Théâtre de la Croix Rousse : Les moments doux : la violence dernier refuge de l'incompétence?
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LES MOMENTS DOUX prend pour point de départ une affaire réelle où un PDG et un DRH se font arracher leur chemise suite à un plan de licenciement massif. Menant l’enquête, l’équipe du spectacle se questionne : Qu’est-ce que la violence ? Comment la raconter et la représenter sur scène ? Avec humour, démesure ou sérieux, les six interprètes du spectacle mettent en jeu les discours tenus sur la violence et les rapports de domination entre les individus.
Conçu comme un petit laboratoire de nos relations humaines, chacun est invité à se questionner lui-même sur les rapports qu’il produit avec les autres. De la salle de classe à l’open space, en passant par le salon familial, le spectateur passe de l’école au monde du travail. D’un personnage et d’une scène à l’autre, les trajectoires se croisent pour questionner collectivement ce qui se dit et s'apprend de la violence, la mise en concurrence des uns avec les autres, le cadre de la violence “légitime” et la possibilité de la douceur, ici et là, jusque dans la salle de théâtre.
La scénographie impressionnante de Charles Chauvet instaure divers lieux, un bureau en open space dans un coin du plateau, à l’opposé un salon cossu avec divan et bibliothèque, et au fond un espace plus neutre et reposant d’un jardin d’intérieur. De ces trois points, la salle de classe et des modules translucides formant un couloir viennent remplir le centre. Tout est en place pour les différents tableaux mis en scène avec rythme et précision par Élise Chatauret, représentant toutes les formes où la violence peut se glisser.
Pour écrire leur texte, Élise Chatauret et Thomas Pondevie avec les comédiennes et comédiens, ont mené une enquête approfondie auprès d’experts (avocats, sociologues, historiens, philosophes) et récolté la parole de ceux qu’ils nomment « les experts du quotidien ».
Le duo traite de l’incident d’Air France, mais aussi celui des drames de France Télécom qui sont le résultat d’une déshumanisation des relations au travail liée à la rentabilité à outrance. Le prisme de l’école et de la cellule familiale permet de montrer la difficulté à définir la violence.
La fin de leur spectacle, comme une brillante mise en abîme, met en scène l’éclatement qui va virer au film d'horreur d’une troupe de théâtre obligée pour sa survie financière, de mettre dehors l’un des membres.
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Passant du monde de l’enfance à celui du travail, de l’individuel au collectif, de victimes à « bourreaux », parents dépassés, DRH en burn-out, salariés humiliés…, ils sont six et pourtant si nombreux. Chacune de ces scènes serre un peu plus l’étau autour des personnages, faisant monter la tension sur le plateau. Les références à l’affaire des « chemises arrachées » et, plus tard dans le spectacle, à l’affaire des suicides de France Télécom abondent à plusieurs reprises.
La voix de Manuel Valls condamnant la violence à l’encontre des cadres d’Air France résonne elle aussi – les rappels avec le réel ne sont jamais loin. Les comédiens entretiennent les rapports de domination à chaque instant pour mieux nous les faire voir.
Soumis à la violence, les personnages vacillent. La remise en question vire à l’introspection profonde, et chasse toute confiance en soi.
Durant 1h40, cette pièce "Les moments doux" sonde la cruauté de notre monde avec une grande acuité. Et nous montre aussi l’importance de la communication, à la fois arme et bouclier, à user au quotidien pour lutter contre toutes les formes de violence.
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Les moments doux - Élise Chatauret - Thomas Pondevie - compagnie Babel © Christophe Raynaud de Lage
© Christophe Raynaud de Lage
. Sur scène, les corps ploient devant les éléments de langage, la manipulation psychologique à l’œuvre et l’usage du mobilier comme levier de domination. Dans ce foisonnement de personnages et d’émotions, les membres sociétaires de la troupe, qui étaient dans le précédent spectacle A la Vie, comme Solenne Keravis, Manumatte (Grès), Charles Zévaco et les nouveaux François Clavier (Vie et Destin, Maîtres anciens), Samantha Le Bas (Le Rameau d’or) et Julie Moulier (Indestructible, J’accuse [France],Histoire de la violence) nous ont littérallement transportés.
"La violence est le dernier refuge de l'incompétence" disait Isaac Asimov, de façon subtile cette pièce nous le montre formidablement..
Les Moments doux a été présenté du 26 au 29 mai, au Théâtre de la Croix-Rousse.
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