fureurs

« Bien longtemps avant que nous ne sachions qu’il était le père de deux enfants de deux femmes différentes, l’une à Drimoleague et l’autre à Clonakilty, le père James Monroe, devant l’autel de l’église Notre-Dame de l’étoile de la mer, dans la paroisse de Goleen, à l’ouest de Cork, accusa ma mère d’être une putain. »

 

Impossible de ne pas vous faire partager l’incipit le plus enthousiasmant de la rentrée littéraire. En une phrase nous sommes embarqués dans un roman épique, une saga intimiste et monumentale à la fois qui raconte l’histoire de l’Irlande de  1945 à 2015. Un petit pays catholique très conservateur qui produit une société, hypocrite, intolérante, sexiste et homophobe.

 C’est Cyril Avery qui va nous raconter sa vie, de sa naissance jusqu’à son crépuscule. Soixante-dix  années bien remplies. Né d’une fille-mère âgée  d’à peine seize ans, situation impossible dans ce pays dans l’immédiat après-guerre, il est adopté par un couple à la parentalité vraiment particulière que je vous laisse découvrir.

Les rapports que Cyril Avery entretient avec ses parents adoptifs devenant une sorte de running gag aussi désopilant que terrifiant.

Se découvrant gay, il partira tout de même à la recherche du bonheur avec la foi du charbonnier, ce qui n’est pas gagner dans un pays où l’homosexualité peut vous emmener en prison.

De rencontres en rencontres, balloté par ses choix et ses renoncements, Il tombera amoureux de Julian son ami d’enfance avant d’épouser Alice la sœur de ce dernier.

À Amsterdam, en couple avec Bastiaan il rencontrera Ignac et avec lui la joie d’être père. Il observera avec horreur la progression du VIH dans l’East Village de Manhattan avant de rentrer à Dublin où toutes les graines de son existence se retrouveront pour germer et peut-être donner un sens à sa vie.

John Boyne dédie son livre à John Irving et l’on comprend vite pourquoi, « Les fureurs invisibles du cœur » a la flamboyance et la démesure du grand écrivain américain.

Six cents pages que l’on ne voit pas passer, un ascenseur émotionnel qui nous fait passer du rire aux larmes en une phrase. Des coups de théâtre, de la tendresse, de la violence, de la mélancolie, des coïncidences improbables mais bougrement romanesques, de l’amour, de l’amitié,

John Boyne écrit drôle et sentimental mais jamais  ne perd le fil de son récit afin de nous raconter, en filigrane, l’Histoire sociale et politique de son pays L’Irlande.