Baz'art  : Des films, des livres...
17 juin 2026

Festival OFF D’Avignon 2026 : Nos premières recommandations vues et approuvées (partie 2)

Le festival OFF d’Avignon s’ouvre dans plus de deux semaines, on vous donne les premiers spectacles qu’on a vus et approuvés chez Baz‘art. D’autres suivront…

 

 

La nuit du 14 chez Léonie – Théâtre du Roi René

 

 

Louise Moreau débarque chez Léonie, 3 jours après être partie d’une famille de la bourgeoisie parisienne. Elle fait la connaissance d’une bande de prostituées hautes en couleurs et pétillantes : Céleste la Divine, Victoire la dominatrice (mais amoureuse bien cachée) et Fantine la romantique qui croit encore toujours au prince charmant. Louise la cadette tente de prendre ses marques. L’établissement est tenu de main de maîtresse par sa tenancière, jusqu’à ce qu’un accident tragique vienne tout bouleverser. L’histoire, co-écrite par Agnès Chamak et Odile Huleux est très intéressante et documentée, ce qui permet de représenter sans caricature ou mépris les prostituées et les maisons closes du XIXème siècle. L’enrichissement de la plume de Zola à Emma Becker permet de défendre un vrai propos, celui de l’asservissement du corps des femmes et d’une sororité possible à l’époque où ces récits sont peu existants, ou plutôt invisibilisés. Si l’histoire nous tient en haleine, c’est aussi grâce à une création lumière très punchy qui accompagne les comédien.nes qui se tirent vers le haut. On pense notamment à Ariane Carmin qui rayonne sur scène.

 

A 15H10 au Théâtre du Roi René

1H25

Du 4 au 25 juillet (relâche les 8, 15, 22 juillet)

 

 

 

Le château d’Orgon – La Factory / Roseaux Teinturiers

 

 

Les cigales ont chaud. Elles chantent en plein Paris. Nous voilà atterris en plein sud-est de la France Une famille bourgeoise se rejoint en vacances dans leur propriété au pied du Luberon appelé Le Château d’Orgon. Confortés dans leurs idées sur le monde qu’ils regardent de loin depuis leur villa familiale, ils se voient secoués par Capucine, une jeune actrice, en couple depuis peu avec le patriarche de la famille. Au moment de poser ses valises, Jacques-Henri (le patriarche) annonce à la tribu, son futur mariage avec la comédienne. Ses valeurs étant à rebourds de leur famille, les enfants sont bouleversés. L’aîne y voit une forme d’arrangement tandis que le fils s’imagine une idylle avec la jeune actrice. Seuls deux personnages assistent alors à ce combat entre deux bourgeoisies.

 

Inspiré de Molière et de Goldoni, Guillaume Gallix dépeint un monde bourgeois tout en satire où les mots de la strat-up nation côtoient le quiproquo classique avec rythme. Cette introspection de son propre milieu apparaît assez léger grâce à la mise en scène mi-pop mi-vintage de Julien Gallix, faisant ressortir les tons extravagants. Le genre du boulevard, qui semblait à mon sens avoir pris un peu la poussière ou fatigué ces derniers temps, semble se renouveler grâce à une nouvelle génération de comédien.nes et metteurs en scène. L’ambiance de chaud soleil du sud de la France démasque vite la bonne conscience.  démasquée.

 

10H à la Factory – Espace Roseaux Teinturiers

1H15

DU 4 au 25 juillet 2026 (Relâche les 9, 16 et 23 juillet)

 

 

 

 

La confiture de coings – Théâtre La Luna / Pierre de Lune

 

 

Assis chacun.e sur un coin de table, les membres tremblants de vieillesse, Romane et Jules regardent l’horloge tourner. 16 heures vient de sonner : c’est l’heure du goûter ! Et pas n’importe lequel, des tartines à la confiture de coings, celle de leur enfance. Iels sont collé.e.s l’un à l’autre, une nouvelle manière de vivre leur amour, pendant que Romane prépare les biscottes. Cette dernière sort une lettre accolée du nom de son mari (sans e, une faute d’enfance). Un « Je t’aime » retentit, le compte à rebours est lancé…

 

S’amorce la valse du temps pour les deux amoureux au crépuscule de leur vie : quand l’un veut décider de l’après pour être enterré dans du chêne, l’autre refuse tout prospectus des pompes funèbres et se laisse porter par le temps présent et le karaoké nouvelle génération, qui nous offre un beau moment de complicité et de blindtest entre deux airs de Dalida ou de Sean Paul. Le temps s’arrête chaque fois à un moment charnière de leur relation avec pour seul symbole récurrent, ce petit moment de goûter avec biscottes et confiture de coings. Celle-ci se retrouve sur la table de Jules aux prémices de la crise de la quarantaine (ou cinquantaine). Il réclame son espace et tout preuve d’amour avec Romane n’est vécu qu’à distance.

 

Avec ce couple, on passe des moments douloureux aux réunions heureuses… C’est tout le parti pris de remonter le temps en arrière : sortir de la passion des débuts, de la phase lune de miel clichés sans en atténuer la belle portée de leur histoire ! Romane et Jules sont si différents, l’une extravertie et l’autre travaille dans l’ombre avec leurs rêves d’écriture et d’illustration, et pourtant… A deux, rien ne semble les arrêter avec cette étincelle !

 

Les minutes, heures valsent comme les cartons de déménagement qui se muent en petite pièce ou en trône imaginaire. La mise en scène nous plonge dans notre imaginaire propre à chacun.e, une bulle dont les parois résonnent au son de Donna Lewis et « I love you always forever ».

 

La confiture de coings met du baume dans le cœur et fait couler des larmes grâce au touchant duo Clara Navarro et Hugo Samperiz. Comme dirait Dalida, c’est l’histoire d’un amour, un roman comme d’autres, qui pourrait être le vôtre !

 

 

A 16H05 au Théâtre La Luna / Pierre de Lune

1H10

Du 4 au 25 juillet (relâche les 8 et 15 juillet)

 

 

 

 

SarkHollande - Théâtre du Train Bleu

 

 

Amatrice du théâtre explorateur des lieux de pouvoir de Léo Cohen-Paperman avec son Génération Mitterand, j’attendais ce nouveau volet de « Huit rois » avec impatience. D’une manière plus mémorielle et moins sociologique et anthropologique que Hugues Duchêne, cet épisode sur les présidents de la Vème République rassemble les mandats sarkozyste et hollandais sous un mantra : ils ont tous les deux participé à démonarchiser la fonction présidentielle.

 

Léo Cohen Paperman et Julien Campani convoquent un Sarkozy juste parfaitement interprété par Clovis Fouinstandupper à ses heures perdues, à convaincre la salle de voter pour lui. Le comédien reproduit avec précision les tics, le débit saccadé et l’énergie fébrile de l’ancien président. Devant un rideau bleu scintillant, le blanc de la chemise et le métal de la grosse montre (absolument à détenir sinon nous avons tous raté notre vie), l’ex-timonier de la droite débarque avec un stock de blagues de droite, aussi frais à appeler « un chat un chat, un chien un chien et une racaille une racaille ». Derrière les rires jaunes et les interpellations d’un public de gauche sur qui ses pioches sont efficaces (taper sur les profs, toujours efficace aujourd’hui !), il ne lésine pas à balancer tous ces mots, aujourd’hui commun au vu de la droitisation de notre vie politique (si ce n’est l’extrême-droitisation) : la culpabilisation des plus précaires, la criminalisation des quartiers populaires, la sauvegarde des banques en 2008 quitte à appauvrir la Grèce… L’effet séduction que la peoplelisation de sa vie privée entraîne s’effrite rapidement, par risibilité. Tel un stand-upper qui souhaite absolument garder son micro quoi qu’il en coûte, les attaques sous soi-disant fond de blagues ne couvrent plus les affaires Bismuth d’écoute ou de financement lybien.

 

Le rythme monte en gamme peu à peu sans gros accroc. L’écriture très subtile contraste avec les grossier du clown imaginé pour Hollande (très bien incarné par Valentin Boraud), qui elle, se retrouve être davantage inégale et surtout le reflet plus marquant d’une image de « l’opinion publique » que du fond du mandat (sauf à partir de 2015). Ce hic participe à reprendre l’image d’un président non pas « normal » comme il se déclarait mais comme s’il n’était pas conscient du mandat entamé. L’homme chute encore et encore sans toujours comprendre ce que ces chutes racontent au-delà du gag lui-même. Le clownesque est vraiment repris aussi dans ses grandes lignes avec grandes chaussures, le bureau instable… Peut-être signe d’une envie d’ordre dans du chaos ? (ça me rappelle quelqu’un dis moi…). Un point où à mon sens, l’écriture pêche un moment : c’est penser dans la continuité de Génération Mitterand qui parlait justement de l’évolution de l’électorat de gauche. Or le mandat hollandais fut l’illustration même (en plus de la fameuse note pour Terra Nova) de pourquoi l’électorat traditionnel de la gauche s’est détourné du PS. Seule la gestion de la guerre au Sahel et les suites des attentats de 2015 semblent lui faire reprendre pied dans ses immenses chaussures.

 

 

 

 

C’est alors que la dernière partie surprend parce qu’elle est imprévisible, irréaliste, symbole de pleins de fantasmes d’images entre le soi-disant idéal républicain et le refrain collé aux générations d’immigrés extra-européens mais vraiment bien amenée par les coupures et le débit à pic de Ada Harb. Son récit mêle histoire familiale fictive, ascension sociale, ambitions personnelles et rapport à l’identité. Peu à peu, la sincérité sort par vagues et non plus par petites interstices.

 

Dans ce nouveau volet, la satire est présente, tout comme la subtilité de l’écriture (déjà observée dans d’autres opus mais juste plus inégale ici) et sans oublier le talent merveilleux des comédiens. Mais cette focalisation sur la démonarchisation amène à quelques trous dans la raquette…

 

A 10h au Théâtre du Train Bleu

1H30

du 4 au 23 juillet (relâche les 10, 17 juillet)

 

L’impératrice – La Nouvelle étincelle

 

 

Éléonore, héritière pleine de joie du Royaume des Deux Soleils, est élevée par sa nourrice, ses parents étant débordés par leurs responsabilités royales. Alors qu’elle subit les moqueries à l’école, ses parents disparaissent brutalement et elle se retrouve catapultée à la tête du pays. Guidée par ces années de rejet et une soif de vengeance, elle part à la conquête des pays voisins. Ce qui lui attire des ennemis et l’attire dans le pays mystérieux de l’Entre-Terre, lieu de passage entre la vie et la mort. Elle s’apprête à vivre un voyage initiatique peu commun. La dramaturgie très visuelle basée beaucoup le travail des masques créés par Julien Donnot happe autant les jeunes publics que les plus âgés d’autant que le rythme est très soutenu et impose multiples changements de costumes en un temps record. Il faut aussi souligner la performance hilarante des comédien.nes et plus particulièrement Margaux Germay qui nous avait bluffé dans Saigner des Genoux

 

Deuxième volet après Pina les Conte de la cape d’argent, le Théâtre de la Cape d’Argent avec la plume et la mise en scène d’Alexandre Lucas Becourt brosse un conte fantastique, attendrissant rempli d’humour qui aborde tant de sujets qui peuvent nous parler : le harcèlement scolaire, la capacité à exprimer ses émotions, la rédemption…  Un genre théâtral auquel je ne me confronte pas assez mais que ça fait du bien de sortir de sa DA théâtrale !!

 

A 16h30 à la Nouvelle Étincelle

1H20

Les 3, 5, 7, 10, 12, 14, 17, 19, 21, 24 juillet

 

 

Le Dernier Aïd - Le 11

 

 

5h du matin. Wacil s’apprête à quitter la boucherie de son père de Port-de-Bouc. Il s’apprête à rejoindre Paris pour devenir comédien. Ce n’était pas prévu. 

 

Le duo s’arrête après 16 ans de transmission, laissant une seule solution pour le père : vendre la boucherie et rompre la tradition familiale. Wacil se raconte et raconte ces années de formation qui l’ont marqué, les clients et apprentis hauts en couleur avec le ton change lors des dernières heures mais aussi cette culpabilité à rompre une tradition familiale. L’adresse au public est passionnée et souligne le poids de la transmission familiale notamment pour les 2ème et 3èmegénérations d’immigrés en France. Le fil entre l’art et l’artisanat se tisse au gré du nœud intime qui se dénoue. Dans ce nœud, le lien père-fils doit mourir pour revivre sous une autre forme. 

 

Cette tension entre tradition et émancipation est imbriquée en filigrane dans un récit plus vaste : celui du sacrifice d’Ibrahim. Au cœur de la fête de l’Aïd, la métaphore traverse toute la pièce. Ibrahim, à qui l’on demande de sacrifier son fils, reflète le dilemme contemporain d'un père qui doit laisser partir son enfant tout en luttant contre le poids de ce qui est traditionnellement convenu. 

 

A 11h au  11 • AVIGNON

1h15

Les 7, 9, 11, 13, 15, 19, 21, 23 juillet

 

 

Andromak – Théâtre des Carmes

 

 

Au début, la situation est la même. Oreste aime Hermione depuis son enfance. L’histoire a tourné court vite mais Oreste y a gardé un pied dedans, toujours persuadée de cette destinée. Hermione désire autant qu’elle ne hait Pyrrhus, maître des lieux. Ce dernier est prêt à tout pour posséder Andromaque, veuve d’Hector et loyale à Troie. Le peuple de Troie est soumis à la violence de Pyrrhus et Andromaque cherche tous les moyens pour sauver la vie de son fils. Le dilemme de fatalié s’inscrit dès les premiers instants avec les passions violentes émanant des alexandrins raciniens. Sauf qu’ici, Cyril Cotinaut injecte avec une écriture au plateau (en collaboration avec les comédien.nes, des éclats de vie d’aujourd’hui. 

 

Les failles des héros tragiques résonnent avec les blessures des jeunes comédiens : Pyrrhus et Andromaque ou plutôt Wacil Ben Messaoud et Vera Cupic-Vojnovic portent le poids de leurs ancêtres, respectivement algériens et serbes. Celui d’un Empire Ottoman qui détruisit la Serbie. Oreste vit dans la peur d’un enième contrôle au faciès qui finirait mal, sous le genou d’un policier. Avec cette peur, il ressent un immense vide, celui d’avoir perdu l’amour de sa vie à l’âge de 15 ans. Quant à Hermione, elle incarne Troie qui tombe en ruine. Dès son enfance, son socle familial s’est démantelé au fil des années, de parents séparés en adultère. L’amour n’est que féroce et violent ici. Elle tente de s’en écarter. Mais l’amour non réciproque l’attire. Fatalité de la tragédie. 

 

Sur un plateau nu, seuls la direction d’acteurrices et le jeu comptent. Et le défi est plus que réussi : le jeu est plus que sincère, fougueux commme si les vers de Racine devenaient les leurs. Via Phoenix, Pylade et Cléone, les confidents, la pièce questionne aussi la place de ces personnages marginalisés, pourtant fondamentale, avec en filigrane, le manque de représentation dans un théâtre toujours bourgeois.

 

Histoires raciniennes et émotions contemporaines s’entremêlent pour nourrir cette notion antique de tragédie. Face à un chaos du monde qui s’accélère, la destinée et le fatalisme nous rattrape-t-il ? Et jeunesses sont-elles condamnés à s’asseoir au milieu des flammes, dans l’attentisme face à des bandes-sons de « calme-toi » ? : « Si tous les arts et même l’Histoire nous enseigne que la haine n’entraîne que la haine et qu’on continue quand même, c’est ça la tragédie. » 

 

A 22H15 au Théâtre des Carmes – André Benedetto

1H40

DU 4 au 25 juillet (relâche 8, 15 et 22 juillet)

 

 

Made in France – Le 11

 

 

Qu’est-ce qu’on attendait le retour de la compagnie La Poursuite du Bleu ! La compagnie s’attaque ici à la désindustrialisation regrettée, entamée et redoutée, comme un signe de perte de puissance. Le tout emballé dans une satire complète et vibrante. 

 

Des praticables/panneaux noirs mouvants, un taulard aux airs candides (incarné par le frénétique Paul-Éloi Forget) déboule, impatient de goûter aux premières minutes de la peine aménagé. Son nom : Emile Taillefer. S’enclenche le premier engrenage, celui d’un clin d’œil aux Temps Modernes de Charlie Chaplin. Bracelet électronique au pied et un air fier, il s’avance vers l’usine où il doit travailler comme technicien de surface. Le plan social est déclenché, on délocalise et les employés sont condamnés à négocier leurs indemnités de départ. C’est la grève générale. Par un enchaînement de quiproquo, Emile devient chargé d’annoncer le licenciement généralisé et la fermeture de l’usine puis syndicaliste déterminé à sauver l’usine et ses salariés. Pour l’intérêt général ? Non non, juste le sien… Enfin… c’est ce qu’on pensait… 

 

Un directeur enfermé dans son bureau pour ne pas être lynché, un milliardaire repreneur aux allures de Jeff Bezos, une syndicaliste corrompue… Toustes sombrent dans l’absurdité de la réalité jusqu’à faire de cette usine le symbole d’une élection présidentielle. L’engrenage des manœuvres politiques prend la suite, au son d’une batterie vibrante qui retransmet la tension traversant chaque personnage. 

 

La scénographie mobile suit le rythme effréné et chronométré des comédien.nes toustes aussi impeccables les un.es que les autres (citons-les June Assal, Saunier, Paul-Eloi Forget, Valérie Moinet, Samuel Valensi), le cœur vrombissant de la batterie apporte la dernière touche d’une lutte sans doute, sans fin. Si le cynisme tend à nous désespérer de notre réalité, le théâtre éclairant, revigorant de la Poursuite du Bleu demeure le meilleur outil pour continuer à s’engager.

 

 

A 11h55 au 11 • AVIGNON

1H35

Du 4 au 23 juillet (relâche les 10 et 17 juilllet)

 

 

 

Médusée - Le 11

 

 

D’une grotte aux tons rosées, comme illuminée par les rayons du soleil dans l’eau. Ces rayons touchent les abysses construits en fonction de la grandeur de l’Olympe. Tout peut basculer si les dieux et les déesses sont offensé.es, la mythologie le dira mieux que moi. La chevelure de Méduse entre en scène : la chevelure d’or contée par Ovide est devenue mèches de serpents. « J’ai toujours détesté les serpents » lance la jeune femme-créature. Ils sont le résultat d’un sortilège d’Athéna pour la punir d’avoir été violée par Poséidon dans le temple qui lui était dédié. Un mythe qui interloque de nos jours, comme il a interloqué Léna Bokobza-Brunet. 

 

Inspiré par la pièce de Béatrice Bienville La Véritable Histoire de la Gorgone Méduse, Léna change le regard pétrifiant les hommes sur cette femme, car oui, ce sont eux qui ont dominé le mythe. Il est temps qu’elle se réapproprie son histoire. Tout comme Léna. Usant de l’art du drag et du cabaret, la dramaturge et comédienne pose une critique corrosive de la culture du viol. Culture alimentée par une vision de l’amour biberonnée aux films louant une asymétrie des relations et surtout la quête du prince charmant comme on le voit avec les nombreuses références à Titanic ou Twilight. Entre autofiction et relecture du mythe, Léna donne une vision claire de ce qu’est la réappropriation de son corps et de son histoire après les violences, jusqu’à légitimer les cyclades de colère et de tristesse. Pour que les corps des femmes soient à tout jamais les leurs et plus jamais les instruments de puissants, y compris des déesses complices. 

 

Isolée de toustes, Méduse trouve en cette grotte protectrice, des sœurs gorgones, elles aussi victimes de Poséidon, elles aussi silenciées et stigmatisées. Au son de la harpe à vue, Pauline Chagne et Léa Moreau se joignent à Léna Bokobza-Brunet pour se déhancher sur Meuf sur le dancefloor (adaptation de la fameuse Murder on the Dancefloor de Sophie Ellis-Bextor) sous la boule à facettes. Des « bouts de miroir brisés qu’on a collé ensemble » et qui étincellent les planches, le trio nous ensorcelle aux sons de Kalinka, Yelle, Dalida, Priscilla ou Cher. De cette facette carabettique, sort un cri du cœur pour hurler joie et reconstruction. Elle autorise aussi la mise à distance vis-à-vis de l’intime lourd à porter. Des mots brûlants, le cabaret appuie une forme camp, sous-culture queer qui libère excentricité, absurde et ironie, qui nous laisse rire des rites du boys-club. Les paillettes ne cachent pas la douleur mais illuminent Méduse et ses sœurs résistantes. N’est-ce pas cela la reconstruction ?  

 

A la croisée du théâtre et du cabaret, nous est proposée une réécriture ou plutôt une relecture de la mythologie grecque avec Méduse qui n’est pas ici la créature pétrifiante mais celle damnée par les Dieux de l’Olympe car elle a osé parler des violences de Poséidon et des hommes qu’elle a connus, n’écoutant pas les serpents qui se greffent à elle. Ça chante, c’est décalé comme dans un cabaret ou poignant dans les moments les plus durs dans une ambiance très camp et pleine d’amour entre les sœurs-gorgones résistantes. Un bouleversement vibrant, misandre et plein de panache qui raisonne dans tout le corps et dans le cœur ! et pour cela, un grand merci et surtout : « Sales connes » de toutes les contrées, unissez-vous !

 

A 20h20 au 11 • AVIGNON

1H20

Du 4 au 23 juillet (relâches les 5 ? 12 et 19 juillet)

 

 

Requin Velours – Théâtre du Train Bleu `

 

 

Les spots aux tons bleuâtres et violets dévoilent un ring de boxe dans les fonds abyssaux du Théâtre Ouvert. Le croisement des tons nous plonge dans un océan de couleurs marines pendant que Roxane (Mécistée Rheas’installe dans l’espace, le regard acéré. Talons hauts transparents, le ring de boxe devient terrain de danse. Le corps se mouvoit, ondule comme la petite fille qui saute dans la mer. 

 

Ce corps, Roxane ne le sent plus. Roxane a été violée mais elle court désorientée, jusqu’à tomber sur ce bar de camping. A l’intérieur, elle croise Joy (Cécile Mourier) et Kenza (Amandine Grousson), deux musiciennes membre du groupe « Les Loubardes ». L’histoire se tisse à trois. Pour que Roxane monte sur le ring face à ses traumatismes, les Loubardes l’aident à reconstituer sa pensée. Elles racontent ravages et mutations provoquées par le viol, créent de nouvelles réalités pour reprendre le pouvoir et le combat. 

 

Round 1 : le désir de justice. Les trois amies reconstituent les procédures judiciaires et ses déboires risibles, sans oublier la temporalité longue. On comprend vite le « Classée sans suite, comme beaucoup d’autres » ; Roxane rejoint les 94% de plaintes pour viols classées. Vient le round 2 : la vengeance. A la désillusion de la justice succède la colère qui débarque sous forme de rage. Roxane est prête à donner les coups, quitte à ne pas esquiver. L’envie de tuer son agresseur sommeille mais Gaëlle Axelbrun appuie à ce moment sur les codes du « rape and revenge », genre cinématographique trop associée selon elle à un male gaze et un manque de réalisme. Pour reprendre le contrôle sur le ring, Roxane se transforme elle-même en « requin soyeux » dans cet océan de prédateurs en puissance, en se devenant travailleuse du sexe.

 

Traitement pour une fois à souligner au vu du nombre d’œuvres qui font de ce milieu une pierre angulaire. Un psy dit qu’elle fait payer les hommes, peu importe. La fièvre de son corps réapparaît. Roxane soutenue par ses sœurs de cœurs, peut se débarrasser de la culpabilité, de la « salissure » ressentie par chaque victime. Le troisième round a déjà débuté, la réparation est longue mais ne peut se faire sans la sororité. Déclarations oniriques et dialogues intérieurs fusent pour l’acceptation d’une fin qu’elle ne pensait pas. 

 

Le combat prend diverses formes, autant par les positions des trois amies que par le dispositif scénique tri-frontal qui convoque le public dans l’intime, ne le laissant pas juste spectacteur.rices. Il met un pont entre les mots crus et la langue sensible. Ce combat rencontre la sensualité de la danse et les fictions que Roxane se crée avec les Loubardes. 

 

La plume acerbe frontale de Gaëlle Axelbrun nous offre un moment de grâce et un uppercut emmené par un trio de femmes puissantes racontant le chemin vers la reconstruction : chacune représente un besoin de justice, de réparation et de vengeance. La force du texte ne serait telle sans le jeu des trois comédien.nes formidables. Les dernières minutes nous laissent avec une question : la réparation est-elle réellement possible ?

 

A 10h au Théâtre du Train Bleu

2H10

Du 4 au 23 juillet (relâches les 5, 12 et 19 juillet)

 

Crédits photos : 1- Odile Huleux / 2- Paul-Desveaux / 3- Compagnie 22h22 / 4- Valentine Chauvin - Cie Animaux en paradis / 5- Théâtre de la Cape d’Argent / 6Sonia Camélia Moussaid / 7- Cyrielle Voguet / 8- Jules Despretz / 9- Christophe Raynaud de Lage / 10- Christophe Raynaud de Lage

 

Jade SAUVANET

Commentaires
Qui sommes-nous ?

 

Webzine crée en 2010, composé d'une dizaine de rédacteurs qui partagent  la même envie : transmettre notre passion de la culture sous toutes ses formes : critiques cinéma, de littérature adulte et jeunesse, critiques de pièces de théâtre, concert , expositions, musique, interviews et portraits d'artistes, comptes rendus de spectacles,  tests de jeu de société., couverture de festivals de cinéma ou de musique...

Visiteurs
Depuis la création 8 342 255

Festival du Film Italien de Villerupt

49e édition - Du 23 octobre au 8 novembre 2026

www.festival-villerupt.com

 

 

 

Hommage à Monica Vitti et rétrospective autour de la figure du père, la 49e édition du Festival de Villerupt dévoile ses premiers éléments de programmation et son affiche officielle.

 

En 2026, le Festival de Villerupt a souhaité, dans le cadre de sa rétrospective thématique, mettre en avant la figure paternelle. D’autorité structurante dans l’Italie d’après-guerre, cette dernière dérive progressivement vers une figure fragile, déplacée, voire problématique, révélatrice des mutations sociales, économiques et culturelles du pays. Une évolution qui sera illustrée travers une sélection d’une dizaine de films.

 

Le festival rendra aussi hommage à l’une des plus grandes icones du cinéma mondial : Monica Vitti, disparue en 2022. Reine de la comédie à l’italienne et égérie de Michelangelo Antonioni, elle est notamment célèbre pour ses rôles dans L’avventura ou Le désert rouge.

Drôlement bien, Festival d'Humour en 2027 à Lyon

 

DRÔLEMENT BIEN, LE FESTIVAL D’HUMOUR NÉ À BESANÇON, ANNONCE SON EXPANSION NATIONALE ET S’INSTALLE À LYON

Après trois éditions couronnées de succès qui ont fait rayonner la capitale comtoise, le festival d’humour Drôlement Bien lance sa première édition lyonnaise du 14 au 17 janvier 2027, confirmant son statut de référence nationale.

Pour cette édition inaugurale à Lyon, Drôlement Bien investira 9 salles et proposera une programmation riche de 35 à 40 spectacles, fidèle à son ADN de festival social et accessible : « Rire ensemble, c’est Drôlement Bien!"

Festival Drôlement Bien - le festival pour rire

Nous contacter

Une adresse mail : philippehugot9@gmail.com 

Newsletter
168 abonnés