Rencontre cinéma : Laura Wandel, réalisatrice de L'intérêt d'Adam"
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Focus sur L'intérêt d'Adam, le film de Laura Wandel avec Léa Drucker, Anamaria Vartolomei, Jules Delsart, Alex Descas, Laurent Capelutto.
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Laura Wandel :
Je me sentais attirée par le monde de la pédiatrie, et sa pratique à l'hôpital.
Comme pour mon précédent film, j’ai eu besoin d’aller sur place pour me documenter et me confronter à la réalité du terrain. Plusieurs hôpitaux ont refusé ma demande, avant que j’obtienne l’autorisation de l'hôpital Saint-Pierre, où je me suis rendue plusieurs semaines durant. J’ai été partout, dans tous les pôles de l’unité pédiatrique, aux urgences, aux consultations, aux réunions.
J’ai également assisté à des audiences et rencontré une juge de la protection de la jeunesse qui a, par la suite, lu le scénario et m’a fait des retours capitaux.
J’ai été pendant trois semaines en immersion dans un hôpital et j’ai eu la chance de pouvoir rencontrer une pédiatre en chef qui m’a même proposé de me faire passer pour une stagiaire (évidemment j’ai signé une clause de confidentialité, et il ne fallait pas prendre de photos ni enregistrer…), et ça m’a énormément nourrie.
Comme c’est un système dont les codes sont assez peu faciles à saisir, j’ai aussi évidemment rencontré une juge de la protection de la jeunesse, ainsi que des délégués/assistants sociaux, car c’était très important pour moi qu’il y ait cette véracité dans le film.
"Ce filmage en immersion m’a aidée à mieux saisir à quel point le médical, le social et le judiciaire sont imbriqués et combien la question du bien-être de l’enfant est en réalité indissociable du rapport avec le parent.
Prendre soin de l’enfant, c’est aussi prendre soin du parent. C’est ce qu’essaie de mettre en pratique Lucy, l’infirmière jouée par Léa Drucker, et je dis bien qu’elle essaie, parce que hiérarchie et bureaucratie lui donnent du fil à retordre.
J’ai choisi d’adopter son point de vue parce qu’il me paraissait pertinent d’être dans le regard d’une femme qui, n’étant pas au sommet de la hiérarchie, est limitée dans son champ d’action et d’intervention. L’état dans lequel se retrouve Lucy est significatif de l’état d’urgence dans lequel se trouve le monde médical, qui manque de ressources financières et humaines, mais aussi d’espace et de temps.
Ce que je voulais montrer, c’est avant tout la rapidité avec laquelle une situation peut s’enflammer quand il est question de maltraitances infantiles. C’est évidemment très rassurant, mais dans certains cas, comme celui d’Adam et de sa mère, la précipitation des décisions de justice a des conséquences sur la vie-même de l’enfant. "
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"Le personnage de la mère d’Adam m’a été inspiré par plusieurs cas dont m’ont parlé des médecins et pédiatres. Je ne voulais surtout pas juger Rebecca, interprétée par Anamaria Vartolomei, ou même faire peser sur elle une forme de fatalité ou un déterminisme quelconque. Ça aurait été injuste et arbitraire.
De mon point de vue, c’est une femme terrifiée qui, inconsciemment, crie à l’aide.
D’une certaine façon, Lucy et Rebecca sont chacune laissées pour compte. La précarité du système avec lequel elles sont aux prises les dévore et les contraint l’une et l’autre. Le film a plusieurs strates et tente de raconter, à travers les personnages et les rôles qu’ils tiennent, les conflits et dilemmes que génère l'intérêt d'Adam."
Le choix de ses actrices principales, Léa Drucker et Anamaria Vartolomei
"Léa Drucker, j’ai vraiment écrit le rôle pour elle,, parce que je trouve que c’est une des plus grandes comédiennes de ces dernières années. Ce que je trouve très intéressant, c’est qu’elle a quelque chose de presque intimidant, parce qu’elle a une prestance très forte, et en même temps on sent une fêlure : il y a toujours quelque chose dans ses yeux qui est de l’ordre du secret, que je trouvais aussi intéressant pour le personnage de Lucie.
Anamaria, ce n’était pas si évident que ça. Très vite j’ai pensé à elle, mais justement je me disais « Ah, mais c’est une jeune, elle va très très jeune, est-ce que ce n’est pas trop ? » À un moment j’ai pensé à quelqu’un d’autre et en fait je suis revenue à elle.
Quand on y pense on se dit que Anamaria, elle possède en elle comme Léa une ténacité et en même temps une vulnérabilité, et quelque chose, aussi, d’opaque – finalement, ces deux personnages se rejoignent aussi par rapport à cette opacité.“
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