Peut-être que tout vient à point à qui sait attendre, mais à qui s’impatiente il faudra ajouter un peu de cruauté.

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Macbeth c’est l’histoire d’un poison bien humain déjà plusieurs fois millénaire et qui semble voué à durer : la soif de pouvoir. A peine promu pour ses exploits de guerre par le Roi Duncan, Macbeth se voit déjà calife à la place du calife. Ou plutôt c’est sa femme qui l’y voit, et par le même coup se voit, elle, en première dame… « derrière chaque grand homme, etc… ». Les oracles ont parlé (les sondages, dirait-on aujourd’hui ?): Macbeth finira roi.

Il suffirait donc d’attendre patiemment qu’il gravisse les échelons à la faveur de la reconnaissance de Duncan. Mais à monde impitoyable, stratégie impitoyable. Craignant la faible constitution de son époux, Lady Macbeth prend l’affaire en main et tâche leurs doigts d’un sang indélébile.

C’était sans compter qu’un meurtre peut en cacher un autre, et qu’une fois éliminé le premier concurrent, ce sont dix qui apparaissent ; leur nombre ne fait qu’augmenter et l’hécatombe est infinie… La folie paranoïaque fait le reste, les Macbeth deviennent les bouchers de l’Ecosse.

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Dans la mise en scène d’Aurélie Derbier, le sang est d’or, qu’il jaillisse en lambeaux des marionnettes inanimées ou qu’il recouvre les bras coupables. Il souligne ainsi la vanité du meurtre pour le pouvoir, l’argent, la gloire… que l’on retrouve dans le ridicule de la couronne royale pourtant si convoitée.

Les fantômes, eux, sont au contraire pleins d’une consistance bien encombrante pour qui reçoit leur visite. Ces pantins de mousse et de tissu incarnent tour à tour les voix minuscules du peuple, les morts qui reviennent et les vivants qui s’en vont, répondant ainsi malicieusement au défi shakespearien : mettre une quarantaine de personnages en scène ! 

Cette esthétique marionnétique se retrouve jusque dans les corps des comédiens, certains athlétiques, d’autres gymnastiques, ou acrobatiques. Il fallait bien cela pour gravir les marches d’un trône aux allures de chaise électrique : un échafaudage omniprésent, métallique, anguleux et froid, à l’image de la place à son sommet.

 Lady Macbeth le confesse : « tout est gâché quand on obtient sans joie ce que l’on veut ».

Il faut un temps pour entrer dans l’univers noir, rouge et métal de cette proposition qui donne à la scène des allures d’opéra rock des années 80 (vous vous souvenez de « Starmania » ?...), teinté d’un sombre baroque par le jeu des masques à l’italienne. Mais il apparait très vite que guitare électrique et synthé (joués en live sur scène) ne seront pas de trop pour traduire le tournant « hard » de la situation en jeu, et que le seul le cuir lamé pouvait habiller le masochisme de ces bêtes humaines.  

Enfin, nul n’était besoin des citations médiatico-politiques actuelles ou du clin d’œil technologique glissés entre deux scènes pour rendre contemporaine cette fable intemporelle. Au-delà du caractère indémodable de la pièce, la mise en scène (à la fois poétique et terrible) des exactions civiles ne rappellent que trop celles de notre temps et fait raisonner une vision peu optimiste d’un monde ou le mal doit seconder l’ambition et où le bien n’est que « folie dangereuse ».

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Texte: d'après William Shakespeare / Adaptation et mise en scène: Aurélie Derbier / Avec: Fernand Catry, Simon Jouannot, Margaux Lavis, Clotilde Sandri / Musique live: Jean-Baptiste Sintes / Création et régie lumière: Karim Houari /  Marionnettes: Cléo Combe / Costumes: Nathalie Gueugue / Scénographie: Alain Bellin et Alain Duchasténier - Les Compagnons de la Scène 

Vu au Théâtre Prémol (38100 Grenoble) le 26 janvier 2020

A venir : à l’Espace Culturel Navarre (38560 Champ-sur-Drac) Vendredi 6 et Samedi 7 mars à 20h30 et à suivre sur : 

Macbeth 2020

" Le pire des maux est que le pouvoir soit occupé par ceux qui l'ont voulu " . (Platon) Tout juste victorieux d'une grande bataille, Macbeth rencontre sur la route du retour, trois sorcières qui lui prédisent un destin de roi. La tragédie vient de naître.

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