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"Quelle tristesse la vieillesse songea t- il en s'essuyant sans oser examiner ses excréments, contrairement aux recommandations du médecin. Il se sentait trahi par son propre corps, soumis à de petites humiliations, par exemple récupérer les selles pour en envoyer des échantillons à la clinique dans une éprouvette, examiner 5 minutes tous les matins le présage caché dans le caca dont il observait la couleur, la texture, l'odeur."

 Victor Del Arbol,  une des grandes plumes de la littérature mondiale reconnues depuis longtemps,  auteur notamment "LA TRISTESSE DU SAMOURAI ( critique ici même) "  et la Maison du Chagrin sans oublier le dernier en date "La veille de presque tout "( voir critique)  est l'un des très grands auteurs de romans noirs encore vivants , et même auteurs de romans tout court, tant ses romans, d'une ambition et d'une classe folle, dépassent largement le simple cadre du roman de genre ( une étiquette que Del Arbol n'aime pas beaucoup d'après ses interviews.

Les romans de Del Arbol, comme leurs titres d'ailleurs l'invitent fortement,  distillent en effet une charge poétique  indéniable qui ne laisseront pas insensibles les chanceux qui oseront s'y aventurer.

C'est évidemment le cas pour son dernier roman en date,  "Par delà la pluie", sorti en France en tout début d'année, dans la fidèle collection noire d'Actes Sud, la bien nommée Actes Noir.

Une fois de plus, Del Arbol s'engage sur un genre a prioriement bien ciblé, ici le  road movie,   mais pour en faire quelque chose particulièrement ambitieux et à la construction très aboutie.

Une intrigue dans laquelle il sera  notamment question de tenter de refermer les blessures traumatisantes de l’enfance, et de personnages complexes, généralement marqués par la vie mais qui tentent une hypothétique résilience.  Une intrigue dont la maitrise d'ensemble laisse béat d'admiration.

Dense et bouleversant, "Par-delà la pluie" brasse une multitude de thématiques. comme la valeur de la mémoire, le déterminisme social, les relations père-fils,  la dépendance liée à l'âge, la liberté individuelle, la transmission d'une génération à une autre,  la culpabilité face à l’histoire et plus particulièrement comme souvent chez l'auteur les stigmates de  la guerre d’Espagne.

La  souffrance intérieure qui anime les deux protagonistes principaux, Helena et Miguel, emporte avec elle toute la charge émotionnelle de ce formidable roman polyphonique  qui possède irrémédiablement une  grande  résonance poétique témoignant d'une plume hors du commun..

Víctor del Árbol / Par-delà la pluie (Por encima de la lluvia, 2017), Actes Sud/Actes noirs (2019), traduit de l’espagnol par Claude Bleton.