Rencontre cinéma : Malou Khebizi & Hélène Rosselet-Ruiz pour le film "Le triangle d'or"
Inspiré d’une expérience personnelle, Le Triangle d’or premier film d’Hélène Rosselet-Ruiz en salles depuis mercredi, passe de la description fascinante d’un monde luxueux clos sur lui-même à la dénonciation des dominations qui s’y exercent, interprétées par Malou Khebizi et Soundos Mosbah.
Dans le rôle de Laura, Malou Khebizi impressionne, deux ans après «Diamant brut», le film qui l’a révélée en 2024 et dont le titre décrit bien sa présence à l’écran.
3 questions à la comédienne Malou Khebizi
/image%2F1371318%2F20260728%2Fob_ddf582_triangle2ok.jpg)
Dans Le Triangle d’or, vous incarnez une jeune femme embauchée au service d’un riche Saoudien et de sa maîtresse dans un hôtel particulier qui va se transformer en prison dorée. Qu’est-ce qui vous accroche tout de suite à la lecture de ce thriller en huis clos ?
D’abord l’effet de surprise. Je n’aurais jamais imaginé une telle histoire possible. Et puis j’adorais que ce film soit produit par Marie-Ange Luciani que je connaissais depuis Enzo. Une femme que j'admire énormément.
-------------------------
Comment vous préparez-vous à incarner ce personnage ?
Hélène m'a très vite donné différents livres à lire, dont Servir les riches d’Alizée Delpierre, une sociologue qui a mené une enquête pendant 7 ans du côté des employeurs comme des employés et a vraiment démantelé tout un réseau.
A travers ces pages, j’ai compris que tout ce qu’Hélène décrit dans son film est vrai.
Et j’ai pu le constater avec la maison où on a tourné.
Tourner dans cette villa a d’ailleurs beaucoup compté pour moi. Il y avait quelque chose de vraiment dégoûtant dans cette opulence, dans ce nombre de pièces interminables.
J’ai fait aussi beaucoup de sport pour le rapport au physique de mon personnage qui détonne avec le côté extrêmement féminin de la femme pour laquelle elle travaille.
J’ai aussi discuté avec des employés de maison qui m’ont expliqué des techniques pour gagner du temps en préparant un lit, par exemple, et comment se passe leur quotidien. C’étaient des échanges très intéressants.
----------------------
Comment s’est faite la rencontre avec l’actrice Soundos Mosbah qui joue le rôle de Souria ?
Quand j’ai rencontré Soundos, j’ai tout de suite vu une femme très forte. Elle est issue d’une famille égypto-marocaine et, contre l’avis de ses parents, elle est devenue comédienne. Soundos a fait le Conservatoire à Paris, et son parcours m’impressionne énormément. Elle a aussi une immense sensibilité, qui lui permet de jouer toute la nuance de son personnage, entre ce début de film où elle est assez inaccessible et le moment où nos deux personnages finissent par se trouver et se voir en tant que femmes.
/image%2F1371318%2F20260728%2Fob_2f2b71_img-7602.jpeg)
Malou KHEBIZI, actrice et Hélène ROSSELET-RUIZ, réalisatrice présentent le film au Comoedia de Lyon le 10 juillet 2026
/image%2F1371318%2F20260730%2Fob_6d8198_helene-rosselet-ruiz-1.jpg)
3 questions à Hélène ROSSELET-RUIZ, réalisatrice
Vous avez vous-même travaillé comme femme de ménage pour une riche Saoudienne. Comment cette expérience a-t-elle nourri le scénario et les dialogues du film ?
C’est cette expérience qui est à l’origine du projet. À un moment de ma vie, j’avais besoin de gagner beaucoup d’argent et j’ai accepté un emploi de femme de ménage auprès d’une famille saoudienne à Paris. Sur le moment, je ne me suis absolument pas dit que j’en ferais un film. En revanche, ce que j’y ai observé m’a tout de suite marqué.
J’y ai vu des choses qui faisaient écho à des thèmes qui m’intéressaient déjà : la violence de classe, les rapports de domination ou encore les questions féministes.
Par la suite, avec ma coscénariste Pauline Guéna, nous avons mené un véritable travail de documentation. Elle a beaucoup écouté mon expérience, mais nous avons aussi rencontré de nombreuses personnes qui travaillent dans l’univers du luxe : des chauffeurs, des concierges, des nounous, des assistantes, des femmes de ménage… Nous avons également échangé à distance avec des femmes saoudiennes qui avaient fui leur pays, même si leur parcours est différent de celui de Souria. Une fois une première version du scénario terminée, nous l’avons confrontée au regard de personnes qui connaissaient cet univers, notamment une femme avec qui j’avais travaillé à l’époque.
Que vouliez-vous raconter de la sororité à travers le lien entre les deux femmes ?
Un espace d'épanouissement, en tout cas de rencontre et d'échange que je ne veux pas idéaliser. Je n'avais pas envie qu'elle efface la violence des rapports économiques et de pouvoir. Ce n'est pas parce qu'il y a une rencontre qu'il n'y a plus de service ou de domination. Cette sororité est circonscrite à un moment très ténu et à un cadre très momentané.
Que serait-elle si elle avait de l'espace pour se développer ? Je n'ai pas vraiment de réponse à ça, mais j'aimerais que ce soit possible.
Les caméras de surveillance jouent un rôle narratif fort, puisqu’elles rappellent que Souria est constamment observée. Comment les avez-vous intégrées à votre mise en scène ?
Au départ, nous nous étions demandé si nous allions doubler toutes les scènes avec une captation en vidéosurveillance. Mais, compte tenu de notre budget, et donc du temps disponible, c’était impossible. C’est véritablement pendant le découpage, que leur utilisation s’est imposée. Elles étaient déjà présentes dans le scénario, mais nous avons progressivement compris qu’elles pouvaient devenir un véritable point de vue de mise en scène.
L’idée était que la maison elle-même devienne une sorte de personnage omniscient, capable d’observer les protagonistes. Nous avons donc multiplié ces points de vue, en installant souvent un iPhone dans un angle, afin de créer cette sensation de surveillance permanente. Nous nous sommes aussi demandé s’il fallait déplacer régulièrement les caméras pour suggérer qu’il y en avait partout.
Finalement, nous avons préféré conserver une certaine répétition des cadres...
___________________________________________________
Le Triangle d’or d’Hélène Rosselet-Ruiz. Avec Malou Khebizi, Soundos Mosbah, Ziad Bakri. Sortie le 29 juillet.
/image%2F1371318%2F20260204%2Fob_515b1d_1000063170.jpg)
/image%2F1371318%2F20260715%2Fob_786a87_723208613-1767240207570450-57165124713.jpg)
/image%2F1371318%2F20260624%2Fob_3687e4_2026-ffi-affiche-a4-portrait-210x297-b.jpg)
/image%2F1371318%2F20260722%2Fob_ab5943_250529-deae-visuel-2026-insta.jpg)