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 "J’en ai marre de ces sophismes. J’en ai marre de ces connards de droite. Ce n’est pas eux qui lèveraient le petit doigt. Ils bossent tranquillement dans leur bureau ou dans leur banque. Mais maintenant on les voit pontifier au parlement, dans les journaux, à contester nos motivations, à mettre en cause notre jugement. Et pourquoi ? Parce qu’ils ont besoin de se faire mousser en rabaissant tous ceux dont le travail est tellement plus dur que le leur. Il suffit de dire « travailleur social » ... « agent de probation » ... « conseiller » ... pour que tout le monde ricane, dans ce pays. Tu sais ce qu’ils font, les travailleurs sociaux ? Tous les jours ? Ils essayent de décrasser les canalisations de la société. D’enlever les détritus. Ils font ce que personne d’autre ne fait, ce que personne d’autre ne veut faire.

Et pour ça, est-ce qu’on les remercie ? Mon Dieu non, on prend notre propre conscience pourrie, on l’essuie sur la figure du travailleur social, et on dit « Si – » MERDE ! – « Si c’était moi qui faisais le boulot, évidemment, si c’était moi qui le faisais je ne le ferais pas comme ça..."

 Celle qui s’exprime ainsi avec véhémence et  une certaine résignation, c’est Kyra, une  jeune prof idéaliste qui a décidé de mettre tout son talent et ses compétences au service de jeunes défavorisés d’une  banlieue de Londres.  

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  Kyra vit seule et sobrement dans un appartement glacial d’un quartier très peu couru de la banlieue de Londres,   Wimbledon.
Il y a 4 ans, elle résidait bien moins chichement avec Tom et Alice, un couple qui avait accueilli son errance à Londres à l’aube de ses 18 ans.

Le retour soudain dans sa vie de Tom,  restaurateur particulièrement prisé des Londoniens va raviver rancœurs et blessures du passé  tandis qu’ils vont devoir  également confronter leurs deux conceptions radicalement différentes  de la vie.

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Aux Célestins-théâtre des Lyon, Claudia Stavisky, directrice des lieux, monte en ouverture de saison, Skylight de David Hare.

Ce projet vient de loin puisque c’est à la demande des dirigeants du Shanghai Dramatic Arts Center que Claudia Stavisky avait monté une première fois, en juin 2019, cette pièce de David Hare.

Après le succès de sa mise en scène de La Vie de Galilée de Bertolt Brecht, créée en 2019, saluée ici et   toujours en tournée en France et en Europe, elle adapte pour la première fois en français cette pièce du grand dramaturge anglais.

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Cette pièce écrite dans les années 1990, jouée souvent à Londres mais peu en France,  décrit  avec sensibilité et finesse sous fond d’histoire d’amour malheureuse les conséquences du néolibéralisme « à la Thatcher », et ce qu'elle a impliqué en termes d’injustices et d’inégalités sociales .

Force est de constater que le charge de Hare sur les ravages du néolibéralisme thatchérien n’a en rien perdu son acuité et préfigure totalement les dérives du monde capitalisme que l’on aura connu ces dernières décennies.

À la fois intime et engagé, militant et sensible, Skylight montre une querelle aussi sentimentale qu’idéologique, puissante comme une lame de fond et nous offre une  vision profondément juste de la fracture sociale.

À travers une vibrante relation amoureuse entre deux individus profondément attachants, David Hare nous raconte que l’amour ne suffit pas pour unir deux êtres.

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Le combat des deux idéaux est  aussi passionnant que convaincant, porté par deux interprètes formidables.

Marie Vialle, comédienne trop méconnue et pourtant grande habituée des planches, est frémissante d’intensité  et montre aussi bien la détermination que les failles de Kyra femme en lutte pour son émancipation.

Quant à Patrick Catalifo, que Claudia Stavisky avait déjà dirigé dans l’éblouissant Rabbit Hole, il se montre ainsi d'une nouvelle fois, d’un charisme incontestable et offre une palette de jeu très riche en homme d’affaire (Tapie mais en moins vulgaire comme il le décrit lui-même qui a tout réussi, sauf sa vie personnelle et est venu là dans cet appartement mal famé et mal chauffé chercher le pardon qu’il ne peut s’accorder lui-même.

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Avec sa mise en scène sobre mais au cordeau. Claudia Stavisky offre une belle adaptation de ce beau texte de  David Hare qui joue pour encore deux semaines aux Célestins sur Lyon et qu'on vous recommande sans hésiter. 

  “L’écriture de David Hare appartient à l’un de mes domaines de recherche privilégiés, l’un des champs dramaturgiques qui m’intéressent le plus au théâtre. J’entends par là les écritures au sein desquelles se manifeste la relation profonde, tendue, qui unit l’intime et le politique : lorsque le politique se reflète dans l’intime et lorsque l’intime façonne le politique. De ce point de vue, Skylight est dans la droite ligne des préoccupations qui m’habitent lorsque je monte un texte, qu’il s’agisse d’un texte contemporain ou d’un texte du répertoire."

 Claudia Stavisky

Skylight de David Hare. Mise en scène de Claudia Stavisky. Jusqu’au 3 octobre 2021 aux Célestins théâtre de Lyon. 

Réservations en suivant ce lien.