Depuis la semaine dernière sur Lyon au Théâtre des Célestins, un spectacle exceptionnel est proposé avec énormément de grands talents qui se rencontrent  :  l'écriture poétique de Fabrice Melquiot, la mise en scène d'Arnaud Meunier et  deux grosses têtes d'affiche Rachida Brakni et Philippe Torreton en tête.

S'inspirant des Énéides, le prolifique Fabrice Melquiot, pour cette oeuvre de commande de la Comédie de Saint-Etienne dirigée par Arnaud Meunier, réussit son pari ) 100% !!

 Interprétation magistrate de la troupe, texte ciselé, scénographie étonnante,  "J ai pris mon père sur mes épaules "est une pièce forte, parfois drôle et bouleversante que notre chroniqueuse Virginie/Choco nous raconte dans les détails :

 

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Quand la lumière apparaît sur la scène du théâtre des Célestins, c'est un grand mur gris en béton que l'on voit en premier. Ce mur c'est celui d'un immeuble qui tourne sur lui même au fil de la pièce (scénographie de Nicolas Marie), invitant le spectateur dans des intérieurs d'un hlm. 
Et puis arrive sur scène Anissa (formidablement interprétée par Rachida Brakni) qui nous conte son histoire, son enfance (son père a eu trois filles et il en est mort), ses amours pour un père et son fils, sa vie dans cette cité stéphanoise. 
"J'aime deux hommes
j'en aime deux 
Personne ne le sait
Je me les joue en 
cinémascope
Avec les moyens du bord
La scène représente
mes amours
Je vous préviens c'est 
compliqué "

 

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ll ne m'a pas fallu plus de 5 minutes pour me plonger dans ces foyers où l'on n'a pas grand chose ou peut être au contraire l'essentiel : des liens forts, une entraide face à une précarité et une paupérisation de la société.

A peine le décor planté, un tremblement de terre secoue l'existence déjà fissurée de ses 8 habitants mais le misérabilisme n'est pas au rendez-vous. Rock (joué de manière incroyablement puissante par Philippe Torreton) a un cancer des os, peu à peu sa condition physique se détériore mais il reste acteur de ses choix jusqu'au bout et debout malgré tout.
J'ai pris mon père sur mes épaules nous offre une galerie de portraits saisissants par leur humanité : Enée le fils (joué par Maurin Ollès et qui est bouleversant) qui va tout faire pour offrir une belle fin à son père; Gringe, le meilleur ami de Rock (Vincent Garanger terriblement touchant); Bakou (Frédérico Semedo qui n'en fait jamais trop dans son rôle de pote de banlieue ); Mourad (Rhiad Ghami qui joue tout en justesse l'ami d'enfance qui ne veut plus être musulman car assimilé aux djihadistes); Céleste (Bénédicte Mbemba, jeune femme à la fois vacillante et lumineuse ).

 

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Si l'interprétation est unanimement magistrale, le texte de Fabrice Melquiot l'est  tout autant : précis, sans cliché, il mêle sans fausses notes lyrisme et verlan, drôlerie et émotion.
Il est porté par la mise en scène d'Arnaud Meunier qui sait captiver le spectateur et dans mon cas en tous cas, le remuer profondément.
Je ne pensais pas qu'on pouvait pleurer au théâtre mais ces destins qui choisissent de danser plutôt que de s'apitoyer sur leur sort m'ont séduit et totalement ému par leur solidarité, par leur rage, par leur amour . 

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J'ai pris mon père sur mes épaules parle de la France d'aujourd'hui, celle de la tuerie du Bataclan mais en nous questionnant sur ce qui a du sens face à la mort, son écho est intemporel et unique...

Allez au Théâtre des Célestins jusquà samedi soir ( s'il reste des places)  pour vous en convaincre... 

J’ai pris mon père sur mes épaules – Du 13 au 23 mars au théâtre des Célestins

 

A noter que le texte de Fabrique Melquiot est paru aux éditions L'arche  pour retrouver la très belle langue moderne et vive du dramaturge stéphanois, actuellement directeur d'un théatre à Geneve, Am Stram Gram.