Jeune, libre mais fauchée : la nouvelle BD de Florence Dupré la Tour
Florence Dupré la Tour n'a jamais eu de problèmes de "pauvres". Née dans une famille bourgeoise dans laquelle les rallyes sont la seule sortie autorisée pour sa soeur jumelle et elle, Florence Dupré la Tour, enfant, a une idée très lointaine de l'argent, voire exotique. Elle adore Rémi sans famille, Oliver Twist, se moque du goût pour l'argent de Picsou. Si elle peut entrevoir la pingrerie de ses parents, qui ne veulent jamais débourser un centime, elle vit une jeunesse plutôt insouciante.
/image%2F1371318%2F20260406%2Fob_be281d_florence-dupre-la-tour-jeune-et-fauche.jpg)
Souhaitant prendre son indépendance à 18 ans, ses parents, qui ne soutiennent pas son choix, ne l'aident pas d'un pouce : ni financièrement ni par un coup de main lors du déménagement. Pire ! quand Florence trouve un boulot saisonnier pour financer ses études, sa mère râle après elle tout le temps du trajet car elle a osé lui demander de l'emmener en voiture.
/image%2F1371318%2F20260406%2Fob_af0f56_122fr-jeune-et-fauchee-00.jpg)
Dans Jeune et fauchée, le ton n'est jamais plaintif quelque soit les épreuves rencontrées par Florence Dupré la Tour et l'attitude inflexible et indifférente de ses parents. Mère célibataire de deux jeunes enfants, autrice précaire de bande dessinée qui ne se sépare plus de son duvet par économie de chauffage mais aussi comme pour se protéger des rudesses de la société, elle conserve toujours son humour et sa combativité tout en soulignant par des dessins frappants son angoisse qui ne la lâche pas.
/image%2F1371318%2F20260406%2Fob_72b832_capture-d-ecran-2026-04-06-191416.png)
A travers son histoire, Florence Dupré la Tour met aussi en lumière le statut très fragile d'autrice de BD :
Je n'avis aucun droit au chômage, très peu de protection sociale et j'étais très mal payée. Ce statut d'artiste, c'est le rêve ultime du capitalisme !
Peut-on créer quand on se demande au jour le jour comment payer le loyer, les factures et ce qui est nécessaire pour le quotidien ?
Florence Dupré la Tour est pauvre et elle a honte de l'être (peut-être parce qu'il y a toujours l'idée sous-jacente dans le discours dominant que si on est pauvre c'est un peu de notre faute ou c'est parce qu'on gère mal son argent). Ainsi par honte, par fierté, elle ne demande pas d'aide sociale, ne recourt pas aux associations. Elle espère que ses parents finiront par se rendre compte de sa situation mais elle est comme invisible à leurs yeux (et elle a le talent de le dire à la fois avec des mots et des dessins très puissants).
-Pour le sujet relativement peu traité : être issu d'un milieu bourgeois et être pauvre (j'ai forcément pensé au livre A pied d'oeuvre)
-Parce que Florence Dupré la Tour s'attaque à un sujet tabou en France, l'argent
-Pour son talent de conteuse : une fois commencée, impossible de lâcher cette bd !
-Pour ses images très fortes visuellement
-Pour son humour et son auto-dérision malgré la dureté de ses parents et de la société
-Pour mieux comprendre le quotidien d'un auteur, d'une autrice de bandes dessinées et le statut d'artiste qui offre très peu de protections
-Parce qu'à travers le prisme de l'intime, Jeune et fauchée aborde le déclassement, la domination, la honte sociale d'être pauvre
-Pour le courage de cette autrice dont j'ai envie de lire maintenant ses autres BD autobiographiques !
/image%2F1371318%2F20260204%2Fob_515b1d_1000063170.jpg)
/image%2F1371318%2F20260315%2Fob_26e440_affiche-fcinemassud-regardsud-copie.jpg)
/image%2F1371318%2F20260403%2Fob_91dc18_affiche-officielle-les-mauvais-gones-2.jpg)
/image%2F1371318%2F20260408%2Fob_beba52_caravane-cine26-focus-1399x1080.jpg)