Quais du Polar 2026- Et si les romancières réinventaient le polar à leur façon? Nos 3 coups de cœur!!
Dans le monde du polar, majoritairement masculin, nous avons voulu mettre en lumière en ce dernier jour du festival quais du polar, l’écriture et la création des femmes à travers trois autrices présentes ce week end sur Lyon.
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Dans "La mort malgré lui" , premier roman d'Armelle Hérisson, se déroulent deux fils narratifs qui se croisent et finiront tardivement par se rejoindre : celui d’un jeune Hongrois enrôlé de force dans la Waffen-SS et, quarante ans plus tard, en 1987, l’enquête autour du meurtre d’une journaliste parisienne à Laval.
Armelle Hérisson possède un vrai talent de conteuse qu'on avait envie de mettre en avant pour cette chronique spécial Quais du Polar .
On imagine bien- car tout lecteur de polar un tant soit peu avisé sait que quand il y a deux histoires en parallèle dans un roman policier que tout va rejoindre à un moment donné- que le meurtre de Laval a un lien avec les deux jeunes Hongrois mais on ne comprend pas tout de suite quelle en est la nature.
" La nonchalance assurée de Vilmos avait ébloui Imre. Le cœur ouvert de l'idéaliste Imre, son humanité subtile, avaient imposé à Vilmos un respect qu'il ne délivrait qu'au compte-gouttes. Laura, la fille de l'instituteur, était dans le niveau supérieur de l'unique classe. C'est elle qui les avait approchés sous le préau. Elle leur avait demandé s'ils avaient lu Jules Verne. Imre avait répondu qu'il savait à peine lire."
Sans juger ses personnages et en conservant l'ambiguïté et la complexité de ces êtres peu fréquentables, la romancière pose une question existentielle : peut-on prétendre être une victime et garder un peu d’humanité, quand on a participé à l’indicible ?
Armelle Hérisson y répond en sa manière tout en jonglant avec les deux époques avec une grande maitrise jusqu'au dénouement qui rabat les cartes avec énormément de brio.
La Mort malgré lui, Armelle Hérisson, Série noire (Gallimard), 400 pp, 20 €.
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C'est à partir d'une histoire vraie de nouveau-né jeté dans une poubelle que Mathilde Beaussault a eu l'idée de son second roman, la Colline, qui fait suite aux Saules, récompensé en 2025 par le Grand prix de littérature policière.
Un jour d’hiver, dans une cité de Rennes, un nouveau-né est découvert au fond d’un container à ordures. Vivant. Quelques étages plus haut, une jeune fille se vide de son sang. Elle s’appelle Monroe, elle a dix-sept ans. Dans cette chambre où sa mère l’a enfermée, Monroe revit les mois passés sur la colline, chez sa grand-mère Madeleine. Là-haut, le vent, le labeur et le silence façonnent les corps.
Auprès de cette vieille femme solitaire aux mains guérisseuses, Monroe, enceinte, a découvert une paix inespérée. Et puis tout s’est écroulé.
"Tu raconteras ton histoire, toi aussi, un jour. Quand tu pourras. T’as les mêmes yeux que moi. Mais t’es trop jeune pour avoir des paupières aussi lourdes. Alors il faudra raconter ton histoire pour y voir plus clair. Ça fait du bien. Faudra juste pas mettre autant de temps que moi."
Mathilde Beaussault examine une humanité en réduction, jusque dans ses recoins les plus sombres. La parole des femmes, si nombreuses victimes de violence, au présent comme au passé, est l'une des clefs du suspense romanesque qui marie si bien violence et beauté. Face à l’enfermement urbain, Beaussault ouvre un second espace : la colline, qui donne son titre au roman, lieu de campagne, où Monroe retrouve des sensations de liberté.
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Malgré son côté très sombre, c'est sans conteste un bel hommage que l'autrice rend à "la bonté" de sa grand-mère disparue. Et la romancière arrive a traiter de sujets très brutaux, durs - pour résumer la misère, les difficultés et l’horreur- pour les transcender de beauté et en faire un récit indéniablement poignant.
La Colline, Mathilde Beaussault, Seuil, 336 pages, 19,90 euros
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On avait découvert la puissance de la romancière nigériane Oyinkan Braithwaite depuis le succès incontestable et international de l'étonnant "Ma soeur, serial killeuse", en 2019.
Situé dans la ville natale d’Oyinkan Braithwaite, à Lagos, au Nigeria son nouveau roman suit trois femmes de la même famille, toutes censées porter une malédiction placée sur l’une de leurs ancêtres féminins des générations précédentes.
Avec Filles Maudites, Braithwaite nous offre un roman qui explore en profondeur la nature complexe de la rivalité féminine, du traumatisme, de la superstition et des obligations familiales.
Et elle le fait dans une prose si élégante qu’elle est un plaisir à suivre. Et ses nombreuses lignes humoristiques ajoutent aux qualités addictives du livre.
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Le choix des mots, la construction sémantique et l'excellent travail de la traductrice (Christine Barbaste) forment un tout qui permet au lecteur de rester solidement accroché au roman avec ce langage et cette prose aussi colorée que savoureuse.
« Que tes filles soient maudites : elles courront après les hommes, mais ils leur glisseront entre les doigts comme de l'eau. Tes petites-filles aimeront en vain. »
Cette plongée multi générationnelle dans le Lagos, des années 1980 à aujourd’hui prolonge le plaisir qu'on a pu ressentir devant Une journée avec mon père , autre plongée dans cette ville étonnante, mais du coté des hommes alors que là c'est les femmes qui tirent les ficelles, bref, deux faces d'une même pièce pour découvrir une ville encore assez peu connue des occidentaux que nous sommes:
« Filles maudites », d'Oyinkan Braithwaite, traduit de l'anglais par Christine Barbaste, La Croisée, 368 p., 23 €.
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