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  « Il faut créer en se laissant porter de façon un peu naïve, sans trop se poser de questions d’adulte."

Michel Legrand, le compositeur aux 160 musiques de films se livre, dans une autobiographie aussi dense qu'attendue parue très récemment chez Fayard. 

Les mémoires de Michel Legrand, coécrits avec  le spécialiste Sté­phane Lerouge, proposent  un récit riche et foisonnant avec plein d'anecdotes souvent passionnantes qui éclairent la création de l'oeuvre de cet immense compositeur.

"Depuis mon enfance, mon ambition est de vivre complètement dans la musique. Mon rêve est que rien ne m’échappe. C’est la raison pour laquelle je ne me suis jamais arrêté à une seule discipline musicale. J’aime jouer, diriger, chanter, écrire, et ce dans tous les styles. Cette diversité me préserve de l’uniformité.» 

On en apprend longuement évidemment sur ses premiers pas aux Etats-Unis. sur les deux chef d’œuvres réalisés véritablement à quatre mains avec son complice et maitre Jacques Demy (les Parapluies de Cherbourg et les Demoiselles de Rochefort) et on peut voir à quel point le jazz aura toujours été au cœur des créations,durant  près de sept décennies de carrière  .

 

 Après neuf ans d'études au Conservatoire de Paris, sous la férule de Nadia Boulanger, Henri Challan ou Noël Gallon, Legrand se fait  happer par la chanson : il devient l’accompagnateur de Jacqueline François, Henri Salvador, Catherine Sauvage, Maurice Chevalier puis épousera le monde du jazz dans sa pluralité, en  se frottant à des figures clés comme Miles Davis, Bill Evans, Stan Getz, Sarah Vaughan ou Ella Fitzgerald.

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On aime beaucoup  la préface du cinéaste Damien Chazelle qui reconnait que "La La Land"  n'aurait pas vu le jour sans son amour pour le compositeur, ou encore certaines anecdotes aussi incroyables que racontées avec gourmandise par Legrand ( comment Michael Jakcson s'est faufilé soi disant discrètement dans le théâtre qui passait  la comédie musicale "Le Passe-muraille" d'après Marcel Aymé, joué en 1997 à Paris au Théâtre des Bouffes du Nord.

Cependant , "J’ai le regret de vous dire oui"  montre étonamment une autre facette de  Michel Legrand un peu médisante  :  Montand et ses réflexions étranges sur l'inceste, Pierre Boulez dénigré dans un chapitre entier,  Nougaro, qui passe pour un vrai soulard, Jean Pierre Melville, Francis Huster ( bon là en même temps, difficile de lui donner tort) et même Michel Drucker en prennent  plus ou moins pour leur grade,  mais heureusement, il reste le plus souvent bienveillant pour la plupart des artistes qu'il a rencontré.

Une mine d'or pour mieux connaitre cet artiste génial et prothéiforme.

 

 


Michel Legrand, Sté­phane Lerouge, J’ai le regret de vous dire oui, Fayard, sep­tembre 2018, 366 p. – 24,50 €.