Interview- Sandrine Kiberlain : "Ce qui m’intéresse, c’est de rendre vrais mes personnages!"
Dans Ceux qui comptent, Sandrine Kiberlain met sa belle énergie au service d’un rôle de mère fantaisiste et déterminée. Du sur-mesure.
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Sandrine Kiberlain et Jean-Baptiste Leonetti ont présenté le film à Lyon le 13 mars 2026
Sandrine, en lisant le scénario et ce duo que vous formez avec Pierre Lottin, avez-vous pensé au duo culte de «L’Emmerdeur»? Sandrine en héritière de François Pignon et Pierre dans le mutisme de Lino Ventura?
Sandrine Kiberlain. Pas du tout, même si j’adore ce film! Ce que j’aime avant tout, ce sont les failles, c’est de faire vriller les personnages. Dans la vie, on veut assurer, garder le cap, et soudain, on glisse sur une peau de banane. J’ai une tendresse infinie pour ces femmes bourgeoises censées rester dans le rang, à la manière de Claude Gensac ou Maria Pacôme.
Sur le papier, elles sont classes, bien-pensantes, mais elles se révèlent en fait complètement fêlées. C’est cette fantaisie cachée qui leur donne toute leur saveur.Dans «Ceux qui comptent», il y a quelque chose du processus des comédies américaines, comme «Working Girl» de Mike Nichols, avec Melanie Griffith et Harrison Ford, où ils sont aux antipodes l’un de l’autre, ou des films d’Ernst Lubitsch.
Comment le réalisateur a-t-il travaillé avec vous la relation entre vos deux personnages?
S. K. Jean-Baptiste Leonetti réajustait quand on sortait des rails. J’ai l’impression qu’un film, c’est 98% du casting. C’est le talent du metteur en scène de nous avoir vus dans ces personnages.
Ce que je trouve super, c’est de découvrir Pierre (Lottin) dans un registre inédit, qu’on devinait pourtant chez lui, et moi qu’on avait jamais vue aussi extravertie. Jean-Baptiste Leonetti savait que ça allait coller.
Que nous raconte le titre du film "Ceux qui comptent ?
S. K. Il évoque à la fois les personnes que l’on aime et celles qui vivent dans la précarité. Il symbolise aussi ce que propose le réalisateur : un croisement entre le cinéma social à l’anglaise, la comédie romantique et la chronique familiale. Avec humour et dignité, on suit une mère seule , fantasque et déterminée, qui essaie de s’en sortir dans un monde impitoyable.
Elle s’autorise tout malgré sa situation et sa santé fragile, même de tomber amoureuse d’un homme avec lequel elle n’a a priori en commun que la précarité.
C’est tout ce que j’aime, c’est Billy Wilder et son fameux « Tout les sépare et pourtant ».
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Que vous inspire le prénom de votre personnage ?
S. K. J’ai toujours été très attachée aux prénoms de mes personnages, car ils racontent toujours quelque chose.
Rose est un prénom doux et solaire à la fois, qui la rendait d’emblée sympathique. Il est court, rare pour une femme de cet âge-là, et m’évoque à la fois une profondeur, une fiabilité et une fantaisie.
Comment définiriez-vous la relation qui unit les deux personnages principaux?
S. K.>C’est une rencontre née de l’urgence. Elle a des enfants à sauver, une vie qui part en vrille totalement, c’est une battante et elle voit en lui une opportunité inespérée.
Lui, peut-être qu’il se dit à un moment que c’est peut-être une chance aussi. C’est tout l’intérêt du propos.
Vous évoluez dans un hôtel aux motifs graphiques très forts, presque obsessionnels. Ce décor qui rappelle autant Kubrick que John Irving, ou la France des années 1970, a aidé à renforcer la sensation de huis clos entre vos deux personnages?
S. K.> Je ne me pose pas toutes ces questions quand on tourne. On est arrivés dans un décor inspirant. Les costumes nous aident beaucoup. Les santiags de Rose, par exemple, ça apportait quelque chose de frondeur, très assumé, à cette fille. L’allure en entier se travaille avec l’équipe, ça nous fait avancer dans la construction du personnage.
C’est ce qui est intéressant lorsque vous êtes actrice et acteur : vous entrez de plain-pied dans le monde d’un auteur que vous devez accepter en bloc. Lorsque j’ai vu le film achevé, j’ai trouvé que ces papiers peints apportaient quelque chose et faisaient partie intégrante de l’univers de Jean-Baptiste.
Ils racontent quelque chose de la fantaisie et de la liberté de Rose. Ils disent aussi qu’avec son mari, autrefois, ils avaient tout osé...
Comment Jean-Baptiste Leonetti vous a-t-il guidée pour trouver le rythme et la tonalité justes ?
S. K. Il nous a fait confiance, et nous a laissés assez libres tout en veillant à obtenir ce qu’il souhaitait.
Le personnage de Jean étant assez taiseux, c’était à moi, qui avais beaucoup de texte et dont le personnage est rentre-dedans, de charger les scènes d’un rythme de comédie, un peu comme dans les films de Jean-Paul Rappeneau, où les héroïnes vont vite. C’est quelque chose qu’on fait jà présent à l’écriture.
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Comment vivez-vous le fait d’être désormais choisi pour incarner des sortes de personnage comique à la Diane Keaton chez Woody Allen?
S. K. : C’est vraiment le succès de «9mois ferme» d’Albert Dupontel qui a rendu la chose évidente. Avant, c’était plus confidentiel, quand j’explorais le comique avec Pascal Bonitzer dans «Rien sur Robert» ou avec Sophie Fillières dans «La Belle et la Belle». Pourtant, dès le conservatoire, je testais la comédie.
Ce qui m’intéresse, c’est de rendre vrais mes personnages. Et j’ai l’impression que cette vérité passe par un rythme, le langage du corps et beaucoup aussi par ces petites sorties de route. Quand on voit Diane Keaton dans un film de Woody Allen, on a l’impression qu’on la rencontre en personne, tellement elle est vraie. Elle atteint la vérité en étant singulière.
Votre personnage est une force de la nature. Une définition qui vous correspond aussi ?
S. K. Je crois beaucoup à l’idée que tant que l’on tient sur ses jambes et que l’on est aimé, on peut tout espérer, se battre, saisir sa chance. Mais je partage moins l’insouciance de mon personnage.
Ainsi, par peur des conséquences, je suis incapable d’enfreindre les règles.
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«Ceux qui comptent», de Jean-Baptiste Leonetti, avec Sandrine Kiberlain et Pierre Lottin. Durée: 1h38. Sortie en salle depuis mercredi 25 mars .
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