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C'est peu de dire que le cinéaste italien Sergio Leone a réinventé le cinéma. J'ai pu m'en rendre compte la semaine dernière lors d'une courte virée sur Paris, car j'ai (enfin) eu la possibilité d'aller découvrir cette exposition intitulée  Il était une fois Sergio Leone  proposée par la Cinémathèque  et c'est peu de dire que je n'ai pas été déçu.

Cette  exposition Sergio Leone,  qui se termine le 4 février prochain ( elle vient d'être prolongée d'une semaine),  propose un ortrait plus que complet de celui qui malgré une reconnaissance tardive aura a marqué à jamais l’histoire du 7 art.  Au milieu des années 1960, alors que le western se meurt, un jeune Italien, venu tenter le destin à Hollywood, va revivifier le genre, en misant sur un quasi-inconnu, Clint Eastwood, dont il étoffe la mince silhouette d'un poncho. Sorti en 1964, Pour une poignée de dollars agace fortement la critique ( ah, la critique!) mais remporte un immense succès grâce au bouche-à-oreille. La carrière de Sergio Leone est lancée.

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.Cette exposition est un formidable   hommage à l’un des cinéastes les plus aimés par le public d'hier et d'aujourd'hui, vénéré par les réalisateurs contemporains, de Martin Scorsese à Steven Spielberg, de Francis Ford Coppola à Quentin Tarantino, de John Woo à Clint Eastwood.

On y voit à quel point  la vie entière de Leone est liée au septième art, lui qui a toujours affirmé être "né dans le cinéma ». Fils de l’actrice Bice Baleran et du cinéaste Vicenzo Leone (dit Roberto Roberti),  pionnier talentueux du cinéma italien particulièrement actif entre 1910 et 1920, comme nous le montre la première salle de l'exposition.

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Du Bon, la Brute et le Truand à  Il était une fois en Amérique, l'exposition propose un très beau voyage immersif dans l'univers de ce narrateur formidable, révélant les secrets de fabrication de ses films cultes, ses inspirations, mais aussi des aspects plus méconnus de sa personnalité et de sa formation.

On  y voit à quel point Léone aura contribué à révolutionner totalement le mythe de l'Ouest, avec une révolution autant narrative que sonore ou visuelle: pour la première fois  dans l'histoire du cinéma, ll'Ouest américain apparait comme étant multi ethnique, violente et lyrique.

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La particularité du cinéma de Léone c'est sans doute sa propension à parvenir à une véritable dilatation temporelle, en explorant les limites du cadrage et du montage, et en réduisant le texte au minimum, ce qui n'empecha pas paradoxalement de rendre certains dialogues particulièrement mythiques.

Cette dilatation du temps, marque de fabrique du cinéma de Léone,   crée  ainsi un rapport tout à fait particulier , accentué par l'anti vérité totale du décor que recherchait toujours le cinéaste italo-américain.

Un parcours instructif et ludique pour combler ceux qui découvriront Sergio Leone et surprendre ceux qui pensaient déjà le connaître.

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XVMc25f281c-e69b-11e8-b6bc-5fc3f30fd0e4-300x200Sergio Leone sur le tournage d' Il était une fois la révolution (1971). -

 Crédits photo : Fondazione cineteca di Bologna/Fondo Angelo Novi

En prolongation de cette formidable exposition,  les éditions La Table Ronde ont sorti  un magnifique ouvrage présenté par Frédéric Bonnaud que j'ai eu l'occasion de dévorer dans la foulée de la visite de l'exposition.

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L'exposition à la cinémathèque ainsi que la Révolution Sergio Leone nous offre un panorama complet et particulièrement pertinent  de l’onde de choc provoquée par le cinéma de Leone , et le livre notamment est une vraie mine d’informations et d'anecdotes particulièrement croustillantes, offrant un portrait  exhaustif  et particulièrement riche du cinéaste

"Longtemps sous estimé par la critique, enfermé dans l'image du cinéaste à succès donc sans profondeur, Léone représente un cas presque unique d'experimentateur capable de renouveler le cinéma à partir des éléments les plus disparates de la culture du 20è siècle."

On voit à quel point Sergio Léone est un cinéaste auquel le public non cinéphile associe d'instinct les caractéristiques du cinéma moderne: Léone est le chapitre fondateur d'un cinéma transnational, globalisé, enraciné dans la tradition italienne et pas seulement cinématographique.

 

leone_18_article-1Sur le tournage d'Il était une fois en Amérique avec Jennifer Conelly

L'exposition de la Cinémathèque aborde également sur une pièce à part l'apport d'Ennio Morricone, dans le cinéma d'un Sergio Léone qui était très conscient que ses films devaient en grande partie leur succès à la musique d'Ennio Morricone.

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«Je peux dire que si j'ai créé un nouveau type de western, en imaginant des personnages picaresques dans des situations épiques, c'est la musique d'Ennio Morricone qui les a fait parler.»

On y apprend que Léone 9782840497578et Morriconne étaient dans la même école, puis se sont perdus de vues avant de voir leur chemin se rapprocherpour former ce qui est sans doute la collaboration la plus fructueuse de l'histoire du cinéma : la musique de Morricone parvenait à enrichir les films de Léone d'une couche narrative supplémentaire , chaque personnage possédant ou presque son propre thème

Dans le cinéma de Leone, la musique vient compléter la caractérisation du personnage, allant jusqu'à commenter le comportement de celui ci.

La musique de Morricone ne fait qu'exalter le côté méditerrannéen du cinéma de Léone, avec l'irruption d'instruments comme la trompette ou la guimbarde.

A partir du film " et quelques dollars de plus, la musique de Morricone sera même écrite avant le tournage, afin de donner le tempo aux mouvements de la caméra et au jeu des acteurs: c'est la musique qui impulse le film et non pas le contraire comme dans la très grande majorité des films.

Et c'est également l'occasion de présenter l'excellent ouvrage intitulé  Ennio Morricone , Ma Musique Ma vie  publié par les éditions Seguier dans le cadre de cet hommage à la cinémathèque. Une passionnante biographie qu' Ennio Morricone a considéré lui même comme  le" meilleur livre qui (le) concerne, le plus authentique, le plus détaillé et le plus soigné".

Un livre qui prend la forme d'une très longue conversation entre Morricone et le spécialiste du cinéma italien et également musicien Alessandro De Rosa pour une belle  plongée dans son œuvre et dans sa vie qui permettra assurément de connaître un peu mieux l’homme qui se cache  derrière cette carrière monumentale lui, qui  outre sa collaboration avec Leone,  aura  notamment travaillé avec  des immenses non du cinéma mondial, Bernardo Bertolucci (1900),Terrence Malick (Les Moissons du ciel), Quentin Tarantino (Les Huit Salopards), ou encore Giuseppe Tornatore (Cinema Paradiso).

 

 

 Il était une fois Sergio Leone, une exposition de la Cinémathèque française (XIIe). Jusqu'au 27 janv. 2019.  Tout le programme sur www.cinematheque.fr

«La Révolution Sergio Leone», coédition Les Éditions de la Table Ronde/La Cinémathèque française.

Ma musique, ma vie, D'Ennio Morricone, Entretiens avec Alessandro De Rosa, Traduit de l'italien par F. Rigollet, Séguier, 622 p., 24 €.

Par ailleurs, pour les cinéphiles   lyonnais  sachez que du mercredi 30 janvier au samedi 2 février, l'Institut Lumière organise un Festival Sergio Leone, quatre jours consacrés à l'un des plus grands réalisateurs du XXe siècle