur acteur second rôle et meilleur scénario) et probablement aussi aux Oscars qui auront lieu dans moins d'une semaine.

Et  si cette moisson de récompenses en tous genres était tout bonnement largement mérité pour ce film rattrapé avec un peu de retard en salles ?

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On va attendre quelques autres films avant de se prononcer mais on pourrait penser que le cinéaste Martin McDonagh ne tourne qu'un film tous les 5 ans et décide d'alterner un très bon avec un moins bon.

En effet, il a déboulé en plein été 2008 Bons Baisers de Bruges,  un film britannique  dont on attend absolument rien et qui bouleverse tout sur son passage.

Ce film m'avait en effet totalement emballé à sa sortie par son mélange de polar noir et d' humour décapant pas loin de Tarantino, truffé d'un scénario plein de trouvailles et de rebondissements, des acteurs  à leur aise, mené par un épatant avec Colin Farell,  sans oublier un hommage à une ville, Bruges, personnage muet et magnifique de cette excellente comédie dramatique.

 Cinq ans après ce coup de canon, Martin McDonagh était attendu au tournant et c'est peu de dire que on ces 7 psychopathes  sorti donc en 2013, n 'a pas connu même succès que la première oeuvre du cinéaste.

Alors même que les ingrédients du premier étaient quasiment identiques, la mayonnaise ne prenait  plus du tout.  Il y avait toujours des tunnels de dialogues verbeux un peu philosophiques  et un peu décalés directement influencés par le cinéma de Tarantino, des personnages un peu bigger than life entre désanchentement et violence radicale, mais rien de ne décollait  jamais vraiment à cause d'un coté "je m'en foutisme" qui enlevait toute intensité dramatique.

En allant dans d'autres rives, celui du  drame psychologique et de la peinture du midwest américain, Mc Donagh retrouve dans cet incroyable 3 Bilboards la grâce en reprenant quelques éléments de son premier long métrage.

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Certes, bien plus que dans ses deux premiers films, les  rapprochements de ce film  avec l’univers des Coen sont évidents  : un même mélange de tragique et de comédie noire, de personnages névrosés et losers dans une Amérique profonde; avec en plus une comédienne fétiche des Coen au casting.

Mais  force est de reconnaitre que 3 bilboards prouve que Mc Donagh possède un univers bien à lui, qui, avouons le, m'a encore plus emballé que les habituelles productions des frangins Coen tant le film est mieux dosé notamment dans sa partie tragique, le coté humour noir et absurde étant le plus souvent prégnant chez les deux frères.

Le  scénario est écrit avec une réelle intelligence, surtout dans le basculement des personnages  du camp du bien à celui du mal. L’humour y côtoie le drame et le manichéisme, poison insidieux qui, trop souvent, pollue les films américains  y est absent d'un bout à l'autre.

Le récit, subtilement amené nous montre à quel point la violence  et les  injustices  inhérentes peut entraîner certains individus à devenir eux-mêmes brutaux et immoraux, et peut aussi faire prendre conscience à ceux qui en abuse trop et éventuellement les faire infléchir en bien.

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Ainsi, tous les dilemmes et toutes les batailles psychologiques extérieures et intérieures livrées par les personnages nous montre qu'il n'y a rien de de tel qu'une réaction extrême ou illégale pour exorciser ses dilemnes et autres  démons intérieurs .

Pas de manichéisme dans ce que nous montre Mc Donagh mais juste des réactions humaines, trop humaines, illustrées par une violence latente cachant des traumatismes et entraînant encore plus de violence dans un spirale difficlement contrôlable.

"3 Bilboards" , sorte de tragédie antique à ciel ouvert,  dit énormément sur  l'acceptation du deuil et la culpabilité, avec des personnages  très bien écrits  et un scénario qui s'éloigne de ce qu'on pourrait prédire avec quelques  rebondissements en cascades,et changements de cap et de ton  assez casse gueule mais toujours maitrisés et follement vertigineux .

Comme d'habitude, l'immense talent de dialoguiste de McDonagh est particulièrement en vue avec un grand nombre de  répliques drôles et bien senties qui s'inscrivent  hors du champ du politiquement correct, entre fureur, insulte, humour et rudesse.

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Mais des répliques cinglantes qui n'entachent pas pour autant la partition dramatique du film, tant le film trouve un équilibre  assez génial entre densité dramatique des situations et burlesques de certaines séquences

 Le casting est évidemment formidable notamment Frances McDormand dont la tristesse se dissimule  derrière un bagout au vitriol. ou  Woody Harrelson, inspecteur plus, complexe, qu'il en a l'air  sachant aussi manier l’humour noir à l’occasion.

 La société dépeinte par Martin McDonagh dégage une humanité aussi bourrue qu'émouvante; humanité qu'on sent née aux forceps et meurtrie par de multiples souffrances prenant leurs sources aussi bien dans des racines culturelles qu'historiques.

Bref, si comme on le pense , 3 Bilboards remporte les statuettes suprême le 4 mars prochain, il y aura fort à parier que comme l'an passé avec Moonlight le meilleur film américain de l'année truste aussi nos tops de fin d'année civile....