Chers nostalgiques de la série documentaire culte Strip-Tease, sachez qu'un Collectif (Le Collectif La Capsule) a eu la bonne idée de faire une création inspirée de 4 épisodes de l'émission franco-belge (Une bite n'a pas d'oeil, Ça baigne, Tout salaire mérite travail et Né cassé). En ce moment au Théâtre de BellevilleStrip-Tease 419  (419 correspond au numéro de cette nouvelle émission - car oui, Strip-Tease, ce ne fut pas moins de 418 émissions diffusées entre 1985 et 2012, quelques 800 épisodes, et autant de plongées dans la vie de gens mise à nu le temps d'un format court de 55 minutes). Avec Paul Lourdeaux à la mise en scène - qui avait déjà proposé une première version de Strip-Tease 419 pour le Festival Mises en Capsule en 2017 -, le ton, l'implication des quatre comédiens (mention spéciale pour Chirinne Boussaha), l'illusion d'être en plein visionnage d'un épisode de la série est totale.

belleville

 

Le personnage incarnant le réalisateur de l'émission (Quentin Kelberine) est assis sur un banc, sur scène, lisant son journal sans trop d'égard pour les spectacteurs qui s'installent au compte-gouttes dans la salle. Un jeune homme, Jean (Paul Meynieux), fait irruption sur le plateau, affublé d'un polo Fly Emirates et d'un gilet orange, s'empare d'une pelle et commence son ouvrage - à savoir, ramasser du gravas. Il est suivi de près par ce qui nous apparaît tout de suite être une boule d'énergie en jogging, de nervosité, d'électricité et de tension, une allumette prête à prendre feu à la moindre étincelle, et à exploser peu de temps après : c'est Sarah, une jeune fille (Chirinne Boussaha) qui, elle aussi, pour ne pas avoir à travailler elle aussi, va se chercher une occupation. Elle va rapidement la trouver, interpellant des passants imaginaires dans le public, leur demandant s'ils ont un moment pour discuter avec elle et son ami Jean, puis les insultant, voyant qu'ils la snobent. C'est Bruno (Thomas Larbey), leur tuteur, qui va mettre le feu aux poudres, reprochant à Sarah ses absences répétées, son manque d'investissement. On comprend alors que ces deux jeunes gens sont en foyer, qu'ils sont censés travailler pour les aider à s'insérer, à se faire un peu d'argent. 

Le réalisateur, pendant ce temps, assiste à la scène, semble ne pas en perdre une miette, enregistrant mentalement chacune de leur parole, chacun de leur geste. Car ces jeunes lui inspirent une idée, un sujet. Il en est sûr : ce sont eux, les prochains personnages de son émission.

Strip tease 419 (c) DR (4)

Les scènes sont ponctuées de tableaux figés pendant lesquelles le réalisateur commente depuis la salle, aux côtés des spectacteurs, ce qui est en train de se dérouler. Nous réalisons alors que nous n'assistons pas seulement à un spectacle, mais à un tournage : celui de l'épisode 419. Au fur et à mesure, le réalisateur nous dévoile sa démarche, nous parle des dillemmes auxquels il a dû faire face pendant le tournage, le fait qu'il se sentait pris en étau entre la volonté de satisfaire une production qui en voulait toujours plus, et celle de respecter l'intégrité de ses personnages. 

J'étais curieuse de découvrir ce qu'une émission aussi culte pouvait donner sur scène et je n'ai pas été déçue. J'ai retrouvé l'essentiel des ingrédients qui rendaient cette émission si unique : cette sensation d'immersion totale dans l'intimité des gens, ce ton caractéristique, cette voix off, cette absence de jugement que nous offrait aussi la caméra de Strip-Tease. Le format court de la pièce respectant le temps d'un épisode, a, lui aussi, renforcé cette illusion. J'ai vécu ce spectacle comme une expérience à laquelle je prenais part, exactement comme lorsque je visionnais un épisode de Strip-Tease. J'étais toute entière plongée dans un quotidien très éloigné du mien, au plus proche de gens qui avaient une histoire qui valait la peine d'être filmée.

Mis à part une fin qui m'a laissée un peu sur ma faim, le pari de créer un nouveau Strip-Tease a été, pour moi, relevé haut la main. 

Strip-Tease 419 jusqu'au 30 septembre, le lundi, mardi et mercredi à 21h15, le dimanche à 17h30