Rencontre cinéma autour du film "La Guerre des Prix ": Anthony Déchaux à la recherche des requins tueurs
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Pourquoi avez-vous décidé de traiter cette épineuse question des négociations commerciales dans votre premier long métrage ?
Anthony Déchaux : En tant que comédien, je me suis retrouvé un peu par hasard dans le séminaire annuel des acheteurs d'une enseigne de grande distribution et j'ai été le témoin de tout un tas de discours qui m'ont paru très durs, très violents et beaucoup plus brutaux que ce que j'avais moi-même connu dans le monde de l'entreprise puisque j'ai travaillé dans le marketing avant d'embraser une carrière de comédien.
Je peux vous dire une phrase, par exemple, qui me marque encore et dont je me souviens pratiquement mot pour mot. C'est la phrase d'introduction du séminaire où il y a le grand dirigeant de cette société qui prend la parole et qui dit : «Si on est réunis ici aujourd'hui, c'est pour savoir qui sont les requins et qui sont les requins-tueurs dans cette salle. Et nous, les requins, on n'en a pas besoin, ce qu'on veut, ce sont des requins-tueurs.» Cela donne un peu le ton.
J'ai voulu m'intéresser à ce monde très particulier de requins tueurs, je me suis dit qu'il y avait matière à en faire un thriller assez noir sur ce milieu .Je voulais faire de ce sujet un thriller, puisque c'est aussi un type de cinéma qui, moi, me touche et me parle en particulier.
Votre projet met en lumière la très forte opacité qui entoure ces négociations commerciales, qui se déroulent dans des box isolés et sans fenêtre...
Anthony Déchaux : Il faut savoir que cette omerta, je me la suis prise frontalement quand j'ai commencé à m'intéresser au sujet.
J'ai voulu contacter des acheteurs, des fournisseurs, des industriels et beaucoup ont refusé de me répondre. La grande distribution ne voulait pas parler de ses méthodes, et les industriels et fournisseurs avaient peur des représailles. Les quelques personnes qui m'ont renseigné ont requis un anonymat total.
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L'héroïne du film ,admirablement jouée par Ana Girardot, porte en elle des convictions profondes sur l'agriculture locale et biologique. Peut-on conserver celles-ci dans ce milieu professionnel où prolifèrent ces fameux requins tueurs?
A.D : Je crois qu'aujourd'hui, il y a beaucoup de jeunes et de gens qui rentrent sur le marché du travail avec des convictions. Il existe aussi des personnes qui essayent justement de faire changer les choses.
Mon film parle également de ça. Est-ce que c'est vraiment possible de changer un système aussi puissant, aussi fort ? Est-ce qu'on peut arriver avec des convictions et pouvoir les tenir ?
Est-ce que c'est le système qui va nous changer ?
C'est précisément toutes ces questions que je traite dans le film. Je pense que c'est très difficile de changer des systèmes comme ça de l'intérieur.
Mais je sais qu'il y a plein de gens qui travaillent aussi dans ces endroits-là et qui ont des convictions et qui essayent de les porter.
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Le film met en scène Derval, une enseigne de grande distribution fictive particulièrement agressive. Quel groupe l'a inspiré ?
Anthony Déchaux : Mon but n'est pas de pointer du doigt une enseigne précise. Avec les témoignages que j'ai recueillis, j'ai compris que toutes ne fonctionnent pas exactement de la même manière, que les enseignes les plus agressives sont forcément celles qui revendiquent les prix les plus bas.
J'ai aussi rencontré des acheteurs aux façons de faire différentes. Ce qui m'a surtout marqué, c'est ce système qui dépasse tout le monde et qui est profondément problématique.
Tout le monde y perd, y compris les acheteurs, car comment être épanouis quand on doit appliquer ces pratiques extrêmement brutales au quotidien ?
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Votre film dresse le portrait d'un éleveur laitier lésé par ce système. Les paysans sont-ils voués à être victimes de ces négociations commerciales ?
Anthony Déchaux : Au début du film, l'éleveur vend ses produits dans des grandes surfaces, mais uniquement au niveau local. Le piège, c'est de rentrer dans une centrale d'achat nationale pour être référencé à travers le pays.
Dès que les paysans mettent le doigt dans cet engrenage, les acheteurs leur imposent des baisses de prix. Ils n'ont plus la main sur leur produit et perdent leur autonomie.
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Quel rôle peut jouer le consommateur dans ce système ?
Anthony Déchaux : Il faut savoir que lorsque l'on achète dans ces enseignes, on cautionne en quelque sorte ce système. C'est difficile de se passer de supermarché, mais il existe des alternatives.
Depuis que j'ai réalisé le film, je me suis inscrit à l'Amap (association pour le maintien de l'agriculture paysanne - NDLR), et je me suis rendu compte que les prix étaient encore moins chers qu'en grande surface, puisqu'il n'y a plus d'intermédiaires.
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Le réalisateur Anthony Déchaux , accompagné du comédien Julien Frison, le 2 mars 2026 au cinéma Lumière Terreaux
Merci au distributeur Diaphana et à Flavien Poncet du cinéma Lumière Terreaux pour cette interview : https://www.cinemas-lumiere.com/
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