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 Lors du dernier festival Quais du polar,  j'ai eu la chance de participer  à un petit-déjeuner, en comité très  restreint, en présence de la romancière Sandrine Collette. 

Une rencontre qui avait lieu au Mama Shelter, un grand établissement hôtelier lyonnais ( il y en a aussi à Paris et dans d'autres grandes villes françaises) pendant plus d'une heure et on aurait voulu qu'il ne s'arrête jamais.

  Ce moment  particulièrement  privilégié aura  été  l’occasion d’explorer  avec elle toutes les nuances de son écriture et d’appréhender, à ses côtés, les racines de ses romans noirs.

Pour ceux qui l'ignorent encore,  Sandrine Collette est l’auteure de sept romans parus chez Denoël  puis pour six d'entre eux au Livre de poche.

 Dans Animal,  son tout dernier roman  paru, qu'elle a présenté lors de ce petit déjeuner, notre maitresse du roman noir français s’interroge sur notre part animale et retrouve son instinct de chasseur.

Un roman dans la lignée des autres dans lequel Sandrine Collette réussit avec sa maitrise habituelle  à  nous faire rentrer dans la tête de personnages taiseux, en réussissant à faire parler des individus pourtant tellement plus à leur aise avec le mutisme et le silence.

 Ce conte terrifiant qui rassemble les thématiques habituelles de l'auteur et qui insiste notamment  sur l'inhumanité des hommes réussit aussi à atteindre le meilleur des livres de nature writing américains, de David Vann à Ron Rash , en montrant  bien à quel point la nature est implacable. 

 

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Exception faite de son beau roman  "Les Larmes noires sur la terre"   qu'elle a écrit il y a deux ans, et qui nous invitait  dans un récit angoissant en quasi huis-clos dans la Casse, un refuge pour déshérités, la seule de ses oeuvres qui s'apparenterait le plus à un thriller urbain ( un genre qu'elle ne voit se voit pas écrire comme elle me l'a dit lorsque je lui ai posé la question), tous les romans de Sandrine Collette font de la nature un personnage à part entière. 

  Partant d'un sujet un peu tabou (celui de la chasse à l'ours dans un safari rassemblant plusieurs chasseurs de gros gibier) en ces temps où l'on ne s'est jamais autant occupé du bien être des animaux, "Animal "ne cherche pas à polémiquer et à valoriser les  chasseurs d'ours, bien au contraire, même s'il ne s'agit pas non plus de tirer à boulets rouges sur ces gens aux pratiques à priori  très  peu respectables (on pense forcément à ces gens qui postent des photos d'eux en arborant une photo d'eux avec une tête d'animal en guise de trophée). 

 Ce qui intéresse vraiment  l'auteure, comme le titre de son roman l'indique, c'est  de comprendre "comment, pendant ces moments de chasse à l'ours ; les humains peuvent ressentir quelque chose d'un instinct de prédateur,  ces moments de pure sauvagerie, dans ces  parties où ils font partie prenante de la nature, douée d’un flair affûté, bref où ils ont en eux  quelque chose de profondément animal."

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"Animal" permet surtout de ressasser des  thèmes chers à l'auteur : "les liens familiaux, la capacité de résilience de tout un chacun et notre capacité de survie face à des événéments qui nous échappent"

" De loin, l'ours ressemble à une statue contemplant la vallée. Assis comme le serait un chien, les pattes avant sagement rassemblées l'une contre l'autre, il ne bouge pas. Il sent bien, sous son arrière train, une pierre lui piquer la peau, mais il a tellement l'habitude. Sur cette péninsule de plus de 250 volcans, la roche endurcit même les doigts des oiseaux." in Animal/ mars 2019

Le décor du roman se passe en plein milieu des  volcans du Kamtchatka,  au sein d' une nature hostile où vit un ours pour 25 habitants ( selon les chiffres de l'auteur elle même), ces endroit de grands espaces qui fascinent une Sandrine Collette qui avoue pourtant ne jamais voyager par peur de l'avion et se documenter exclusivement par internet.

 La volonté de Sandrine, dans ce roman comme les autres, c'est de "prendre des gens " comme vous et moi" , des gens lambda, ordinaires, surtout  pas des surhommes ni des héros infaillibles, et de les mettre dans des situations exceptionnelles où le destin bascule  à jamais". 

"C'est parce mes récits et mes personnages  sont ancrés dans une réalité intime et non pas sociale ou politique, comme chez d'autres auteurs comme Caryl Férey,  que  je ne considère cela comme pas trop grave si je ne vais pas sur place pour m'imprégner du pays où se situe mes intrigues, j'essaie  évidemment de ne pas trop raconter n'importe quoi car je sais que les lecteurs me le laisseront pas passer, mais pour autant le plus important pour moi se situe dans la justesse des interactions entre les gens"  .

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De formation universitaire, Sandrine Collette dit  en avoir conservé un goût pour l'épure et la sobriété et supprime immédiatement, en lien régulier avec son édtrice Caroline chez Denoël, "tout gras, dès que ses écrits auraient tendance à  "virer à l'emphase, ou pire, au fleur bleue, ma grande crainte", même si elle reconnait que depuis deux trois romans, elle essaie de ne pas virer complètement au pessimisme et au nihilisme à la fin de ses livres. 

Ne désirant jamais se lancer dans une saga avec des personnages réccurents, afin de  ne pas donner l'impression de se répéter et de rester dans le confort, Sandrine Collette adore changer de personnages et d'histoire d'un roman à l'autre. N'ayant pas une grande culture de littérature policière, Sandrine Collette dit plus dévorer de la littérature traditionnelle ou alors des auteurs qui sont entre les deux, comme récent le dernier roman de Franck Bouysse , "Né d'aucune femme" qui l'a énormément plu.

Quant à son prochain roman, qui paraitra normalement l'an prochain ( pour quais du polar 2020, un rendez vous qu'elle tient à honorer tous les ans, car elle aime particulièrement le lien qu'elle tisse avec les autres auteurs et avec un public de connaisseurs et adorable), elle ne veut évidemment pas trop nous en dire, mais elle a déjà bien avancé dessus, vu que l'éditrice doit lire la première version d'ici  quelques mois..

Et rassurez vous pour les fans de cette romancière (aussi adorable dans la vie qu'elle est machiavélique dans ses romans), cela devrait être encore bien sombre et bien  gratter sous le vernis de la nature humaine!!

 

Les secrets d’écriture de Sandrine Collette

ANIMAL de Sandrine Collette / Denoël.

NB : Quais du Polar est depuis cinq ans maintenant l’un des temps forts du PRIX SNCF DU POLAR. Dans le cadre de cette 15ème édition du festival, SNCF propose un programme pluridisciplinaire : rencontres, animations musicales et cinématographiques avec les auteurs en compétition pour le prix et les Lauréats des éditions précédentes .