Les grands livres de 2025 : " Les Jardins Perdus " Rouda, (s)lame aiguisée
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Les Chevallier, une famille française. Zac et Martin ont grandis dans un grand ensemble de la Seine-Saint-Denis, " Les Jardins Perdus " et ses habitants, leur univers depuis l'enfance. Et puis les émeutes de juillet 2023, une semaine de violences et Martin qui ne rentre pas.
Chez les Chevallier il y a une règle immuable, un Chevallier donne toujours de ses nouvelles. Devant l'inertie de la police, Martin est majeur et vacciné, Zac décide de partir à sa recherche en s'aidant des réseaux sociaux. Très vite une rumeur circule dans le quartier, Martin Chevalier, le doux poète de la tour Balzac, se serait accoquiner avec un groupuscule d'extrême droite.
Le roman de deux petits enfants du XXIème siècle. Une tragédie familiale, sociale et politique, Zac et Martin comme le symbole d'un pays qui ne croit plus à ses enfants.
Roman slam, roman rap, roman d'aujourd'hui qui utilise tout les codes du roman noir pour pénétrer dans les entrailles de la pieuvre, cette idéologie de la haine qui pulvérise les âmes trop faibles. Formidablement écrit dans une langue poétique, tendre et brutale à la fois, d'une main de maître, le slameur Rouda, dont on avait déjà beaucoup apprécié Les mots nus, maitrise son intrigue jusqu'à un final étonnant qui laisse le lecteur sans voix.
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De la très bonne Série Noire sur laquelle plane l'ombre de Christiane Rochefort et de Jean-Patrick Manchette. ( Références de boomer, mais synonyme de grande qualité )
Les jardins perdus Rouda
editions Liana Levi
septembre 2025
" Ça ne lui ressemble pas, les Chevallier se donnent toujours des nouvelles. Même au plus fort de l'orage, c'est la seule règle qui tient encore debout. Martin a baptisé nos disputes avec des noms de territoires lointains. Il les appelle Gaza ou Grozny, pour oublier que les cris et les sanglots éclatent sous notre toit. Même quand l'un de nous claque la porte. Que les autres Chevallier creusent des tranchées dans le salon. Que chacun plante son bivouac dans un coin de l'appart. Que le souffle du silence éteint le feu des hurlements. Qu'on enterre nos mots dans les trous de nos bouches. Même dans ces cas-là, les Chevallier se donnent toujours des nouvelles. Un texto écrit à la hâte. Quelques syllabes sur le groupe WhatsApp. " Je dors chez Anaïs".Zac. Nous savoir ailleurs, mais quelque part, nous rassure, et nous rappelle ce que nous avons été ensemble. Une famille. "
" Martin était déjà nostalgique, comme un vieux qui se retourne sur sa vie. Il n'était pourtant qu'un gamin avec des souvenirs d'enfant. Des souvenirs si proches qu'ils ne pouvaient pas mourir. Mais il avait besoin de les nourrir de mélancolie. Sur son compte Deezer, il avait créé une playlist " Chansons de quand tout allait bien", il compilait des photos de nous dans des albums, et il remplissait ses agendas de poèmes qu'il ne montrait à personne. Martin a gardé cette beauté fragile qui nous abandonne en grandissant. En cultivant les souvenirs qui nous lient, il a choisit de ne pas y renoncer. Son sourire innocent disait toujours la vérité, alors il a appris à éviter le regard des autres pour ne pas avoir à mentir. Il restait en bas de la tour Balzac. De plus en plus souvent. A tourner en rond. Il fumait des joints avec Alex. Il expirait et il oubliait tout. La colère, l'école, l'avenir à sauver. Les morts sur leurs motos, les assassinés, les suicidés. Il voyait la vie en gris. Il était assis parmi les grands, prêt à grandir lui aussi, mais pas trop vite. "
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