Baz'art  : Des films, des livres...
5 avril 2026

Quais du Polar 2026- Et si les romancières réinventaient le polar à leur façon? Nos 3 coups de cœur!!


Dans le monde du polar, majoritairement masculin, nous avons voulu mettre en lumière en ce dernier jour du festival quais du polar, l’écriture et la création des femmes à travers trois autrices présentes ce week end sur Lyon.
Trois autrices qui s’inscrivent dans une veine résolument féministe en traitant de sujets sociétaux ou historiques d'une grande force avec une ampleur littéraire que beaucoup de romanciers hommes pourraient leur envier? 
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1. La mort malgré lui, Armelle Hérisson : être humain malgré tout?


Dans "La mort malgré lui" ,  premier roman d'Armelle Hérisson, se déroulent deux fils narratifs qui se croisent et finiront tardivement par se rejoindre : celui d’un jeune Hongrois enrôlé de force dans la Waffen-SS et, quarante ans plus tard, en 1987,  l’enquête autour du meurtre d’une journaliste parisienne à Laval. 

Armelle Hérisson possède un vrai talent de conteuse qu'on avait envie de mettre en avant pour cette chronique spécial Quais du Polar .

On imagine bien- car tout lecteur de polar un tant soit peu avisé sait que quand il y a deux histoires en parallèle dans un roman policier que tout va rejoindre à un moment donné-  que le meurtre de Laval a un lien avec les deux jeunes Hongrois mais on ne comprend pas tout de suite quelle en est la nature.

" La nonchalance assurée de Vilmos avait ébloui Imre. Le cœur ouvert de l'idéaliste Imre, son humanité subtile, avaient imposé à Vilmos un respect qu'il ne délivrait qu'au compte-gouttes. Laura, la fille de l'instituteur, était dans le niveau supérieur de l'unique classe. C'est elle qui les avait approchés sous le préau. Elle leur avait demandé s'ils avaient lu Jules Verne. Imre avait répondu qu'il savait à peine lire."

Sans juger ses personnages et en conservant l'ambiguïté et la complexité de ces êtres peu fréquentables, la romancière pose une question existentielle : peut-on prétendre être une victime et garder un peu d’humanité, quand on a participé à l’indicible ?

Armelle Hérisson y répond en sa manière tout en jonglant avec les deux époques  avec une grande maitrise jusqu'au dénouement qui rabat les cartes avec énormément de brio. 


La Mort malgré lui, Armelle Hérisson, Série noire (Gallimard), 400 pp, 20 €.

 

Quais du Polar 2026- Et si les romancières réinventaient le polar à leur façon? Nos 3 coups de cœur!!
2. La colline, Mathilde Beaussault : le parfait mariage entre violence et beauté 

 

 

C'est à partir d'une histoire vraie de nouveau-né jeté dans une poubelle que Mathilde Beaussault a eu l'idée de son second roman, la Colline, qui fait suite aux Saules,  récompensé en 2025 par le Grand prix de littérature policière. 

Un jour d’hiver, dans une cité de Rennes, un nouveau-né est découvert au fond d’un container à ordures. Vivant. Quelques étages plus haut, une jeune fille se vide de son sang. Elle s’appelle Monroe, elle a dix-sept ans. Dans cette chambre où sa mère l’a enfermée, Monroe revit les mois passés sur la colline, chez sa grand-mère Madeleine. Là-haut, le vent, le labeur et le silence façonnent les corps.

Auprès de cette vieille femme solitaire aux mains guérisseuses, Monroe, enceinte, a découvert une paix inespérée. Et puis tout s’est écroulé.

"Tu raconteras ton histoire, toi aussi, un jour. Quand tu pourras. T’as les mêmes yeux que moi. Mais t’es trop jeune pour avoir des paupières aussi lourdes. Alors il faudra raconter ton histoire pour y voir plus clair. Ça fait du bien. Faudra juste pas mettre autant de temps que moi."

Mathilde Beaussault examine une humanité en réduction, jusque dans ses recoins les plus sombres.  La parole des femmes, si nombreuses victimes de violence, au présent comme au passé, est l'une des clefs du suspense romanesque qui marie si bien violence et beauté. Face à l’enfermement urbain, Beaussault ouvre un second espace : la colline, qui donne son titre au roman,  lieu de campagne, où Monroe retrouve des sensations de liberté.

Malgré son côté très sombre, c'est sans conteste un bel hommage que l'autrice rend à "la bonté" de sa grand-mère disparue. Et la romancière arrive a traiter de sujets très brutaux, durs - pour résumer  la misère, les difficultés et l’horreur-  pour les transcender de beauté et en faire un récit indéniablement poignant.


La Colline, Mathilde Beaussault, Seuil, 336 pages, 19,90 euros

 

3. Oyinkan Braithwaite, Filles maudites: rivalités féminines au Lagos

 


On avait découvert la puissance de la romancière nigériane Oyinkan Braithwaite depuis le succès incontestable et international de l'étonnant "Ma soeur, serial killeuse", en 2019.

Situé dans la ville natale d’Oyinkan Braithwaite, à Lagos, au Nigeria son nouveau roman suit trois femmes de la même famille, toutes censées porter une malédiction placée sur l’une de leurs ancêtres féminins des générations précédentes.

Avec Filles Maudites, Braithwaite nous offre un roman qui explore en profondeur la nature complexe de la rivalité féminine, du traumatisme, de la superstition et des obligations familiales.

Et elle le fait dans une prose si élégante qu’elle est un plaisir à suivre. Et ses nombreuses lignes humoristiques ajoutent aux qualités addictives du livre.

Le choix des mots, la construction sémantique et l'excellent travail de la traductrice (Christine Barbaste) forment un tout qui permet au lecteur de rester solidement accroché au roman avec ce langage et cette prose aussi colorée que savoureuse.

« Que tes filles soient maudites : elles courront après les hommes, mais ils leur glisseront entre les doigts comme de l'eau. Tes petites-filles aimeront en vain. »

Cette plongée multi générationnelle dans le Lagos, des années 1980 à aujourd’hui  prolonge le plaisir qu'on a pu ressentir devant Une journée avec mon père , autre plongée dans cette ville étonnante, mais du coté des hommes alors que là c'est les femmes qui tirent les ficelles, bref, deux faces d'une même pièce  pour découvrir une ville encore assez peu connue des occidentaux que nous sommes:


« Filles maudites », d'Oyinkan Braithwaite, traduit de l'anglais par Christine Barbaste, La Croisée, 368 p., 23 €.

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Depuis vingt-six ans, le Festival Cinémas du Sud, organisé par Regard Sud, offre un panorama du cinéma contemporain du Maghreb et du Moyen-Orient, à travers des œuvres rares

(Fictions, documentaires) avec la présence exceptionnelle de leurs cinéastes.

 Cette 26e édition qui se tiendra du 15 au 18 avril 2026, permettra de découvrir aussi des œuvres du patrimoine arabe, comme le film Gare Centrale de Youssef Chahine, et Said Effendi du cinéaste irakien Kameran Hosni (né en Irak et décédé en 2004 à Los Angeles) et le film du cinéaste marocain Ahmed El Maanouni, Alyam, Alyam.

Cet évènement sera aussi l’occasion de découvrir des œuvres inédites, des premiers long-métrages et d’assister à une avant-première. Elle accueillera des invités témoignant de l’importance du Festival Cinémas du Sud à l’Institut Lumière.

https://www.institut-lumiere.org/25e-festival-cinemas-du-sud

 

mauvais gones
 

Les Mauvais Gones 2026 : Lyon au cœur du cinéma criminel du 20 au 24 avril

Du 20 au 24 avril 2026, Lyon accueillera la 8e édition du festival Les Mauvais Gones, un rendez-vous désormais installé dans le paysage culturel lyonnais, dédié au cinéma policier et de gangsters.

Pendant cinq jours, le cinéma UGC Ciné Cité Confluence se transforme en véritable immersion dans l’univers du crime à l’écran, avec une programmation de films cultes, des soirées thématiques et des échanges avec des invités du monde du cinéma.

 https://www.lesmauvaisgones.fr/

 

 

Festival Caravane des Cinémas d’Afrique

La 18e édition du Festival Caravane des Cinémas d’Afrique aura lieu du 21 au 26 avril 2026 au Ciné Mourguet et dans 30 salles partenaires à travers la région Auvergne-Rhône-Alpes.

Créé en 1991, le Festival Caravane des Cinémas d’Afrique avait initialement lieu chaque année avant d’adopter un rythme biennal dès 1992. En 2026, il retrouvera son format annuel, marquant ainsi une nouvelle étape dans son histoire. Ce retour à une périodicité annuelle permettra au festival d’accompagner plus étroitement la vitalité et la diversité du cinéma africain contemporain, en écho à la richesse de sa production et à l’enthousiasme croissant de son public.

Le Festival en quelques chiffres : une trentaine de films présentés, 30 salles partenaires en Région Auvergne-Rhône-Alpes, une vingtaine de nationalités et invités, environ 80 séances, 6 films en compétition pour le Prix du Public, 10 courts métrages pour le Prix du Jury Jeune. 

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