A quelques jours de la fin du festival de Cannes, on ne peut que se réjouir du fait que "Douleur et Gloire”, de Pedro Almodóvar reste le film préféré de la presse internationale, et ce, tous pays confondus.

Notre Pedro préféré en tête des prétendants à la Palme d’or.? On ose y croire de peur d'être  une nouvelle fois déçu donc on attendra samedi soir avant de hurler de joie pour son film le plus réussi sans doute depuis ses  chef d'oeuvre  « Parle avec elle ». ou " Tout sur ma mère.. ici ,c'est plutôt tout sur Pedro, et c'est moins flamboyant certes, mais tout aussi émouvant. 

Ce qui est sûr, c'est qu'avec cette autofiction plus ou moins déguisée, Pédro rend son hommage personnel et ambitieux au 8 ½ de Fellini,  ( les spectateurs attentifs auront d'ailleurs forcément décelé une affiche du film au détour d'une scène,)

Avec ce film somme qui éloigne le baroque de ses débuts, Pedro Almodovar a élaboré une oeuvre à la fois sobre et apaisée, mais  également d'une densité romanesque aboutie, d'une beauté visuelle à couper le souffle dont chaque plan ou presque  semble singer une toile de maitre. 

douleur

"Douleur et gloire est-il un film sur ma vie ? Oui et non absolument" écrit Almodovar dans la  bande annonce de son film et cela sera au spectateur, en tout cas celui qui connait un peu sa filmographie et son implication dans une Movida débridée, de démeler le vrai du faux entre Pedro et son alter égo Salvador, cinéaste déprimé, souffrant du dos et de migraines, et visiblement en panne de désir et d'inspiration.

La souffrance qu’elle soit physique, liée à la création ou à la difficulté des relations humaines , est sondée avec une justesse et une douceur qu'on imaginait pas forcément chez Almodovar, ainsi qu'avec un humour tout sauf cruel, réellement salvateur.

Penélope Cruz dans Douleur et gloire de Pedro Almodovar


Alors que la dernière collaboration du cinéaste avec Antonio Banderas, La Piel que habito,  avait donné une oeuvre aussi échevelée que bigger than life, ici ,Pedro Almodovar filme  ses retrouvailles  avec une sobriété  et une retenue dans la stylisation qui n'empeche pas l' inventivité de chaque plan, sans jamais donner l'impression de se répéter.

Un Antonio Banderas  qu'on retrouve ici au sommet de son art,( il a été victime d'un accident cardiaque il y a deux ans, conférant une intériorité lui permettant de jouer son role), tant il semble ici impressionnant de justesse, dans un rôle où il ne cherche jamais à singer Almodovar tout en restant très proche physiquement du cinéaste espagnol.

Douleur et gloire enchaine  avec une grande maestria les allers retours entre présent et passé, avec une reconstitution de l'Espagne rurale  des années 1960 d'une grande beauté, en s'appuyant sur un montage syncopé tout en fluidité et en maestria.

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La partition d' Alberto Iglesias, compositeur attitré du réalisateur,  alimente la puissance lyrique du film, agrémentant une  diversité d’orchestrations  et de tonalités a proprement parler admirable.

Bref, après deux trois films un peu mineurs ( surtout une comédie aérienne qu'on préfère oublier), le cinéaste ibère confirme bien sa stature qui en fait incontestablement l'un des maîtres du cinèma actuel .

Si visiblement, le cru cannois 2019 est assez exceptionnel et que de grandes oeuvres peuvent déjà prétendre au trophée ultime, ce Douleur et Gloire a toutes ses chances pour faire remporter ce prix tant convoité à un cinéaste qui le mérite depuis tant...