[CRITIQUE] La petite graine- les nullipares, pas si nuls que cela?
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Il est possible qu'on ait pu ressentir quelques craintes bien légitimes en lisant le pitch - et en voyant la première scène, dont la tonalité tranche avec le reste du film- de La petite graine, le premier long métrage de Mathias et de Colas Rifkiss, nouveau tandem fraternel de cinéma après les Dardenne, les Coen ou les Safdie.
En effet, le synopsis- un couple, après quantités d'échecs infructueux pour faire un enfant, se résout à demander à un ami d'enfance un peu lourdaud de leur donner son sperme, au prétexte qu'il avait mis enceinte la fille du couple pendant leur jeunesse- et la séquence d'ouverture à base de sperme étalée sur un magazine, pouvaient vraiment laisser redouter au spectateur qu'il ait à faire sur le périlleux sujet de l'infertilité- à une énième comédie grasse et caricaturale comme il en fleurit chaque année sur nos écrans.
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Mais cela serait mal connaitre l'univers des frères Rifkiss, qui ont déjà réalisé 8 courts métrages depuis plus de 20 ans, et qui ont toujours réussi à aborder par le prisme de la comédie, mais de façon subtile et non manichéenne des sujets de société délicats, souvent en lien avec la famille ou le couple .
Rapidement, à la vision de la petite graine, on se rend compte que le duo de réalisateurs (qui sont non seulement frères mais également jumeaux) évitent rapidement clichés et gaudriole pour se concentrer sur les personnages et les complexités de la vie.
Il faut dire que pour avoir échangé avec eux récemment* cette thématique- la confrontation au regard des autres lorsqu'on arrive pas à procréer- leur est très proche et que le résultat final est le fruit d'un certain nombre de discussions et de réflexions sur le sujet, entre les deux frères mais aussi entre ces derniers et leurs entourages.
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Sorte de prequel à La Charge mentale, le court métrage précédent du duo, qui portait sur l’injonction au couple parfait., La petite graine pose la question suivante:. quand on sait qu'on ne pourra avoir d'enfants, comment gère-t-on cela face au regard social, voire au mépris politique - la fameuse conférence de presse d’Emmanuel Macron demandant un « réarmement démographique.
Plutôt que de répondre à cette interrogation en s'en lamentant, les frères Rikiss ont pris l'option, comme ils l'ont fait à chaque court métrage, d’en faire un vrai départ de comédie d'auteur ( hauteur?) qui délicatement, surtout dans sa dernière partie, va s'orienter sur des rives plus sérieuses, plus profondes pour autopsier sur la durée un " vieux couple" au quotidien.
La Petite graine donne ainsi joliment à réfléchir de façon singulière et décalée à la façon de contourner cet impératif de l'enfant, "indispensable " pour rendre un couple épanoui, et réussir à s''éloigner des normes et autres injonctions sociétales.
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Epousant sa thématique générale, le long métrage des frères Rifkiss va; lui aussi; choisir de faire ce pas de coté, de s'écarter d'un certain conformisme pour emprunter des sentiers narratifs moins usités.
Les quatre acteurs principaux, assez peu vus au cinéma- moins les comédiens masculins Sébastien Chassagne et Oussama Kheddam que les deux révélations féminines Louise Massin et Delphine Barril - campent avec conviction et empathie des personnages, qui en fin de compte, présente quatre points de vue très différents et complémentaires sur la question de l’enfant avec des physiques de 'monsieur et madame tout le monde' qui permettent une identification immédiate,
Ajoutons à cela que, loin des comédies populaires traditionnelles qui multiplient le champ contrechamp sans aucune inventivité, la mise en scène des nouveaux frangins du 7eme art hexagonal s'autorise avec bonheur quelques audaces de réalisation- le long plan séquence sur le monologue de Céline et quelques embardées sonores inattendues et bienvenues.
Bref, un joli film qui sort dans un mois en salles, et qu'on ne peut que vous conseiller, par sa thématique et sa petite musique bien à elle.
LA PETITE GRAINE
Avant premiere • Lyon (69) – Lundi 30 mars 2026 à 20h30 au cinéma Comoedia – billetterie
en présence des réalisateurs et des comédiens Sébastien Chassagne et Oussama Kheddam
* non seulement les deux frères sont lyonnais mais le bureau de la production se situe à 5 mns de la rédaction de Baz'art
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