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À l’occasion de la sortie en France du sublime "Le Traitre", qui était en compétition à Cannes (quel dommage que le film n'ait rien reçu en palmarès, tant il nous a ébloui, on reviendra dessus prochainement), le cinéaste italien Marco Bellocchio a donné,  hier à la Comédie Odéon ,une longue Master class  à laquelle on a eu la chance d'assister .

Marco BELLOCCHIO  a ainsi dialogué pendant une heure avec l'impeccable Didier Allouch  sur son parcours, sur sa manière de concevoir le cinéma, sur le concept de cinéma engagé, sur la place de l’histoire dans ses films, avec de nombreuses références à ses films les plus marquants, notamment dans le terrifiant et poignant "Vincere" en 2009 ou l'extraordinaire Buongiorno, notte  réalisé en 2003. 

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Au cours d'un  passionnant échange,  au cours duquel le cinéaste de 80 ans est paru particulièrement en verve, tous les grands films du maestro ont été abordés, jamais se départir de son humilité légendaire , de son tout premier  Les Poings dans les poches (1965), en passant par Le Saut dans le vide (1980) ou Le Diable au corps (1986), adaptation sulfureuse  de Radiguet qui avait bien scandalisé à l'époque pour une scène de sexe non simulée .

 Car tout au long de cette oeuvre  subversive et engagée,  qui a pu soulèver tour à tour enthousiasme et  quelques controverses,  se dégage ce que Thierry Frémeaux, qui a lancé les hostilités, a appelé " a body a work" à savoir une cohérence totale qui relie un film à un autre.

Certes,  ces derniers films, notamment "Vincere" sur  les années d'accession au pouvoir de Mussolini ou Buongiorno, notte  qui parle de l'enlèvement d'Aldo Mauro par les brigades rouges,  sans oublier Le Traitre qui relate l'histoire de Tommaso Buscetta, premier grand repenti de la mafia, ont tendance à plus aborder l'histoire souvent délicate de l'Italie que ses premiers films, qui étaient d'ordre plus intimes et autobiographiques. 

Mais Bellochio a une constante :  cette volonté, toujours ancrée en lui, de sonder avant tout la sphère familiale et à troquer l'intime et la psyché,  même chez les gens qui ont marqué -en bien ou en mal- l'histoire .

Si Marco a semblé s'amuser de la remarque de Didier Allouch sur le fait qu'il peut être considéré comme  un cinéma féministe ( "ma, c'est bien la première fois qu'on me sort cela et il aura fallu attendre  80 ans"), il reconnait que certains de ses films notamment le très beau "Fais de beaux rêves"  montre parfaitement combien la  figure de la mère peut être omniprésente  dans son cinéma. 

Celui qui se définit comme un "révolutionnaire modéré" a également confié, lors de cette master class, être farouchement  contre la violence, mais en opposition aussi avec ce qu'il appelle "l'autorité des pères", cette obéissance presque innée à une autorité patriarcale, expliquant cette insoumission naturelle par le fait d'avoir très peu connu son père .

Un de ses partis pris, lorsqu'il tourne un film, c'est d'éviter le réalisme souvent pesant,  et d'enrober d' un peu de mystère ses oeuvres, notamment les faits historiques.

Il affirme n'être surtout pas un historien et revendique son besoin de faire appel à son imagination et sa créativité, et surtout tenter de sortir le plus possible des sentiers battus .  

On comprend dès lors à ses propos pourquoi et comment toute l'oeuvre de Bellochio  cherche en fait l'équilibre entre le poids terrible de l'histoire et l'élan poétique du cinéma..

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Bellochio a profité de  cette occasion  pour revenir sur toute son immense filmographie et sur ce film  Le Traître,  qui lui a permis de se confronter à la Mafia, plus précisément à Tommaso Buscetta, un repenti de Costra nostra.

  Dans le traitre "Les membres de Cosa Nostra ne sont pas filmés sous un jour romantique ni réaliste . Je sentais qu'il fallait éviter les conventions du genre et insister sur le coté Commedia dell'arte" du proces.

 Le film regorge de scènes magistrales comme celle du verdict du maxi-procès de Palerme que le réalisateur a réussi à reconstituer exactement à l'endroit où il a été réalisé.

 

5- LE TRAITRE

Interrogé  par ailleurs sur l'émergence d'un Luca Marinelli qui joue dans Martin Eden de Pietro Marcello sorti hier en salles , Bellochio a  évoqué avec gourmandise  l’arrivée de cette nouvelle génération d’acteurs en Italie qui donne pas mal d'espoir en l'avenir,  contrairement à la situation politique mondiale, qu'il juge particulièrement désespérante.

Devant son enthousiasme et son regard qui semble toujours acéré, on n'a qu'une envie: que Marco reprenne au plus vite sa caméra et nous donne des nouvelles de son Italie, même la plus désperante, le plus rapidement possible! 

 

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 #MASTERCLASS ou plutôt selon la préférence de Thierry fremaux "conversations autour du cinéma " du grand réalisateur italien #marcobellochio animé par @CanalDidier @ComedieOdeon @FestLumiere pic.twitter.com/huSruQfsqZ