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Vaurien  devait sortir en salles ce mercredi 13 janvier 2021. Croisons les doigts pour qu'à la réouverture des salles, il ne soit pas sacrifié au vu des embouteillages à venir  tant ce premier long métrage de Peter Dourountzis, découvert en compétition aux  Arcs Film Festival, mérite vraiment le coup d'oeil.

La force de Vaurien réside en premier lieu par la volonté de son cinéaste, qui a travaillé pendant  plus de 15 ans au SAMU social de mettre en avant un pan de la société, qu'on voit habituellement peu au cinéma.

Une France des déclassés, des squats, des troquets unpeu minables, où la violence- sexuelle  mais aussi verbale et phsyique  à chaque coin de rue. Peter Dourountzis a d'ailleurs l'intelligence de ne pas situer géographiquement de l'Est ( on a l'impression qu'on est dans une grande ville de l'Est de France comme Reims ou Nancy mais ce n'est jamais clairement affirmé).

Le choix est judicieux puisque le film montre une réalité urbaine des marginaux  que l'on peut retrouver dans toutes les grandes villes hexagonales et qui touche par sa justesse, du sans aucun doute au background professionnel du réalisateur .

Son premier film, qui oscille avec un grand brio entre polar et chronique sociale, Peter Dourountzis l’a  dans l'esprit depuis de très nombreuses années, puisque le  personnage principal  de son film, Djé était déjà celui d’un de ses courts-métrages, Errance, sorti en 2014. 

Dans Errance, on suivait déjà Djé, joué à l'époque par Paul Hamy,  au moment où il arrivait en ville- ville qui pour le coup semblait être Paris- et se mettre à harceler des films plus ou moins de facon tendancieuse, exactement comme le fait Djé dans Vaurien.

Entre le court et le long,  Peter Dourountzis, qui a continué à poursuivre son expérience au SAMU social  a pu élargir le spectre social de son film et montrer plus  longuement  Djé dans son quotidien  et ses galeres pour survivre en dehors de ses phases de prédation. 

On sent que le cinéaste maîtrise parfaitement son sujet. et la façon de le traiter avec une mise en scène caméra à l'épaule d'une grande fluidité et sa grande intelligence à laisser hors champs- on n'est pas dans la provocation un peu gratuite à la Golden Glove ces séquences de violence qu'on imagine fulugrantes et malaisantes.

Hors scènes de crimes, le film, qui capte avec style des bribes de vie et de dialogues riches de vivacité à la manière d'un Kechiche-  la présence de la solaire Ophélie Bau n'y est pas pour rien dans cette filiation- porte en lui une énergie et une  fiévre vraiment intéressante.

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Mine de rien, au détour d'une phrase ou d'un plan, le film dit beaucoup de choses de la misogynie ordinaire et des injustices sociales de notre monde d'aujourd'hui.

Evidemment, le personnage de Djé, attirant et inquiétant à la fois ( le metteur en scène s'est inspiré de certains tueurs  aussi charismatiques que dangereux comme Guy Georges qui sévaissaient dans les années 90) est suffissamment complexe pour interpeller

Assurément, Pierre Deladonchamps , décidemment formidable dans des rôles troubles ( on se souvient de sa prestation dans les chatouilles) apporte énormément de charme et d'ambivalence à un personnage totalement imprévisible et qu'on sent prêt à exploser à tout moment.

Lorsqu'on le voit  dévisager, toiser, fixer une jeune fille à son gout comme s'il allait la dévorer, le spectateur est pris dans une toile, entre fascination et angoisse . 

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Ce vaurien, à la personnalité un peu double  est finalement le miroir du long-métrage dans son entier,  c'est  à dire aussi saisissant qu'insaisissable.

Dès que ce film là pourra enfin sortir en salles, on viendra prendre des nouvelles de son réalisateur et d'un second long-métrage qu'on espère fortemment.