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 Essentiellement connu pour ses photographies autour des événements de Mai 68 (on en avait parlé à l'occasion du cinquantenaire de l'événement) , Gilles Caron est, aujourd'hui encore, "le" photographe de 1968, aussi bien aux yeux de la profession que du grand public., pas uniquement  pour ses prodigieux clichés des événements de mai 68, mais surtout pour sa profonde compréhension de cet évenement et de  la jeunesse. de l'époque lui qui n'avait alors que 28 ans..

Mais bien au delà de cet événement, aussi mythique soit il,  Gilles Caron aura laissé en à peine quatre ans une oeuvre extraordinairement riche et variée.

Mobilisé comme parachutiste lors de la guerre d’Algérie, témoin des brutalités infligées aux civils, il a cherché, en se lançant dans le photojournalisme, sans passer  par une formation préalable à  franchir l’autre côté de la barrière pour faire comprendre la situation de populations prises dans l’engrenage de la guerre

Mémoire visuelle d’une époque, Gilles Caron  a relaté par l’image la chronique des grands conflits contemporains (guerre des Six Jours, du Viêtnam, au Biafra et en Irlande du Nord, Mai 68, répression du Printemps de Prague…). Il finira par payer cet engagement de sa vie, lors d’un reportage au Cambodge.

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Lorsque la réalisatrice Mariana Otero découvre, grâce au scénariste de fiction Jérome Tonerre ( qui a notamment travaillé avec Patrice Leconte et Claude Sautet)  le travail de Gilles Caron, une photographie attire son attention qui fait écho avec sa propre histoire, la disparition d’un être cher qui ne laisse derrière lui que des images à déchiffrer. 

En effet, on en a parlé plusieurs fois sur baz'art :  Mariana Otero qu'on a eu la chance de rencontrer longuement sur Lyon en début de semaine,  est une documentariste française dont le travail est particulièrement reconnu.

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Elle a notamment réalisé deux films qui ont connu un beau succès d'estime, "Histoire d'un secret", en 2009,  belle enquête sur un secret de famille qui révèle un tabou politique et social et primé dans de nombreux festivals internationaux, et surtout  "Entre nos mains", qui raconte comment des salariées découvrent une nouvelle liberté en essayant de transformer leur entreprise en coopérative ( un documentaire justement nominé aux César du meilleur Documentaire en 2011).

Déchiffrer des images pour révéler au travers d’elles la présence de celui ou de celle qui les avait faites, était une démarche  déjà explorée dans son  film sur sa mère Histoire d’un secret (2003). Ce nouveau film Histoire d’un regard - dont le titre fait écho- est né de ce même désir : faire revivre un artiste à partir des images qu’il laisse et exclusivement à partir d’elles.

 la matière essentielle du film résidait dans le corpus des photos de Gilles Caron. La cinéaste a pris  le pari de restituer sa présence, non pas à travers un banal biopic mais dans le contenu, le hors champ et les interstices de ses prises de vues.

HISTOIRE_DUN_REGARD_Photo_1©Jérôme_Prébois-Archipel_33

 Elle se  lance  donc dans un travail assez titanesque, et plonge dans les 100 000 clichés du photoreporter pour lui redonner une présence et raconter l’histoire de son regard si singulier

Le film parvient très joliment à montrer  le regard d un photographe aux prises avec son siècle et l histoire d'un homme, dont l'itinéraire et le parcours en subiront les bouleversements incessants.

Quelques belles séquences en off laissent place à la voix de Gilles Caron, notamment au travers d'une lettre  à sa mère écrite de la guerre d'Algérie , une voix dont la portée politique et humaniste résonnera longtemps.

HISTOIRE_DUN_REGARD_Photo_3©Jérôme_Prébois-Archipel_33

Mariana Otero souhaitait à ce que la façon de rencontrer  le photographe et ses photos varie selon les reportages et les émotions qu’ils suscitaient en elle, alternant ainsi  les dispositifs  narratifs et visuels au cours du film.

Pari plus que réussi à la vision de ce documentaire aussi passionnant que respectueux d'un photographe au talent assez exceptionnel,  disparu ( comme le veut l'adage, mais pour le coup, bien à propos)  bien trop tôt.  

 

En salles le 29 janvier 2020- Distribué par Diaphana