Rencontre avec Jean-Luc Gaget – Une fille en or
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Vous avez réalisé votre premier long métrage, J’ai tué Clémence Acéra, en 2001, avant d’entamer une carrière florissante de scénariste. Pourquoi vous lancer dans un deuxième long quelque 25 ans après ? Quel a été le déclic ?
"Le déclic, c’est une double rencontre. D’abord celle avec Raphaële Moussafir, ma coscénariste, avec qui j’ai partagé un grand plaisir d’écriture sur un projet qu’elle devait réaliser et qui n’a finalement pas vu le jour.
Puis une deuxième rencontre décisive : le producteur Eduardo Sosa Soria me contacte, l’année suivante. Il a créé sa société de production La Féline, il a vu mes courts métrages, aime mon travail de scénariste et souhaite produire un long que je réaliserais : je ressors donc plusieurs scénarios de mes cartons, dont celui de Une Fille en or qui, à l’époque, s’appelait Une fille en dessous de tout. Sans trop y croire…
Sauf que c’est celui-là, justement, qui lui tape dans l’œil ! Et voilà comment, je me retrouve à re-travailler sur Une fille en or. Seul, cette fois. De fait, je me réapproprie le scénario lors d’une deuxième phase d’écriture pour en faire sans doute mon projet le plus personnel."
Et le ton du film, un peu décalé, fantaisiste, il vient de quoi?
"J’ai un goût pour l’humour décalé, pour l’absurde, alors naturellement mon film est rempli de fantaisie, comme un art du contrepoint.
Vous savez, quand je travaillais avec Solveig (Anspach avec qui il a co écrit 5 films), elle m'apportait son coté les pieds sur terre, les personnages issus de son expérience du documentaire, et moi je lui apportais le coté un peu fantaisiste, imaginaire de ces films."
Une fille en or s’ouvre sur un groupe de parole dédié à l’estime de soi. Doit- on y voir un aveu, sinon un clin d’oeil à un certain manque de confiance peut-être… ?
"La première fois que j’ai entamé une thérapie de groupe, j’avais une trentaine d’années et c’était comme monter à l’échafaud. Les gens du groupe m’ont appelé Didier pendant toute cette première journée et je ne les ai pas corrigés, c’est vous dire mon niveau de confiance en moi…
Mon travail en analyse m’a beaucoup aidé dans ma pratique de scénariste, notamment pour explorer les zones d’ombre et de lumière de mes personnages, ainsi que ces fameux scénarios de vie : ces existences auxquelles on échappe, ou qui nous échappent.
Au début de la conception d’un scénario, je m’intéresse d’abord aux personnages. Ce sont eux qui font émerger les thématiques, avant que l’intrigue ne se construise à partir de là, de manière organique. Souvent, le ton résulte de la nature du sujet."
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Bref, comme aurait dit Flaubert, Clémence, c'est vous?
"C’est vrai, je me suis très vite identifié à Clémence, l’héroïne d’Une fille en or.
Ce type de personnage m’a toujours ému, dans les films comme dans la vie. Le manque d’estime de soi apporte souvent, à mes yeux, une aura de drôlerie et de poésie à celles et ceux qui en souffrent. C’est cette aura que j’ai essayé de restituer dans ce film.
D’ailleurs, il commence avec la question : qui vous admire ? Et se termine avec : qui admirez-vous ? Admirer les gens qu’on aime, c’est un bon programme, je trouve."
Pauline Clément est vraiment formidable, cela a été une évidence pour vous et vous l'avez trouvé de quelle façon?
"Je l’ai vue dans un sketch et, tout de suite, je me suis dit : “C’est mon personnage”. Il se trouve qu’elle s’est reconnue dans le scénario.
Elle est vraiment exceptionnelle quand elle joue, avec un grand sens du rythme et des dialogues. Cette comédienne que l’on dit comique se définit plutôt comme une femme poétique qui aime la finesse des choses.
Ces grands dons se révèlent dans toute leur éblouissante splendeur chez Molière, Tchekhov, Feydeau…Fragile, douce, fraîche et volontaire approchant la grâce dans sa capacité à évoquer des humeurs et des sensations, la comédienne Pauline Clément est vraiment quelqu'un que j'adore ! "
Comédie romantique par Jean-Luc Gaget, avec Pauline Clément, Arthur Dupont. (France, 1h26). En salle le 15 avril
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