Baz'art  : Des films, des livres...
11 juillet 2026

Notre journal de bord du Festival OFF Avignon 2026 : Jour 5 et 6

Doléances : Retour sur le Grand Débat national, symbole d’une errance de démocratie participative - Théâtre du Train Bleu

 

Dès 2014, la compagnie Artépo s’implante en Picardie en s’associant à la Comédie de Picardie. L’idée d’une résidence de territoire se pose rapidement et avec elle, la recherche de matériaux tels que les Cahiers de doléances. Exhumés des archives départementales, où elles étaient abandonnées depuis 2019 (le mot abandonné compte pour la suite), comment donner voix à d’un corpus aussi massif ? De prime abord, le projet semble fastidieux, d’autant que beaucoup de pièces avaient déjà comme ligne de mire la démocratie participative.

 

Et pourtant, Stanislas Roquette réussit le pari en nous proposant d’être inclus et de revivre la chronologie de la crise des Gilets Jaunes et le Grand Débat national avec le cynisme grinçant que nous portons avec le regard de la colère actuelle. À partir de morceaux d’écriture et d’un travail pointilleux d’archives d’images, la compagnie déroule la chronologie avec l’ironie caricaturesque collée à nos responsables politiques. Elle marche puisque la réalité est tout aussi ironique, avec ce rappel de ces expressions méprisantes de notre président : « Une gare, c'est un lieu où on croise des gens qui réussissent et des gens qui ne sont rien » (juillet 2017, quelques mois après son élection). Le rythme est sport pour les comédien.nes, les gouttes ruisselantes sur le front le prouvent dans une salle à l’étouffée. 

 

Cela donne une forme de chronique / fresque politico-historique reliant l’errance démocratique d’aujourd’hui avec les doléances de 1789. Revenir aux origines des cahiers fait une sorte de clin d’œil à L’abolition des privilèges de Hugues Duchêne où la cohérence collective s’exprime, pour plus de justice sociale. Une justice promise mais avortée comme la présentation des propositions issues de ce Grand Débat en avril 2019. Le début d’une longue série de consultations participatives qui seront renvoyées au plan symbolique mais gage d’un soi-disant engagement pour la ex-majorité présidentielle.

 

14H20 au Théâtre du Train Bleu

1h20

Relâche les 10, 17 juillet

 

 

Les Figurants : Quand les héros de second plan prennent la lumière - La Scala Provence

 

 

Le public se presse dans la Scala 200, ne sachant qu’ils deviendront acteur.rices pendant les prochaines 1h20. Une assistante plateau nous donne quelques consignes, celles de ne pas bouger ou de donner l’illusion que nous sommes des milliers qui sont seront dédoublés en post-production. Nous ne dirons mot, contrairement à Cécile, Orso, Bruno, Joyce et Nora. Silhouettes floues ou figurants, ils sont en arrière-plan, indispensables pour donner réalisme et crédibilité au premier plan. Ils sont passants, serveur.ses ou danseur.ses en fond, se déhanchant sur une musique imaginaire.

 

Avec ce texte, Delphine de Vigan veut traduire une forme de fascination pour ce corps de métier du cinéma, assez peu abordé mais pourtant symbole du début de comédien pour obtenir une intermittence. Chacun.e le fait pour ses raisons, avec l’espoir de décrocher à chaque un petit rôle, se glissant dans un personnage qu’ils ne sont pas… Bruno ambitionne cet espoir de petit rôle, quel que soit le sacrifice. Nora veut défendre la condition des intermittents pour que leur statut ne soit plus lésé, précarisée plus qu’ils ne sont. Quant à Cécile, se glisser dans le peau d’une autre permet de retrouver un sens à l’engagement de son ancienne vie d’infirmière qui l’avait cramée.

 

J’attendais tellement Valérie Donzelli, réalisatrice et comédienne que j’admire énormément, passer les portes de la création théâtrale. On retrouve une bande-son chère à son univers (si on ne cite que La nuit américaine d’Éric Aubier) qui enveloppe les jeux de miroir qui marquent la disparition des paillettes associées au 7ème art. Des miroirs qui dévoilent la fragilité de chacun.e face à leur choix de carrière comme on le voit avec la jolie rencontre entre Orso et Cécile (on a beaucoup aimé la performance d’Audrey Marnay). Néanmoins, notre impression reste un peu bredouille, comme une impression de survol du sujet. La précarité, sujet assez fondamental avec ce métier, est par exemple abordée assez superficiellement alors quel meilleur lieu que le Festival OFF d’Avignon pour aborder la condition des travailleurses intermittentes.

 

Peut-être attendons la deuxième mise en scène pour se faire un avis…

 

19h à la Scala Provence

1h20

Relâche les 6, 13, 20 juillet

 

 

C.R.A.S.H : Chronique politico-médiatico-judiciaire surprenante et foutraque - Théâtre des Carmes

 

 

Le 11 novembre 2008, des dizaines de policiers encerclent la ferme du Goutailloux où vivent, surveillés de longue date, une dizaine de jeunes gens qui seront présentés comme de dangereux « anarcho-autonomes » ou « activistes d’extrême-gauche ». Ils sont accusés d’avoir tenté de saboter les caténaires d’une ligne TGV. Julien Coupat, désigné comme le leader du mouvement, fut arrêté en possession de l’ouvrage L’insurrection qui vient, qui fut versé comme pièce à charge. Comme beaucoup de ses camarades, il fut placé en détention provisoire. Il y restera jusqu’en mai 2009. Le procès aura lieu dix ans après, en mars 2018. Après des mois d’enquêtes et d’accusation de terrorisme, la chambre correctionnelle relaxe tous les prévenus… 

 

Considéré comme une des plus grandes débâcles de l’ère Sarkozy, Sophie Lewisch aborde cette affaire sous le prisme des douze jours d’audience. Théâtre de procès, théâtre qui montre une forme de procès dans le procès : celle (malheureusement bien trop actuelle) d’une criminalisation de militant.es de gauche ou écologistes face à une séparation des pouvoirs qui est ici questionnée. L’intervention politique est présente, certes caricaturée mais elle montre les diversions de Michèle Alliot-Marie, ministre de l’Intérieur de l’époque ou encore Bernard Squarcini, ex-patron de la DGSI (qui connaîtra quelques années plus tard le banc des accusés).

 

Dans une chorégraphie millimétrée, la compagnie Hors-Jeu enchaîne les rôles pour donner une autre image de ce procès médiatique et de l’opération Taïga, du nom de code adoptée à l’été 2008 par les officiers de police de la sous-direction anti-terrorisme. C’est une assez grande surprise quand on les voit injecter à toute cette réflexion à un foutraque assez wtf et beaucoup d’humour là où on n’attendrait pas. On adore surtout le duo de copains qui vient assister au procès qui dégage autant de rires qu’un brin d’émotion.

 

20h15 aux Théâtre des Carmes

1h30

Relâche les 8, 15, 22 juillet

 

 

Crédits photos : 1-  Pascal Gely / 2- Lisa Lesourd / 3- Joseph Banderet

 

Jade SAUVANET

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