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Elle l'avait annoncé dans les interviews donnés dans la presse locale avant ces Nuits de Fourvière 2018 ("Je peux me lever de mon piano et avoir un rapport plus physique. Ce disque, je veux le vivre jusqu’au bout, je veux l’essorer "!), et on peut dire qu'elle a tenu ses promesses, et pas qu'à moitié.

En effet, Juliette Armanet, pourtant grande prétresse de la chanson mélancolique et du piano voix (une formule qu'on adore sur Baz'art) a réussi à enflammer mercredi soir dernier, costume gris à pailette sur le dos ,un site antique plein à ras bord ( encore bien plus de monde que pour Etienne Daho la semaine d'avant) avec un côté "fièvre du samedi soir "assez étonnant et parfaitement approprié au lieu.

Elle était bien sûr accompagnée de son fidèle piano, derrière lequel elle nous a offert ses splendides écrins Carte Postale, L'indien,  L’Amour en solitaire, Alexandre, Sous La Pluie, L’Accident, bref l'intégralité de son premier album Petite amie, mais contrairement à d'autres artistes qu'on ne citera pas par charité chrétienne, Juliette ne se cache pas derrière son impressionnant instrument.

On voit que dès les premiers morceaux, avec l'incontournable Manque d’Amour en ouverture, Juliette cherche- et réussit pleinement- à rompre la distance qu'il pourrait y avoir entre une audience aussi nombreuse et une artiste au piano.

Elle réussit ainsi à ôter toute solennité mal placée, et y parvient d'autant plus qu'elle ose pas de danse chaloupés et orchestrations très swings, qui font parfois penser aux meilleurs moments du disco sur plusieurs de ses titres, bien plus dansants que sur son disque.

Celle qui affirme volontiers se sentir "héritière de la (bonne) variété des années 70 et 80"  montre qu'elle est aussi très contemporaine et complètement en phase avec un public de l'amphithéâtre de Fourvière, qu'on a rarement vu autant intégénérationnel que mercredi soir .

 

JULIETTE ARMANET_001 copie-1@Loll_Willems

Plus que jamais, miss Armanet prouve qu'elle a su redonner ses lettres de noblesses à ce genre musical souvent galvaudé qu'est  la variété et qu'elle n'a pas son pareil pour meler la poésie des mots aux éclats d'une mélodie pop scintillante  et pétillante ( on pense à la singulière et audacieuse reprise du morceau "I Feel It Coming" de The Weekend, aussi osée que sensuelle).

Portée par des textes sublimes et des ambiances musicales riches et diverses, tous les morceaux qu'elle a joué, mercredi soir, accompagnée   par quatre musiciens particulièrement talentueux mettent en avant une partition qui s'avère tour à tour fiévreuse, enjouée  mélancolique et mélodieuse qui lui ressemble en tous points.

On sent à quel point chaque phrase qu'elle prononce n'est pas laissée au hasard, que chaque mot est senti au profond de son être et  ses mains caressent le piano avec grâce et facilité .

Evidemment l'ombre des références que tous les observateurs citent pour parler de l'artiste (Véronique Sanson, Michel Berger, William Sheller, Christine and the queens, Christophe) passent plus ou moins rapidement et sérieusement dans notre esprit, mais Juliette Armanet impose très vite son univers bien à elle, cette  chanson française distinguée et classieuse, à laquelle elle insuffle un bien belle élégance, un nouveau souffle, et surtout, en firmament de la soirée,  cette voix d'une pureté vraiment admirable. 

JULIETTE ARMANET_003 copie

@Loll_Willems

Avec le public, une proximité heureuse se créée très rapidement, dont le point d'orgue est certainement ce moment où elle fait venir parmi le public un "Alexandre" béni des dieux, et ravi d'être présent pour chanter en coeur la chanson éponyme avec une artiste qui va le couvrir de bisous..

Bref, son sublime concert à Lyon-  pour une première venue à Fourvière-  fut une réussite incontestable du début à la fin, ponctuée en rappel par une version bis d"’A la folie" en piano voix.

Ce concert, dont la douce simplicité dégage tout du long une émotion intense, nous confirme ainsi, pour ceux qui en doutaient encore,  que  Juliette Armanet est à coup sûr la plus douée de toutes les nombreuses incarnations de la «relève» de la chanson française.

Juliette Armanet & Alexandre. la Cigale 11.10.2017 "Alexandre"