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"Kasabian parlait avec autorité. Le marché de l’art local avait peu de secrets pour lui. Aucun objet de grande valeur ne pouvait être en circulation sans qu’il en ait eu vent. Makana avait mené sa petite enquête avant de venir, d’où il ressortait que non seulement Kasabian était respecté mais qu’il était un client avisé et rusé. Sous des dehors lisses et décontractés se cachaient un homme d’affaires impitoyable et un redoutable négociateur. Il avait aussi des protections politiques, des amis haut placés – tels que Qasim, à n’en pas douter. Il suffisait de jeter un coup d’œil sur la liste des invités pour s’en rendre compte."

Quatrième polar, de Parker Bilal, écrivain anglo-soudanais dont le vrai nom est Jamal Mahjoub – Le Caire, toile de fond  est aussi le quatrième volet du détective privé Makana, ex-flic soudanais intègre devenu exilé politique au Caire.

Makana, est appelé par un riche marchand d’art, Kasabian qui lui demande de  retrouver la trace d’un colonel irakien, Al Samari, réputé pour avoir été un vrai tortionnaire, détenteur supposé d’un tableau expressionniste allemand, à la valeur exorbitante. Le privé va dès lors rencontrer, tout au long de son enquête, des personnages assez rocambolesques qui l'aideront à percer le mystère de ce colonel irakien.

"Le but est d'effacer la culture d'un peuple. Si tu enlèves à une nation sa littérature et son histoire, qu'est-ce qu'il lui reste? Rien. Un peuple que tu peux contrôler. En l'espace d'une génération, la mémoire est perdue."
Le contexte politique singulier- on est ici à l'approche de la première guerre du Golfe, consécutive à l’invasion du Koweït par les troupes de Saddam Hussein- accentue l'atmosphère oppressante et plante parfaitement le décor de scènes d'un réalisme et étonnant avec une plongée dans le Caire qui fait parfois penser à l'excellent Le Caire Condentiel sorti l'an dernier.
Ce portrait sans fard de la société égyptienne  n'empeche pas l'auteur de soigner aussi bien l’action que le rythme de son roman,  avec une intrigue haletante, menée tambour battant et avec un dénouement au double twist particulièrement étonnant..
Un excellent polar dépaysant et très réussi !!
Parution aux éditions: Seuil – Pages : 416  le 8 février 2018