Baz'art  : Des films, des livres...
12 mars 2026

[CRITIQUE] La petite graine- les nullipares, pas si nuls que cela?

Il est possible qu'on ait pu ressentir quelques craintes bien légitimes en lisant le pitch - et en voyant la première scène, dont la tonalité  tranche avec le reste du film-  de La petite graine, le premier long métrage de Mathias et de Colas Rifkiss, nouveau tandem fraternel de cinéma après les Dardenne, les Coen ou les Safdie.

En effet, le synopsis- un couple, après quantités d'échecs infructueux pour faire un enfant, se résout à demander à un ami d'enfance un peu lourdaud de leur donner son sperme, au prétexte qu'il avait mis enceinte la fille du couple pendant leur jeunesse- et la séquence d'ouverture à base de sperme étalée sur un magazine, pouvaient vraiment laisser redouter au spectateur qu'il ait à faire  sur le périlleux sujet de l'infertilité-  à une énième comédie grasse et caricaturale comme il en fleurit chaque année sur nos écrans.

 

Mais cela serait mal connaitre l'univers des frères Rifkiss, qui ont déjà réalisé 8 courts métrages depuis plus de 20 ans, et qui ont toujours réussi à aborder par le prisme de la comédie, mais de façon subtile et non manichéenne des sujets de société délicats, souvent en lien avec la famille ou le couple .  

Rapidement, à la vision de la petite graine, on se rend compte  que le duo de réalisateurs (qui sont non seulement frères mais également jumeaux) évitent rapidement clichés et gaudriole pour se concentrer sur les personnages et les complexités de la vie.

Il faut dire que  pour avoir échangé avec eux récemment* cette thématique- la confrontation au regard des autres lorsqu'on arrive pas à procréer- leur est très proche et que le résultat final est le fruit d'un certain nombre de discussions et de réflexions sur le sujet, entre les deux frères mais aussi entre ces derniers et leurs entourages. 

 

Sorte de prequel à La Charge mentale, le court métrage précédent du duo, qui portait sur l’injonction au couple parfait., La petite graine pose la question suivante:. quand on sait qu'on ne pourra avoir d'enfants, comment gère-t-on cela face au regard social,  voire au  mépris   politique  - la fameuse  conférence  de  presse  d’Emmanuel  Macron demandant un « réarmement  démographique.

Plutôt  que de  répondre à cette interrogation en s'en lamentant,  les frères Rikiss ont pris l'option, comme ils l'ont fait à chaque court métrage, d’en faire un vrai départ de comédie d'auteur ( hauteur?)  qui délicatement, surtout dans sa dernière partie, va s'orienter sur des rives plus sérieuses, plus profondes pour autopsier sur la durée un " vieux couple" au quotidien.

La Petite graine donne ainsi joliment à réfléchir de façon singulière et décalée à la façon de contourner cet impératif de l'enfant, "indispensable " pour rendre un couple épanoui, et réussir à s''éloigner des normes et autres injonctions sociétales.

Epousant sa thématique générale, le long métrage des frères Rifkiss va; lui aussi; choisir de faire ce pas de coté, de  s'écarter d'un certain conformisme  pour emprunter des sentiers narratifs moins usités.

Les quatre acteurs principaux, assez peu vus au cinéma- moins les comédiens masculins Sébastien Chassagne et Oussama Kheddam que les deux révélations féminines Louise Massin et Delphine Barril - campent  avec conviction et empathie des personnages, qui en fin de compte, présente quatre points de vue très différents et complémentaires sur la question de l’enfant avec des physiques de 'monsieur et madame tout le monde' qui permettent une identification immédiate,

Ajoutons à cela que, loin des comédies populaires traditionnelles qui multiplient le champ contrechamp  sans aucune inventivité, la mise en scène des nouveaux frangins du 7eme art hexagonal s'autorise avec bonheur quelques audaces de réalisation- le long plan séquence sur le monologue de Céline et quelques embardées sonores inattendues et bienvenues.

Bref, un joli film qui sort dans un mois en salles, et qu'on ne peut que vous conseiller, par sa thématique et sa petite musique bien à elle.

 

LA PETITE GRAINE

Un film de Mathias & Colas Rifkiss

Avant premiere • Lyon (69) – Lundi 30 mars 2026 à 20h30 au cinéma Comoedia – billetterie 
en présence des réalisateurs et des comédiens Sébastien Chassagne et Oussama Kheddam

* non seulement les deux frères sont lyonnais mais le bureau de la production se situe à 5 mns de la rédaction de Baz'art 

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Depuis vingt-six ans, le Festival Cinémas du Sud, organisé par Regard Sud, offre un panorama du cinéma contemporain du Maghreb et du Moyen-Orient, à travers des œuvres rares

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Du 20 au 24 avril 2026, Lyon accueillera la 8e édition du festival Les Mauvais Gones, un rendez-vous désormais installé dans le paysage culturel lyonnais, dédié au cinéma policier et de gangsters.

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Festival Caravane des Cinémas d’Afrique

La 18e édition du Festival Caravane des Cinémas d’Afrique aura lieu du 21 au 26 avril 2026 au Ciné Mourguet et dans 30 salles partenaires à travers la région Auvergne-Rhône-Alpes.

Créé en 1991, le Festival Caravane des Cinémas d’Afrique avait initialement lieu chaque année avant d’adopter un rythme biennal dès 1992. En 2026, il retrouvera son format annuel, marquant ainsi une nouvelle étape dans son histoire. Ce retour à une périodicité annuelle permettra au festival d’accompagner plus étroitement la vitalité et la diversité du cinéma africain contemporain, en écho à la richesse de sa production et à l’enthousiasme croissant de son public.

Le Festival en quelques chiffres : une trentaine de films présentés, 30 salles partenaires en Région Auvergne-Rhône-Alpes, une vingtaine de nationalités et invités, environ 80 séances, 6 films en compétition pour le Prix du Public, 10 courts métrages pour le Prix du Jury Jeune. 

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