[CRITIQUE] Retour sur "À pied d’œuvre" : bienvenue dans la "société de serviteurs précarisés ».
« Avec l'explosion des statuts de travailleurs indépendants, on se dirige moins vers une société idéale d'ouvriers libres et indépendants que vers une société de serviteurs précarisés ».
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Spécialisé dans le portrait de grandes personnalités pour les journaux et magazines, Marquet (Bastien Bouillon) gagnait jusqu’à 8000 € par mois sur son ancien travail.
Et puis un jour, son métier de photographe ne lui a plus apporté l'étincelle, il s'est senti piégé à l'intérieur d'un système qu'il ne cautionnait pas, tout étant produit de consommation y compris ses photos …ou en tous cas c'est de plus en plus cette image qui se reflétait dans son objectif. le côté artistique de son métier s'éloignant au profit du côté commercial.
Alors il a troqué ses appareils photo contre un stylo ou un ordinateur si on veut éviter le cliché. Écrivain il l'est et écrivain il le resterait désormais.
Sa nouvelle vie l’amène à toucher du doigt l'extrême précarité et passer de l'autre coté, à savoir vivre dans un studio, ne pas voir ses enfants à l’extérieur et même écraser un cerf avec son uber (avec la voiture empruntée de son père).
À mesure qu’il s’appauvrit, ses relations sociales se resserrent et son corps souffre du travail manuel.
À pied d'oeuvre, un film bouleversant retraçant l'histoire d'un homme qui renonce au confort d'une vie toute tracée pour se consacrer à l'écriture, et tomber dans la précarité et tomber dans le quotidien d'une plate-forme de jobbing - application de travail à la demande qui relie les gens à des petites tâches mal rémunérées telles que les déménagements, les réparations ménagères et les services en général. Fondamentalement, une uberisation du traditionnel "bricoleur".
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Avec cette adaptation (récompensée du prix du scénario à la Mostra de Venise 2025) de l’ouvrage autobiographique de Franck Courtès, Valérie Donzelli signe une nouvelle formidable adaptation d'un roman contemporain quelques années après L'amour et les forêts .
Un film épuré, où le métier de romancier rime avec pauvreté.
Rarement a été évoqué ainsi l’acte de création, la difficulté d’être un artiste, dans un monde ubérisé, où travailler « utilement » s’impose comme la valeur cardinale. — Mais le bassement matériel, le quotidien notre Bastien Bouillon va se le prendre en pleine face en tant que « nouveau pauvre » car quand on n'a pas un rond, se loger, se chauffer, se nourrir, conserver une vie sociale, tout devient compliqué.
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Alors pour pouvoir continuer à écrire, il teste tous les petits boulots invisibles et très mal payés, de livreur à laveur de vitres, de manœuvre à serveur.
Son corps morfle mais il écrit la joie inédite du travail physique terminé à une heure précise comparé à un travail artistique jamais vraiment achevé.
Mais le film est plus qu’une réflexion sur les difficultés de la vocation artistique.
Surtout, l’actrice et cinéaste française Valérie Donzelli a composé un portrait mélancolique du système de travail contemporain, toujours plus guidé par les plateformes numériques et l’algorithme.
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A travers ses expériences et son quotidien, le film de Valérie Donzelli dit la dureté de notre société quand on ne peut pas consommer -(tout est appel permanent autour de soi) et la perversité d'un système de plus en plus « uberisé ».
Inscrit à une plateforme sur laquelle il trouve ses missions, il souligne que pour travailler, il faut être bien noté et que pour être bien noté, il faut être prêt à tout accepter.
En déclassé volontaire, s'accrochant vaille que vaille à une dignité sui s'effondre, Bastien Bouillon émeut et fascine.
Un des grands films de ce début d'année 2025**.
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** et ca méritait bien un second article critique après celui ci de dimanche soir entourant l'avant et après avant première lyonnaise du film au Comoedia
1 RENCONTRE LITTÉRAIRE & 1 AVANT-PREMIÈRE au COMOEDIA DE LYON
MERCREDI 14 JANVIER - À PIED D’ŒUVRE de Valérie Donzelli
. À 19H00 - « CYCLE ADAPTATIONS » - RENCONTRE LITTERAIRE - Rencontre avec l'écrivain Franck Courtès, autour de son livre À pied d'oeuvre, à l'occasion de l'avant-première du film de Valérie Donzelli, adapté de son roman paru en 2023 aux éditions Gallimard. L'échange sera suivie d'une vente-dédicaces. Accès libre à l'espace-rencontres, dans la limite des places disponibles.
. À 20H30 AVANT-PREMIÈRE - En présence de la réalisatrice Valérie Donzelli et de l'écrivain Franck Courtès
En partenariat avec la librairie L'Oeil Cacodylate, les éditions Gallimard et Diaphana Distribution.
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