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 " Un grognement lui  rappela qu'il n'était pas  le seul à  décider. Il passa doucement sa main entre les oreilles de l'animal pour le flatter. A cette heure, il pouvait le sortir autour de chez lui sans trop de risques. Il trainerait dans les rues désertes en le promenant pour se donner du courage. Et profiterait de la nuit pour trouver la force de l'abandonner."

Faut il être un grand professionnel de la police pour savoir écrire un beau roman sur les moeurs de la police judiciaire?

J'aurais à tendance à répondre que ce n'est pas forcément lié et que pas mal d'ex ( ou toujours en activité) policiers émerites ont laissé peu d'empreinte dans le monde de la littérature policière.

Toutefois, il est certain qu'être  chef actuel de la BRI de Paris, brigade spécialisée contre le grand-banditisme et le terrorisme aide quand même à trousser un récit un tant soit peu authentique et crédible.

"Une succession de petits incidents rythmait désormais sa vie.Accidents de la circulation, disputes familiales, tapages  nocturnes. Cette accumulation de troubles mineurs, de râles presque inaudibles qu'il ignorait auparavant avait pris un nouveau sens. A sans cesse s'attarder sur le pire, il avait longtemps, comme beaucoup de flics, fini par se laisser convaincre que le mal se cachait partout, imperceptible, niché dans les douleurs chroniques qui s'engouffraient dans tous les cœurs. Il s'était laissé envahir par ce tropisme sans lutter, sans même s'autoriser à poser les yeux sur le monde qui l'entourait. Il lui avait fallu tant endurer pour le comprendre."

Ce statut  c'est celui de  Christophe Molmy,  patron de l'anti-gang, qui a mené l'assaut contre l'Hypercacher de la Porte de Vincennes.

Molmy ,quelques années après avoir écrit un  premier  roman policier très remarqué et auréolé de plusieurs prix littéraires « Les loups blessés », récidive avec un nouveau polar paru en début d'année 2018  "Quelque part entre le bien et le mal"

Un polar qui mélange  deux enquêtes. différentes en un seul élan. et dans lequel on retrouve deux personnages des " loups blessés", le commissaire  Philippe Lelouedec du 36, quai des Orfèvres et Renan, qui travaille désormais au commissariat de Villejuif, en banlieue.

On sent, tout au long de son récit , que celui ci est  fortement inspiré par ce que vit  Molmy dans son quotidien de commissaire, soit qu'il a vécu directement soit qu'il a entendu dans des confidences de collègues.

Comme pour " les loups blessés",  la grande qualité de ce  deuxième roman ancré dans le réel, et cette authenticité  irrigue aussi bien les dialogues ( pas mal d'argot utilisées par les policiers en action)  ou les détails des diffèrentes séquences d'investigation.et des procédures expliquées. L’auteur n’hésite pas à employer les termes spécifiques du milieu de la police, il y a d’ailleurs toujours un renvoi qui explique de quoi il s’agit .

Les chapitres courts alternent les points de vue des flics, des truands et du tueur en série, dont nous suivons ses pulsions meutrières, le fameux chien noir de la citation qu'il crève de ne pas sortir et faire exploser!

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Nous allons suivre deux enquêtes en parallèle, sans lien apparamment apparent entre elles.qui vont finir par converger :

D’un côté, des braquages et des petits malfrats bien organisés qui préparent un gros coup.  Les flics enquêtent, les traquent et espèrent un flag.

De l’autre, des suicides de jeunes filles.  Une toute jeune enquêtrice relève des similitudes et des liens entre les différentes scènes de suicide.  Elle pense avoir découvert un tueur en série et alerte sa hiérarchie.

 "Un matin, debout face au miroir de la salle de bains, ce qu'on lui avait répété et répété était subitement devenu une évidence ; il avait lâché prise. Lentement, il avait recommencé à prendre soin de lui. Ses fonctions, les relations publiques qu'elles lui imposaient, l'obligèrent à faire un effort pour habiller sa silhouette dégingandée. avec l'âge, il portait des lunettes qui, tout compte fait, ajoutaient à son charme. Il allait plus régulièrement chez le coiffeur pour entretenir la coupe qu'une relookeuse lui avait conseillée. Sa transformation n'avait pas été fulgurante, mais il allait mieux. La routine du commissariat avait fini de refermer ses plaies. Ce quotidien si prévisible, qu'il avait tant redouté au début de sa carrière, s'était révélé une catharsis."

Molmy  happe  le lecteur dès la première page avec une scène de braquage d’un réalisme à couper le souffle, un souffle qu'on aura du mal à reprendre tout du long de cette histoire aussi haletante que crédible et dans laquelle, fait rare pour être souligné les personnages de femmes flic ont souvent le beau rôle. 

On y découvre et apprend une foultitude d'informations plus passionnantes les unes que les autres,Les personnages sont fouillés, sensibles attachants, d’une grande finesse psychologique.

Le suspense soumet nos nerfs à rude épreuve, la construction est parfaitement maîtrisée et nous tient en haleine jusqu’au final saisissant.

 

Auteur : Christophe Molmy
Nombre de pages : 352
Edition : La Martinière 
Collection : FICTION
Date de parution : 18 janvier 2018
Prix : 19€ (Broché) - 13.99€ (epub, mobi)
ISBN : 978-2732479248

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Christophe Molmy

À propos

Christophe Molmy est chef de la BRI de Paris (Brigade de recherche et d’intervention, dite aussi Brigade antigang), service spécialisé dans la lutte contre le grand banditisme. Quelque part entre le bien et le mal (éditions de La Martinière) est son deuxième roman.

Autobiographie de Quais du Polar

Circulaire de recherches n°45/2018. Mode opératoire : L’auteur s’inspire de faits réels ou d’enquêtes judiciaires afin d’écrire des fictions réalistes qui mettent en avant le travail des policiers. Il est actuellement en fuite.

Polars fétiches

livre : Je tire ma révérence de René Girier

film : Le cercle rouge de Jean Paul Melville

auteur : Boris Vian